Vous avez tout, et ce tout se compose du rien des autres.

 Que dire, qu’écrire après ce 5 novembre 2018, après l’écroulement des taudis insalubres de la rue d’Aubagne emportant dans leur chute, avec  les matériaux pourris qui les portaient, des vies au nombre de 8 selon la presse et peut être davantage au cas où un anonyme, ou plusieurs,   se seraient clandestinement infiltrés,  le temps d’une nuit, choisissant un abri qui serait leur linceul ?

Car, au-delà du sentiment de sidération, d’indignation et de révolte, au-delà de la solidarité toujours plus nécessaire et inventive dans son expression,  c’est bien cette question qui ne cesse de me tarauder : « combien d’oubliés parmi les oubliés ? » … comme si le nombre officiel de victimes déjà bien trop nombreuses, ne suffisait pas à condamner l’association de malfaiteurs sédentarisés dans leur bunker de la mairie, celle qui gère depuis trop longtemps notre ville, au mépris des droits les plus élémentaires de ceux qui y vivent.

Car ce  qui fait force dans ces quartiers pauvres et délaissés, c’est bien la faculté d’adaptation, ce réflexe reptilien qui permet de résister au pire en faisant du « rien » une ressource, en tirant de ce « rien » de la solidarité et du commun…

Alors qui étaient-ils ces réfugiés de la misère, migrants, sdf ou fugueurs, tous anonymes ? Combien étaient-ils à échapper au comptage, ces noms qui ne seront jamais cités dans un prétoire et qui de fait, manqueront à l’appel de notre justice et de notre mémoire… ?

Fiction ou réalité ? Parano post-traumatique ? Qu’importe … notre  confiance citoyenne,  pour l’heure, en a pris un sacré coup !

Et comme dans chaque délire réside une part de lucidité, accrochons-nous à la nécessité d’objectiver, de nous dire que seuls les faits sont têtus.

De cette injonction faite à nous-mêmes découle une certitude : à la liste des victimes incomplète s’ajoute celle des accusés absents !

Car, à côté des branquignoles criminels qui constituent l’équipe municipale et pour que justice soit rendue à tous les morts, doivent indissociablement figurer tous ceux qui, depuis trop longtemps aux affaires de l’état ont mis en place des politiques volontairement créatrices d’inégalité, de fracture  et de misère avec pour seul alibi, la vocation illusoire de s’opposer à ce qu’ils, inévitablement,  favorisent : la montée de l’extrême droite.

Pour terminer,  pour valider l’interdépendance de la fiction et du réel, qui elle aussi est le propre de l’homme et en hommage à TOUTES les victimes de la rue d’Aubagne, je citerai Hugo et un fragment du discours de Gwynplain à la Chambre des Lords (L’Homme qui rit) :

 «  …Et apostrophant Gwynplaine avec hauteur :

  • Qui êtes-vous ? d’où sortez-vous ?

Gwynplaine répondit :

  • Du gouffre.

Et, croisant les bras, il regarda les lords.

  • Qui je suis ? Je suis la misère. Mylords, j’ai à vous parler.

II y eut un frisson, et un silence. Gwynplain continua.

  • Mylords, vous êtes en haut.

C’est bien. Il faut croire que Dieu a ses raisons pour cela. Vous avez le pouvoir, l’opulence, la joie, le soleil immobile à votre zénith, l’autorité sans borne, la jouissance sans partage, l’immense oubli des autres.

Soit. Mais il y a au-dessous de vous quelque chose. Au-dessus peut-être. Mylords, je viens vous apprendre une nouvelle. Le genre humain existe….

… Mylords, vous êtes les grands et les riches. C’est périlleux. Vous profitez de la nuit. Mais prenez garde, il y a une grande puissance, l’aurore.

