» L’urbanisme marseillais : l’inquiétant envers du décor  » – Compte-rendu du débat du mercredi 6 Mars 2018 au théâtre de l’oeuvre

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Un sujet brûlant, une assistance très nombreuse, passionnée, impliquée, pour une audition-débat organisée dans le format  habituel proposé par l’association Marseille et moi  qui met en présence  experts et acteurs, spécialistes et militants à propos d’une question touchant Marseille et la métropole.  Confrontation qui n’exclut pas, bien au contraire, que les acteurs soient experts ou les experts acteurs : la composition de la tribune, comme le déroulement de la réunion en ont fait la démonstration en faisant apparaître tout au long de la soirée la question cruciale de la démocratie dans la construction d’un projet urbain.

Par quel angle saisir ce sujet complexe  de l’urbanisme  qui touche à de nombreux champs ? La question démocratique, qui est au cœur de la démarche de l’association, Marseille et moi, est la meilleure façon de l’aborder. Aldo Bianchi le souligne d’emblée en évoquant le géographe marseillais Marcel Roncayolo pour introduire le débat . Pour celui-ci, chacun entretient un rapport personnel à sa ville, à sa géographie. Il faut pouvoir parler de ce qu’est une ville, de ce qu’est notre ville. Le drame de la rue d’Aubagne en impose d’autant plus l’exigence.

Une ville 7 fois détruite et reconstruite rappelle Aldo Bianchi en citant Gaston Defferre. Mais une ville qui figure trop souvent dans les derniers rangs des classements sauf quand il s’agit de la pollution. Une ville marquée par un déséquilibre territorial flagrant, amplifié par la loi PLM qui a conduit à diviser la ville en 8 secteurs, assurant  à celui qui l’emporte dans seulement 4 de ces secteurs la victoire aux élections municipales . Aldo Bianchi continue en évoquant les grands dossiers sur lesquels l’association a alerté ces dernières années : l’état des écoles, la pollution (à la Tourette par exemple), le déséquilibre des transports.

Il faut une vision d’avenir pour Marseille. Et pour cela d’abord comprendre cette ville, comprendre d’où elle vient, comprendre ses habitants.  Six invités pour s’y engager :

Francis Ampe, ingénieur, urbaniste (Datar), ancien maire de Chambéry

Karima Berriche, sociologue et militante, membre du Syndicat des Quartiers Populaires de Marseille

Jean-François Cerutti, président de l’association Un centre ville pour tous

Kevin Vacher, sociologue et militant dans le collectif du 5 novembre

Claire Poutaraud, architecte, urbaniste

Alain Fourest, un des pionniers de la politique de la ville.

Francis Ampe , néo-marseillais (depuis 18 ans cependant), évoque d’abord le premier choc ressenti en arrivant à Marseille : les voitures garées sur les trottoirs… il découvre alors une situation qu’il juge catastrophique mais non privée d’espoir car : «  la ville, dit-il est le seul être vivant capable de rajeunir ». A condition de prendre les bonnes décisions.

Francis Ampe présente un panorama historique de Marseille sous l’exergue de deux citations de Marcel Roncayolo.  La première, extraite de L’Imaginaire de Marseille (1990) indique le défi politique majeur que doit relever la ville : construire une représentation partagée avec l’espace proche de l’hinterland. Défi toujours actuel. La deuxième, extraite de Le géographe dans sa ville (2016) souligne le bouleversement produit par le déclin  des grandes sources d’attractivité de la ville qu’étaient le négoce et l’industrie.  Alors, la question jusqu’alors secondaire de la forme urbaine de la ville prend aujourd’hui le pas sur la dimension économique qui avait produit la ville industrielle. On a maintenant   des femmes et des hommes beaucoup plus que des activités. Le traitement de la ville dans laquelle on habite –l’urbanisme, défini comme l’art de concevoir la ville- prend la première place.

Trois événements pour scander l’histoire récente de Marseille.