L’aube ne peut être vaincue. Elle arrivera. Elle arrive. Elle a en elle le jet du jour irrésistible. Et qui empêchera cette fronde de jeter le soleil dans le ciel ? Le soleil, c’est le droit. Vous, vous êtes le privilège. Ayez peur. Le vrai maître de la maison va frapper à la porte. Quel est le père du privilège ? Le hasard. Et quel est son fils ? L’abus. Ni le hasard ni l’abus ne sont solides. Ils ont l’un et l’autre un mauvais lendemain. Je viens vous avertir. Je viens vous dénoncer votre bonheur. Il est fait du malheur d’autrui. Vous avez tout, et ce tout se compose du rien des autres. »

Jacqueline Vesperini

Rue d’Aubagne

Les drames de cette nature, et celui de la rue d’Aubagne est le plus terrible qu’ait connu Marseille depuis l’incendie des Nouvelles Galeries, sont toujours révélateurs de quelque-chose. Impéritie, incompétence, arrogance… Un peu, ou beaucoup, de tout cela sans doute. Il est inutile d’épiloguer tant on pourrait répéter à satiété, rapports à l’appui (Nicol, mai 2015), que la situation des 40 000 logements indignes était archi-connue, et l’état de dangerosité, pour la santé et la sécurité de 100 000 marseillais, depuis longtemps pointé du doigt.

Ce qui frappe en revanche, car, après tout, le pire ne devrait pas être toujours sûr, est que la « gestion de crise » a été, si l’on peut dire, à la hauteur des conditions ayant conduit aux effondrements. Impréparation, certainement. Affolement. Gêne aussi parfois (mais si peu durable lorsque l’on apprend que les marchants de sommeil sont quelques marseillais bien établis, dont quelques élus des majorités locales). Mais aussi, et peut-être surtout, continuation d’une politique de mépris des autres, de certains autres, et d’apartheid social. Evacuations brutales, condition approximative de logement, ou choix donné de déménager loin du centre, on devine dans quels arrondissements. Dans l’illégalité le plus souvent, c’est-à-dire sans que les arrêtés de péril aient été pris. Sans même l’écoute minimale à laquelle toute victime a droit.

Hoquets ultimes d’une fin de règne douloureuse, dira-t-on. Il est à craindre que ce ne soit pas si simple. Bien sûr, le diagnostic est aisé. Clientélisme municipal, cogestion avec une bureaucratie syndicale, vision purement électoraliste de la gestion, l’élection par secteurs générant une politique favorable à ceux qui votent bien ou qui font la bascule, et tant pis pour les autres. Car tandis qu’ailleurs les gros chantiers profitent toujours aux mêmes (Vinci, Véolia, Bouygues et consorts), on ne peut que constater l’état d’abandon de quartiers entiers, écoles, habitat, poubelles qui débordent, équipements défaillants, stations de métro que l’on attend toujours…Faut-il s’en contenter ? Se dire que le système est épuisé et tombera de lui-même ? C’est qu’il s’agit justement d’un système. Dans lequel on ne mesure pas à sa véritable aune la somme d’habitudes, de tolérance, de fatalisme, de lâche et confortable complicité à la forme d’immobilisme et d’autosatisfaction qu’il finit par produire. Système qui en dépit de ses défauts, ou peut-être aussi à cause de quelques-uns d’entre eux, perdure encore. Sans doute aussi parce que les alternances proposées n’ont pas été suffisamment attractives.

La question demeure donc, que faire pour en sortir ? Car, il ne faut pas s’y tromper, la majorité actuelle, qui a, par la force des choses, avant même la fin de son mandat, fait une croix sur Gaudin, essaiera, sauf rare exception, de s’exonérer de sa gestion. Et que l’on ne peut exclure, faute toujours d’alternance crédible et à raison aussi de la division des adversaires, que cela s’avère suffisant, au moins dans une majorité de secteurs. D’autant que cette majorité sortante saura se réunir sur ce qui est pour elle l’essentiel, se perpétuer. Et que l’on ne voit pas pour l’instant le projet, les groupe ou partis, et encore moins la personnalité, capables d’incarner tout cela.

Mais, si la nature a bien horreur du vide, il n’est pas exclu que celui-ci puisse être comblé. L’espace ne manque pas, à la gauche de la mouvance gaudinienne. Pour toutes les volontés qui voudraient bien s’y atteler, dépassant, les préjugés, les oukases et, si possible, les egos. Pourquoi n’y aurait-il pas une initiative partant de quelques associations citoyennes, qui, sur la base d’une première plateforme, proposeraient rencontres, débats puis construction d’un projet, avec tous ceux qui, que la structure en soit de partis ou d’associations, participeraient du même objectif. Autour de deux ou trois idées forces, sinon même une seule, mettre fin à la fracture sociale et territoriale qui fracture cette ville. Ce que l’on peut décliner ensuite sur tous les aspects d’une gestion urbaine et métropolitaine. Si le projet existe, le reste devrait venir ensuite, y compris les femmes et les hommes susceptibles de le porter. Et pourrait être la meilleure réponse à donner à la forme d’immobilisme et d’arrogance qui nous gouverne depuis trop longtemps.

Gilbert Orsoni – Doyen honoraire de la Faculté de Droit et de Science Politique d’Aix-Marseille

Rue d’Aubagne, du folklore à en pleurer

IMG_0057.jpgPour la 1èrefois en 23 ans de règne sans partage, notre bon vieux maire n’a pu inaugurer la foire aux santons craignant, peuchère, des débordements.

Pour la 1èrefois, peut-être, il s’est rendu rue d’Aubagne en ce triste soir du 5 novembre, pour dire, ce fut sa seule déclaration : « c’est à cause de la pluie ! ».

En cette soirée du 3 novembre, ce fut pour moi sortie classique au cinéma, puis direction le meilleur poisson mafé de Marseille chez « Mama Africa », 57 rue d’Aubagne, c’est un rituel : 13€, prix imbattable ; servis en 1h30, attente record ; odeurs de bouffe assurées…mais que c’est délicieux !

« Mama Africa », c’est l’Afrique et le cosmopolitisme !

Le haut de l’artère sent l’abandon. Le bas tente vainement de se transformer, tout proche de la Canebière et du Vieux-Port : touristes et marseillais en mal d’exotisme s’y pressent, l’Epicerie l’Idéal (Sammut), l’Empereur, chez Blaise ou chez Sauveur font un tabac… une belle occasion de monter les tarifs. Le futur hôtel 4* des Feuillants pointe laborieusement son nez à deux pas du marché Noailles réaménagé…

Depuis des décennies on nous parle d’un plan « Ambition centre-ville », mais à Marseille, on n’est pas pressé, tout continue à se paupériser, ce qui fait les affaires des marchands de sommeil incrédules !

Quel avenir pour ce quartier en péril, le ventre de Marseille, regroupant indigents et vendeurs à la sauvette, où malgré tout les Marseillais du sud et ceux du nord peuvent s’y côtoyer ?

Voyez-vous, en ce sinistre 5 novembre, la messe est dite : 2 immeubles s’écroulent au 63-65, la peur panique, les arrêtés d’insalubrité et de « péril grave et imminent » pullulent ; c’est Beyrouth et le grand désarroi ! 1600 personnes évacuées, immeubles dévastés, habitants perdus et démunis ; ils iront chercher ailleurs un relogement et rejoindront les 40 000 mal-logés, les « sans dents », que compte notre ville, championne de France des inégalités. Beaucoup de délogés auront passé un triste Noël dans un hôtel, faute de mieux.

Oui, plus bas, la vie continue avec son folklore et son marché coloré. En haut, c’est triste à mourir, ville morte, entre poussières, gravats et dégoût.

Est-ce cela le processus de gentrification que nos édiles municipaux tentent insidieusement de mettre en œuvre ? On laisse pourrir les bâtiments, et, hop, forcé on déménage…ou bien on meurt !

Pendant ce temps, indécence suprême, la Présidente du Département met au vote de sa noble assemblée 1 million 800 000 € pour la réfection des vestiaires du cercle des nageurs. Et pas un sou pour une solidarité qui s’imposait.

Au fait, « Mama Africa », elle est venue manifester tous les samedis de novembre, seule, éloignée de son échoppe, les yeux rougis de pleurs et de rage. Dans son silence, colère et amertume, désespoir. Son petit restaurant, son outil de travail, quand va-t-il rouvrir et quand vais-je remanger de son incomparable poisson thieboudienne ?