  1. L’arrivée de l’eau. La ville peut s’épanouir. Les 110 noyaux villageois sont périmés (sauf dans l’esprit de certains responsables). Dans le contexte des colonies, Marseille invente la ville industrialo-portuaire. Le nouveau port de la Joliette offre 10 km de façade maritime, une opportunité exceptionnelle aujourd’hui sous-utilisée. Marseille devient la grande ville que nous avons connue. Un siècle d’histoire ;
  2. La grande erreur. Alors que le port de Fos est créé sous l’égide de la Datar, Marseille refuse de devenir une communauté urbaine. Et tandis que les grandes villes de France telles que Lyon, Bordeaux, Lille ou Strasbourg apprennent à travailler en commun, Marseille reste seule. Il faut attendre 2000 pour la création de la communauté urbaine que suit l’institution de la métropole. Retard historique majeur.

Années 90.  Le maire, Robert Vigouroux, prend conscience de l’état de délabrement de la Joliette et admet que la Ville ne peut s’en sortir seule. Les discussions avec la Datar conduisent l’Etat à la décision de la création de l’établissement public Euroméditerranée (1995). C’est un quartier à la dimension de la métropole qui est créé. Alors que le TGV arrive à Marseille (2001), c’est une nouvelle ambition qui anime Marseille, le projet du Mucem est débloqué, seul musée d’Etat en région. Marseille devient capitale européenne de la culture (2013).

Le projet de création d’une métropole est essentiel parce qu’il correspond à des enjeux économiques décisifs. Dans ces années 90 apparaît le phénomène de la métropolisation qui est la traduction spatiale du phénomène économique de la mondialisation.  Avec l’hyper industrialisation provoquée par les transformations des transports et la révolution numérique, l’industrie fonctionne différemment.  C’est une opportunité dont Marseille peut se saisir. A condition que le projet métropolitain organise une bonne adéquation entre l’espace de mobilité (entre Fos et La Ciotat) et le système de gouvernance.  Il y a un gros retard à rattraper sur ce point.

Enfin, Francis Ampe indique un dernier enjeu décisif : la sanctuarisation des terres arables dans cet espace urbain et métropolitain. Il faut dorénavant construire la ville sur la ville.

Note optimiste pour conclure : la cuvette de Marseille est un emplacement exceptionnel !

Jean-François Cerutti nuancera ses propos dans le débat mais il veut d’abord présenter un réquisitoire.

Il précise d’abord le tableau historique en remarquant que les deux phases d’expansion urbaine, après l’arrivée de l’eau puis après 1960, ont été l’une et l’autre marquées par l’urgence. Marseille subit encore aujourd’hui le poids de cette urbanisation effectuée dans l’urgence.

La question centrale est de savoir comment et pour qui se fait la transformation urbaine. Citant Henri Lefebvre, Le droit à la ville, il dénonce la prééminence accordée à la valeur marchande sur la valeur d’usage, autrement dit, la marchandisation de l’habitat. Depuis 25 ans, la municipalité applique un projet  urbain cohérent : laisser faire le marché. A côté des grandes opérations urbaines  co-pilotées avec l’Etat, il reste à la Ville le centre-ville et l’aménagement de l’espace public. « Reconquête » du centre-ville (contre qui ?), embellissement de l’espace public (Vieux-Port, Plaine), valorisation des biens, mesures incitatives pour l’investissement privé : la cohérence consiste à chercher à attirer des populations nouvelles, au nom d’une mixité sociale retournée contre celle qui existe déjà.

Dans les opérations de rénovation urbaine, rue de la République (500 logements habitables vides), grand centre-ville (opération en grande partie abandonnée), plan ambition centre-ville (limité au Vieux-Port et Accoules, mobilier urbain), les besoins des habitants ne sont pas pris en compte, hormis une amélioration dans l’opération grand centre-ville en 2011. Le logement social prévu (1500/an) est très insuffisant au regard des besoins des habitants, ou simplement pour renouveler le parc ancien.  Le logement social nouveau est prévu exclusivement au nord de la Canebière, ignorant le centre-ville rebaptisé hypercentre (disparition de la servitude de logement social pour l’îlot Korsec).

Les habitants veulent des espaces de proximité à côté des écoles, même de superficie modeste (150 ou 200 m²). Mais ils ne sont pas consultés.

La conclusion porte sur la question démocratique : les habitants ne sont pas suffisamment associés pour étudier avec les techniciens les besoins existants. Il y a un vrai déficit démocratique.

Karima Berriche présente le Syndicat des Quartiers Populaires dont elle est membre, son histoire et les modalités de son action. Longue histoire qui trouve ses racines profondes dans la marche de 1993 pour l’égalité des droits et contre le racisme, et sa filiation plus récente avec la création du Collectif des Quartiers Populaires de Marseille en 2013 après un énième assassinat lié au trafic dans le 13èmearrondissement. Tous les quartiers populaires sont alors représentés et la question de l’égalité des droits s’impose. Après des divergences internes et la dissolution du CQM en 2015, le Syndicat des Quartiers Populaires est créé en mai 2018, conduit par une éthique de continuité dans le travail militant, d’accompagnement des mobilisations des habitants, et doté d’une méthode : des assemblées populaires régulières, fondée sur le concept d’expertise des habitants.

    Le document qui en résulte –les 101 propositions pour Marseille-, envoyé partout, n’a reçu aucune réponse hormis celle de la Préfecture, avec laquelle des rencontres ont été organisées, sur des thèmes ciblés, comme la santé, où se manifeste le déséquilibre entre le nord et le sud de la ville.

Habiter dans ces quartiers, come le fait Karima Berriche, c’est à la fois être dans et hors la ville, subir des discriminations liées à l’origine et au lieu d’habitation, subir un sous-équipement, un sous-emploi même quand les entreprises sont implantées dans le quartier (Bassens, pas d’embauche des habitants par les entreprises sur place).

Kevin Vacher  se présente sous ses deux casquettes, ses deux expertises qu’il entend faire travailler l’une avec l’autre, celle d’habitant de Noailles militant depuis l’accident et celle de sociologue travaillant sur les mobilisations urbaines. Il entend ainsi, pour affronter la question essentielle, la question démocratique, faire dialoguer la question urbaine, la question de la production de la ville avec la question de la sociologie de la ville, des mobilisations urbaines, en examinant un double rapport : l’impact de l’urbain sur les populations et leur comportement politique et inversement  la participation des mobilisations urbaines à la représentation et à la construction de la ville.

C’est le moyen de réfléchir à nouveau frais sur ce qui s’entend partout, chez les militants comme chez les acteurs institutionnels comme un dogme partagé : faire la ville avec ses habitants.  Le défi est de passer de l’échelle locale du quartier à celle de l’ensemble de la ville.

Depuis le 5 novembre, les choses ont changé. Les luttes  urbaines, depuis les années 2000-2010  se présentaient à Marseille comme en France ou dans le monde  sous la forme de trois catégories distinctes, les luttes dans les quartiers populaires, celles rassemblant la jeunesse précaire (type Assemblée de la Plaine), celles enfin portant sur les questions d’hygiène et de sécurité, émanant plutôt des classes moyennes et supérieures dans des structures telles que les CIQ. Malgré des tentatives de coalition, ces luttes restaient fragmentées. L’événement du 5 novembre a produit une convergence de ces fractions de la société marseillaise. Une série d’éléments objectifs ont produit des effets concrets importants ;

Premier élément : la liste des victimes réunit  la diversité des précarités, à l’encontre de certains imaginaires. Elle incarne la ville populaire, multiculturelle, socialement mixte. Les manifestations qui suivent sont remarquables par leur hétérogénéité sociale.

Deuxième élément, la place de Noailles dans la ville, le dernier quartier où tout le monde se reconnaît.

Troisième élément : les évacuations, plus de 2000, ont touché tout l’habitat ancien, surtout dans le centre, et des couches sociales différentes, les classes moyennes et parfois une petite fraction des couches supérieures.

Dans ces conditions, le regard des uns et des autres change. Tous, familles populaires, intellectuels (parfois des journalistes), propriétaires occupants des différents quartiers, tous s’intéressent au même objet et se découvrent des intérêts communs. Une unité se réalise par-delà la fragmentation sociale. Le manifeste du Marseille vivant et populaire est signé par l’ensemble des collectifs de quartier de la ville.

Le défi consiste maintenant à produire un projet urbain partagé.  Les freins sont nombreux, inertie des milieux militants, nouveaux acteurs, question du transfert d’expériences entre générations, pratiques différentes (type ZAD à la Plaine)…  Il faut toucher les habitants au-delà des collectifs militants, associer l’ensemble de la pluralité sociale et politique, de Air Bel au Corbusier, sans craindre, comme le dira plus tard Kevin Vacher dans la discussion, la conflictualité génératrice de participation.