Michel Tagawa Secrétaire général de Marseille et moi

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Nous entamons aujourd’hui la publication sur notre site , et par retombée sur notre compte Face-Book, des nombreuses contributions reçues à la suite du drame de la rue d’Aubagne.
Ces contributions témoignent de la colère, de l’émotion, de l’incompréhension ressenties le 3 novembre 2018 par la plupart des marseillais.
Certains accusent, d’autres analysent, d’autres enfin poétisent, mais toutes et tous ont la gorge nouée à l’évocation des 8 habitant.e.s écrasé.e.s par les décombres de l’effondrement des immeubles sis aux 63 et 65 de la rue.
C’est une des plus familières rues de Marseille,  qui part de la place Notre Dame du Mont  – exactement de la place Paul-Cézanne-, franchit par un pont le cours Lieutaud et  rejoint la Canebière ou plus précisément la rue des Récolettes.
Durant le mois qui vient, nous  donnons la parole à tous celles et ceux qui ont voulu témoigner.
Aldo Bianchi, président de « Marseille et moi »

Prochaine Audition-Débat sur l’Egalité mercredi 26 septembre 2018 à 18h30 à l’AAJT

L’association « Marseille et Moi » a le plaisir de vous inviter à la conférence-débat :

« Dans un monde de plus en plus inégalitaire pourquoi faut-il défendre l’Égalité ? »

Pour la reprise de nos débats, nous avons invité un collectif de philosophes* très engagés dans la cité.

Marseille est une ville où les inégalités, notamment socio-économiques, sont à la fois très importantes et très visibles. La réflexion sur la nature et sur la valeur de l’égalité, nécessaire d’un point de vue général, y prend dès lors un tour particulièrement sensible.

Nous débattrons avec 3 membres du collectif, professeurs de philosophie :   Luisa Marques dos Santos,  Monique Pillant , Marc Rosmini et un grand témoin : Celia Djaffri, lycéenne.

Nous vous attendons nombreux à l’AAJT , 3 rue Palestro – 13003 Marseille (Métro St Charles – à 50 m de la gare routière et du lycée Victor Hugo)

Entrée libre – Un apéritif convivial vous sera offert à la fin de notre rencontre. 

                                          Aldo Bianchi, Michel Tagawa.

*  Le collectif « Les Philosophes Publics », constitué par une vingtaine d’enseignants de philosophie soucieux de vivifier le débat public, est préoccupé par la réflexion sur l’égalité, au moins pour deux raisons.

La première tient à la nature de la philosophie, qui s’interroge non pas seulement sur la mise en pratique des normes et des valeurs, mais sur leur fondement. Pourquoi l’égalité serait-elle une valeur ? Au nom de quoi faudrait-il la promouvoir ? Ces questions ne peuvent être éludées, surtout si l’on souhaite que cette notion redevienne centrale dans les discours politiques et médiatiques, dont elle est malheureusement trop souvent absente.

La seconde concerne les actions de notre collectif, qui se caractérisent par le désir de philosopher avec tous ceux qui y sont disposés, quels que soient leur niveau de diplôme, leur position sociale, leur âge, leurs croyances, etc. Par nos diverses interventions dans la cité, nous tentons d’incarner une éthique de la discussion qui présuppose l’égalité de tous dans la capacité à proposer des idées et des arguments, sans pour autant renoncer à une exigence intellectuelle incompatible avec un relativisme radical.

Ainsi, l’égalité nous semble être en même temps un objet de la discussion citoyenne, et l’une de ses conditions de possibilité. C’est ce double aspect que nous souhaitons mettre en débat.

 

Prochaine Audition-Débat mercredi 13 juin à 18h30 à La Boate : Marseille est-elle encore gouvernée ?

L’association « Marseille et Moi » a le plaisir de vous inviter à la dernière conférence-débat avant la pause estivale :

« Marseille est-elle encore gouvernée ? »

15 ans après leur incontournable « Gouverner Marseille »(éditions La découverte), Michel Peraldi et Michel Samson viennent nous visiter pour « refaire le match » et tenter d’actualiser leurs analyses et leurs visions de notre ville.

Le « système Defferre » est à bout de souffle, perpétué par ses successeurs Robert Vigouroux et Jean-claude Gaudin. Passera-t-il la main à l’aube de la nouvelle Métropole ?

Les recettes clientélistes et la capacité de tenir des réseaux céderont-ils  face à une société civile de plus en plus méfiante voire hostile aux acteurs politiques ?

Nos deux amis, anthropologue et journaliste, nous dresseront un tableau du monde politique et des « acteurs de la ville » actuels pour y déceler la future nouvelle gouvernance…c’est du moins ce que chacun de nous espère.

Entrée libre

Nous vous attendons nombreux à 18h30 à la Boate , 35 rue de la Paix Marcel Paul, 13001 Marseille (escaliers à l’angle du Cours d’Estienne d’Orves et de la rue Sainte). 

Un apéritif convivial vous sera offert à la fin de notre rencontre. 

                                                    Aldo Bianchi – Michel Tagawa

Prochaine Audition-Débat sur l’école le 23 mai

INVITATION AU DEBAT

mercredi 23 mai 2018
18h30 à La Boate 

L’association « Marseille et Moi » a le plaisir de vous inviter à une conférence-débat sur l’école.

18 mois après un débat sur l’école qui posait la question du respect des valeurs républicaines, nous revenons sur le sujet avec un nouvel angle d’étude.

  1. La municipalité envisage de confier au « privé »la construction et la gestion de nos écoles primaires et maternelles, ce désengagement de sa responsabilité est il acceptable?
  2. Les inégalités sont au cœur du système scolaire français; les réformes se succèdent mais l’origine sociale semble plus que jamais déterminante pour l’avenir des enfants.
    Comment construire un paradigme éducatif qui relève le défi de l’égalité à l’école?
    Pour traiter de ces deux thèmes, « les murs et dans les murs », nous avons invité deux personnalités engagées : Gérard Perrier, professeur émérite, et Alain  Beitone, professeur de sciences économiques et sociales.

Entrée libre

Nous vous attendons nombreux à la Boate, 35 rue de la Paix Marcel Paul, 13001 Marseille (escaliers à l’angle du Cours d’Estienne d’Orves et de la rue Sainte).

Un apéritif convivial vous sera offert à la fin de notre rencontre. 

                                                    Aldo Bianchi – Michel Tagawa

Appel : Osons la Métropole !

« Les métropolitains que nous sommes ont une ambition : un territoire à hauteur des enjeux d’aujourd’hui et de demain.
Cette urgence politique est soulignée par une société civile à l’origine de ce projet de métropolisation mais aussi
par la nécessité de mettre un terme au comportement des élus locaux plus soucieux des intérêts particuliers que de l’intérêt général.
La Métropole Aix-Marseille Provence , élue indépendamment au suffrage universel direct , fusionnant avec le département, sera le nouvel
espace démocratique autorisant la participation active des citoyens et innovant une nouvelle gouvernance politique.
Il nous a donc paru utile de lancer ce premier appel pour sensibiliser nos concitoyens et les inciter à intervenir pour exprimer leur volonté dans la perspective des futures décisions  de l’État. »  Aldo Bianchi, président de « Marseille et moi »

Aix-Marseille-Provence est née en 2016. Mais existe-t-elle encore pleinement ? Avec presque deux millions d’habitants, un territoire de plus de 3 000 km2, deux grandes villes et 90 communes, la métropole peut-être la cité du futur. Plus qu’un engagement politique, une dimension économique, une réalité culturelle, il faut ici et maintenant une prise de conscience citoyenne, car aujourd’hui c’est déjà demain ! Pour les signataires de cet appel cinq exigences s’imposent.

         1 La métropole reste à construire. Elle doit en finir avec les baronnies et les rivalités stériles , proscrire le clientélisme, écarter les spéculations électorales.

Avec vous, c’est une Cité à inventer sur un territoire riche de ses potentialités, ses talents, ses différences. L’addition de ses atouts ne doit léser personne. L’intérêt collectif est le moteur de cette entreprise.

2 La métropole a une échelle pertinente pour rivaliser à l’international et    affronter les défis de la mondialisation. Il faut inscrire son développement dans un avenir commun et  proposer à toutes les générations les conditions pour vivre et prospérer ensemble . Il est urgent de mettre en œuvre le schéma des transports et déplacements pour préparer l’avenir, d’organiser la solidarité entre les territoires et d’articuler la Métropole avec la Région.

3  Métropolitains, nous le sommes déjà : nous utilisons tous les jours les ressources de ce territoire , pour étudier, travailler, nous soigner, nous cultiver et nous divertir. Pour trouver un nouveau souffle, la démocratie locale doit devenir une démocratie d’usage. Les usagers de la métropole doivent en devenir les citoyens .                                                                                                              La fusion nécessaire de la métropole et du département, supprimant un échelon administratif et apportant de la richesse, doit permettre d’additionner les compétences, les savoir-faire, les prospectives. Cette dynamique ne peut s’envisager sans prendre en compte trois éléments : la proximité, la solidarité, la mobilité : cela fera l‘objet d’une charte pour la gouvernance.