Après ces quatre interventions, la parole est donnée à une salle en effet diverse et experte en la matière : militants associatifs (collectif Laisse béton, SOS Longchamp, collectif Air Bel, …), habitants des quartiers ( Busserine, Noailles, Plaine…),  spécialistes de la question urbaine, citoyens passionnés par leur ville.

Il reste peu de temps pour les deux  témoins appelés à la tribune. Claire Poutaraud évoque les expériences en habitat social réussies à Vienne en Autriche. Une ville où les gens se sentent considérés.  Un logement sur deux est un logement social, ouvert à des catégories sociales diverses. Une mixité sociale qui remonte à l’entre-deux-guerres. Marseille a besoin d’un gros rattrapage, impossible à réaliser sans co-construction, avec des instances de décision en commun  et le recours aux bons techniciens dont dispose la Ville.  Alain Fourest, qui désespérait un peu devant la situation de l’habitat à Marseille et l’absence de véritable politique de la ville depuis  son apparition à Grenoble avec Hubert Dubedout en 1980, dit retrouver le moral avec cette réunion. Il évoque à la fois le passé et l’actualité avec la cité du Petit Séminaire. Le passé puisque le Petit Séminaire avait été le lieu d’une expérience sociale novatrice dans les années 80, quand une équipe d’architectes et de sociologues (Anselme, Péraldi, Jolivet) s’y était installée trois ans durant pour empêcher la démolition prévue et amener  l’Office HLM à entreprendre la rénovation du site. Expérience exceptionnelle de partage de la décision avec les habitants, invention d’une maîtrise d’œuvre sociale et urbaine devenue célèbre. Aujourd’hui, il est à nouveau question de démolir cette cité. Un collectif s’est constitué pour s’y opposer et organiser sa réhabilitation.

Aldo Bianchi conclut la séance en rappelant la vocation de Marseille et moi : organiser le débat public sur toutes les questions qui touchent à Marseille et à la métropole et faire émerger une alternance à proposer aux Marseillais.

En attendant notre Compte Rendu de la réunion sur l’Urbanisme marseillais, voici une nouvelle contribution sur Marseille après le drame de la rue d’Aubagne.

Heurs et malheurs Marseillais !

Je n’en reviens pas encore de la force avec laquelle la municipalité a imposé son projet de réaménagement de la place Jean Jaurès. Pourquoi couper ces arbres, centenaires pour certains? Quel est ce refus de la municipalité d’écouter l’attente des habitants? Bien entendu, que la place Jean Jaurès doit être réaménagée, mais il y avait peut-être moyen d’ajuster le projet? Non, il n’y a pas eu moyen!

Cette autorité, violente, me ramène au drame de la rue d’Aubagne, où on y voit une autorité larvée : J’avais reçu l’information en fin de matinée : un immeuble du centre-ville de Marseille s’était effondré! Je suis resté abasourdi, comme hébété pendant quelques instants. J’habite à environ 500m à vol d’oiseau de la rue d’Aubagne. Comment cela se peut-il? Effondré! Ce n’est pas normal, ce n’est pas naturel! En fait, il s’agissait de 2 immeubles, l’un vide, inhabité, qui a entrainé dans son effondrement un autre, habité. En reprenant mes esprits, la phrase d’un ancien Maire Marseillais m’est venu à l’esprit :

« la bo-nne vi-lle de Mar-seille! » Avec cet accent fort, puissant, rassurant, protecteur, qui montrait bien qu’il ne fallait rien changer des habitudes des habitants pour qu’ils continuent de ne pas changer leurs habitudes de vote. Voilà le résultat de plus d’un demi-siècle d’immobilisme. Voilà le résultat de vingt années de mauvaise gestion de l’habitat! Car le dossier de l’habitat insalubre et dangereux est connu depuis plusieurs années!

Très rapidement, un jeune homme, copropriétaire dans l’immeuble effondré, est venu parler de sa situation aux journalistes : Il avait acheté un appartement, l’avait remis en état, et le louait. Il n’avait rien d’un marchand de sommeil comme certains médias pouvaient dénoncer. A ce moment, j’ai ressenti un certain soulagement de ne pas faire partie de ces gens, calculateurs, qui comprennent qu’en achetant un appartement peu cher dans le centre-ville, presque insalubre, ou en tous cas vétuste et indigne, ils pourraient le rentabiliser rapidement. S’il n’avait rien d’un marchand de sommeil, il en avait tout de même la démarche. J’ai appris plus tard que l’indécence des logements de cet immeuble avait été noté dans un rapport. Ce qui confirme bien ma perception : le manque d’éthique ne peut réfréner l’appât du gain de certains.