4 La métropole doit à sa jeunesse des horizons prometteurs. Les jeunes générations doivent être associées au développement et à la gouvernance d’un territoire à ré-inventer ; ils permettront une meilleure prise en compte de la révolution numérique, en reliant  les « in  » et les « out » de ce changement planétaire, qui se traduit en fait entre les habitants des  métropoles et ceux des autres territoires. Il faut associer la jeunesse  pour assurer la mobilité indispensable qui favorise la transversalité, l’accès partout et pour tous à la culture, l’offre de formation la plus large possible , l’ouverture à l’international et surtout pour mettre fin aux ghettos urbains périphériques délaissés par les grandes villes.

5 La métropole exige un mode de scrutin sincère et direct, de liste.

Il exclura les combinaisons et les tripatouillages d’appareils. Ceux qui auront demain à la gérer doivent être élus sur un programme clair, des objectifs et un calendrier précis, une perspective à atteindre : un territoire partagé.

Premiers Signataires

Aldo BIANCHI , Président de « Marseille et moi »,  Michel TAGAWA,  Secrétaire général, Jacques BOULESTEIX, Astrophysicien, André DONZEL, Universitaire, Philippe LANGEVIN, Economiste, Jean VIARD , Sociologue , Professeur Jean-Louis SAN MARCO,    Christine BARTOLOMEI , Magistrate Honoraire , Laurent MUCCHIELLI , sociologue , Samia CHABANI , déléguée générale- Ancrages , Jean KEHAYAN, Ecrivain, Michèle RUBIROLA, Médecin, Hervé NEDELEC, Journaliste, Céline FERRERO , Gérard PERRIER , Thérèse TALHA, Traductrice, Laurent FALZOI, Entrepreneur, Valentine DESPLATS, Architecte, François BALLESTRACCI, Hélène PICON-BERNARD, Médecin, Alain BEITONE, Sociologue, Anne-Marie BERNARD ,Jean-Philippe BEAU , urbaniste , Caroline DANIEL, Enseignante, François MAURICE, Professeur, Alain BRUNELLO,  Ingénieur, Stéphane RIBEIRO DE ABREU, Architecte-Urbaniste , Jacques DURAND, Chercheur,  Jean BONELLI,  Alain GILLET, Professeur, Jean-Pierre LIEUTAUD, Martine BIGOT, Ingénieure, Pierre HUGUET, Enseignant, Alain FOUREST, Ewa KAZINSKI, Cadre de la Fonction Publique, Gilbert ORSONI, Universitaire, Philippe TAGAWA, Médecin, Nisou COSTA, Artiste peintre,  Luc GUIOL , Michèle BARESTE , Monique SALAPIAN, Educatrice spécialisée,Pierre LECOUBET ,  Jeanine AUDOIN, Professeur, Arnaud BIZALION, Editeur, Jean-Marc DANDREU, Chiraze MZATI, Attachée de service clientèle, Cyril TRIGNAC, Patricia OURADOU, Psychanalyste, Elio TISI, Employé consulaire, Mireille THEVENY, Professeur, Gérard PICON, Médecin, Emmanuelle VINET-TAGAWA, Administratrice de théâtre, Larbi TALHA, Economiste, Robert SALAPIAN, Jeanine LEJEAN, Professeur, Nina KEHAYAN,  Ecrivaine,  Louis BARTOLOMEI, Magistrat Honoraire , Jean-Pierre ETIENNE, Nathalie VOUTIER, Ingénieure, Francis AUDOIN, Professeur, Marie-Amal BIZALION, Journaliste, Jacques HUSER,  Nicole THUET, Cadre, Guy CALLY.

Laurent Mucchielli refait le film de la vidéo-surveillance

Directeur de recherche au CNRS, Laurent Mucchielli, qui enseigne la sociologie de la délinquance à l’université d’Aix-Marseille, est venu bousculer une idée reçue – ou manipulée – qui fait de la vidéo-surveillance le nec plus ultra de la lutte contre la délinquance. Les membres de « Marseille et moi » étaient, ce mercredi 14 mars, d’autant plus attentifs à ses propos, que nombre d’entre eux vivent dans des quartiers où les actuels dirigeants marseillais ont installé ces yeux électroniques. Ils sont censés remplacer l’injonction du crieur public disparu, demandant naguère, en mouchant quelques réverbères, « aux braves gens » de « dormir tranquille ».