Les jours suivants, le journaliste a égrené le nombre de victimes, d’abord 4 corps ont été dégagés, puis 2 autres, puis encore un autre, et enfin un huitième corps quelques jours plus tard. J’espère seulement que ces personnes n’ont pas souffert. J’imagine des personnes blessées, coincées sous des tonnes de décombres, conscientes ou inconscientes, attendant des secours, voyant la mort venir vers elles, lentement, inexorablement. Quel malheur ! Nous ne connaîtrons peut-être jamais les circonstances exactes de la mort de ces malheureuses personnes. Ont-elles souffert? J’espère que non.

Après l’incompréhension d’un tel drame malgré nos lois et nos institutions du 21° siècle, après la compassion ressentie pour ces innocentes victimes, une bouffée de colère m’envahit. Oui, ces victimes sont innocentes, oui, l’affaire était connue, ces immeubles n’avaient pas de fondation, les murs reposaient simplement sur le sol. Mais surtout, depuis plusieurs années, il avait été constaté la présence permanente d’eau dans les caves de ces immeubles. Alors quoi? là aussi, il faut des morts pour que la société évolue? Dans quelle société vivons-nous? Reconnaissons tout de même qu’il s’agit de choix politiques, car des projets immobiliers, dans Marseille, il y en a eu, il y en a : la transformation de l’Alcazar en bibliothèque municipale, l’aménagement démesurée du stade Vélodrome, l’installation du commissariat dans l’immeuble Noailles (sans aménagement de place de stationnement pour les véhicules de service), le déménagement de la mairie du 1° sur la Canebière, l’aménagement du J4 avec le Mucem, la réhabilitation d’un immeuble en hôtel de luxe… Tous ces dossiers sont de grands dossiers, très personnalisés, certains réussis, d’autres pas. Mais l’entretien de l’habitat existant, âme millénaire de Marseille, n’est pas assuré. Problème d’impôt exige, la ville recherche la gentrification des quartiers du centre-ville : le Panier, le Cours Belsunce, Euroméditerranée et la Joliette, la rue de la République. Mais ça ne vient pas. J’ai l’impression d’un complot mal mené, on laisse les vieux immeubles s’écrouler, et on reconstruira sur les ruines… Je pense que la gentrification d’un quartier répond à d’autres besoins et ne se fait pas sur une table rase. De plus, la gentrification n’est pas la mixité sociale. Cette violence est la même violence que pour le réaménagement de la Plaine. En plus, Jean-Claude Gaudin a annoncé devant le conseil municipal son intention de demander la reconnaissance de l’état de catastrophe naturelle. La mairie avait attribué le drame aux fortes pluies tombées sur Marseille les jours précédents. La mairie n’assume pas. Quelle bassesse! quel malheur! L’année 2018 se termine mal à Marseille! Vivement 2020!

Jean Pierre ETIENNE

Urbanisme marseillais: L’inquiétant envers du décor

L’association «Marseille et Moi» a le plaisir de vous inviter à la conférence-débat :

« Urbanisme marseillais: L’inquiétant envers du décor »

Mercredi 6 mars 2019, 18h30 au Théâtre de l’Oeuvre

(1 rue Mission de France 13001 Marseille – tramway/métro Noailles/Garibaldi)

 

Chacun d’entre nous a ses itinéraires dans la Ville. Raconter sa vie et raconter sa ville sont étroitement associés.

La géographie de la Ville comme le témoigne Marcel Roncayolo dans son dernier ouvrage est une question très personnelle pour chacun d’entre nous.

Marseille se transforme assurément, s’embellit pour la plupart des touristes et des marseillais qui arpentent le front de mer.

Mais cette transformation est-elle satisfaisante pour la majorité des marseillais.e.s?

Le 21ème siècle ne peut se contenter d’une hagiographie des noyaux villageois (111 quartiers) dont on nous rebat les oreilles! La Ville-Métropole doit avoir d’autres ambitions , d’autres objectifs notamment celui de la transition énergétique, de la fluidité des transports, d’un habitat digne, d’un espace public retrouvé.