Le chercheur a mené pour étayer son impeccable démonstration une longue enquête à Marseille, dans d’autres villes ou villages. Il a comparé, bien évidemment, pour dénoncer ces « écrans de fumée », l’investissement souvent très lourd consenti par les collectivités et les effets supposés dans la lutte contre les crimes et délits.

On s’amusera, comme il l’a fait ce soir-là à La Boate, de ces villages quasi dépeuplés – il cite Baudinard-sur-Verdon – où les édiles ont osé installer, sans craindre le ridicule, une floppée de caméras pour une poignée d’habitants : à Baudinard 13 pour 156 habitants. On imagine aisément l’ambiance de suspicion qui règne dans les chaumières.

A une autre échelle, Laurent Mucchielli porte sa plume dans la plaie, avec Mega City une ville qui ressemble, avec ses 860 000 habitants, à s’y méprendre, à Marseille. Au passage, il balaie d’un revers de chiffre, la mauvaise réputation de la ville portuaire. Elle s’appuie sur des données de la délinquance quantitativement élevées, mais absolument pas exceptionnelles, comme souhaiteraient en attester certains tenants du tout sécuritaire. En 2016, ce ne sont pas moins de 816 caméras qui sont implantées dans la ville qui, le précise l’universitaire, s’est résolue, avec retard, à mettre en place ce système de surveillance. Il cite du coup Nice, pionnier dans le domaine, et l’imprudence de son maire Christian Estrosi qui, après les attentats de 2015 à Paris, avait osé affirmer que « sa vidéo-surveillance » aurait évité le pire. Hélas, le 14 juillet 2016 devait lui apporter un démenti cinglant. Pour Mega City, les chiffres de l’enquête du chercheur son criants de vérité. Au mieux ce sont 1,5% des 55 000 infractions constatées par la police qui ont été élucidés. En revanche les chiffres font un bond, lorsqu’on utilise « big brother » comme outil de répression des automobilistes et deux roues.

Mucchielli parachève sa brillante et difficilement discutable démonstration, en abordant la question des investissements nécessaires pour tisser, au-dessus des 111 villages de Mega City, la toile des 1000 caméras prévues dans un plan initial. Ce seul investissement en matériel représente 16 millions d’Euros. Certes l’Etat et le conseil départemental ont apporté leur contribution pour plus de 50%, mais la ville, pour faire fonctionner cette machine à surveiller, doit aussi immobiliser du personnel. Ce poste d’observation est du coup budgétivore puisque la ville lui affecte 7 millions d’Euros l’an. Mucchielli se permet d’avancer que ces policiers municipaux, rivés aux écrans, seraient sans doute plus utiles en patrouille dans la rue.

On l’aura compris et, c’est la thèse développée par notre enquêteur, la vidéo-surveillance est – c’est le cas de le dire – très télégénique en terme de communication. Il est difficile de démontrer qu’elle participe efficacement à la lutte contre la délinquance quotidienne. Elle est sans doute plus utile à ses concepteurs et les entreprises qui la diffusent dont les profits son exponentiels. Le mérite du travail et du livre (« Vous êtes filmés » chez Armand Colin) de Laurent Mucchielli est d’apporter des éléments objectifs, pour contrer les « y a qu’à » du discours sécuritaire. On le sait depuis longtemps le sentiment d’insécurité est plus puissant que la réalité de l’insécurité. C’est à partir de ce constat qu’ont prospéré les marchands d’illusion.

En préambule de cette conférence, le président de « Marseille et Moi », Aldo Bianchi, a rappelé la nécessité pour l’association de peser dans le débat actuel sur la métropole. Pour ce faire, un appel a été conçu et nous comptons sur le soutien et les signatures du plus grand nombre.

 

Démocratisation scolaire consacrée à l’école – Les défis de l’égalité

La Fondation Gabriel Peri vient de publier une brochure du Groupe de recherche sur la démocratisation scolaire consacrée à l’école.
Elle est sous-titrée « Les défis de l’égalité » ce qui caractérise bien son contenu.
Elle peut être commandée auprès de la fondation Gabriel Peri pour la modique somme de 5 euros.
Alain BEITONE