Le séisme du 5 novembre a montré le fossé  qui sépare la ville d’aujourd’hui à la ville « nécessaire » et pas simplement « rêvée » de demain.

L’habitat indigne est intolérable.

L’absence de vision métropolitaine est flagrante.

La souffrance de centaine de milliers de marseillais.e.s  passe par l’absence d’équilibre et d’équipements entre les quartiers populaires et le reste de la ville.

Pour poursuivre notre réflexion sur Marseille et sa métropole, et préparer 2020, nous avons invité à ce débat :

Francis Ampe, ingénieur, urbaniste, ancien conseiller à la DATAR.

Karima Berriche , membre du Syndicat des Quartiers Populaires de Marseille.

Jean-François Cerutti, président de l’association: « Un Centre Ville pour tous »

Kevin Vacher, sociologue, militant associatif, membre du collectif du 5 novembre.

Et comme témoins : Claire Poutaraud, architecte « Agir en ville » et Alain Fourest, pionnier de la politique de la ville

 

Nous vous attendons nombreux au Théâtre de l’Oeuvre. L’entrée est libre et un apéritif convivial vous sera offert à la fin de notre rencontre. 

Aldo Bianchi (Président), Michel Tagawa (Secrétaire général).

Prochaine Audition-Débat organisé par Marseille et moi

«Marseille et Moi» a le plaisir de vous informer que sa prochaine Audition débat sur «L’Urbanisme à Marseille» est prévue le 6 mars 2019 à 18h30 au théâtre de l’œuvre à Marseille et vous remercie de réserver cette date dans vos agendas.

Nous vous attendons nombreux au 1 Rue Mission de France 13001 Marseille (Tramway Noailles  ou Canebière Garibaldi; Métro Noailles).

Aldo Bianchi Président de Marseille et moi

Audition-Débat avec Jean VIARD : Marseille et la Méditerranée : quel avenir ?  

    

Pour traiter cette question dont l’enjeu est considérable à court et à long terme, l’association reçoit Jean Viard, récent auteur de Quand la Méditerranée nous submerge. Aldo Bianchi inscrit d’abord la question, en avant-propos, dans la longue durée en rappelant l’héritage essentiel de Fernand Braudel, le travail plus récent de Patrick Boucheron. Il évoque la longue tradition des voyages, des conflits et des échanges méditerranéens, par lesquels des peuples se sont rencontrés,  pas toujours dans la douceur, mais ont appris ainsi à se connaître. Quel regard peut-on jeter aujourd’hui, depuis Marseille, sur cette question au moment où la Méditerranée se transforme en mur ?

Et c’est précisément en tant que Marseillais que Jean Viard dit avoir écrit son livre. Marseille, ville méditerranéenne par excellence, ville née de la Méditerranée, a vocation à prononcer une parole forte, une parole de respect de l’étranger. Elle ne l’a pas fait et personne en France, aucune voix autorisée forte ne l’a fait, à la différence de qui a pu se passer dans les pays voisins, en Allemagne, en Italie (le Pape), en Espagne (Barcelone).  Le silence de Marseille est d’autant plus remarquable, alors même que les fragilités de notre société rendent cette parole indispensable. Marseille est  pourtant aussi la manifestation de cette fragilité. La ville concentre les problèmes que traite le livre, réfugiés, terrorisme, islam, quartiers, populisme. Si toutes ces questions sont mélangées dans le livre, c’est parce qu’elles le sont dans la ville, prisme qui permet de comprendre la perspective de l’auteur : les solutions sont liées et elles le sont par la Méditerranée. L’exposé montrera par exemple comment le  développement des quartiers relégués dans notre ville et le développement de l’autre rive, en particulier du continent africain vont de pair. Une double richesse à reconnaître et à cultiver, ici et là-bas, en ouvrant des ponts alors que nous ne voyons que pauvreté et menace, murs à construire ici et là-bas. C’est le choix que nos sociétés vont devoir affronter, enjeu décisif donc.

Reconnaissons d’abord qu’il y a beaucoup de raisons d’avoir peur. Jamais le monde n’a changé aussi vite, internet a connecté en dix ans des milliards d’êtres humains et ce changement n’a pas été raconté par le politique, sinon en creux, en voulant se situer hors du système. Sur nos rivages, l’histoire a bousculé nos représentations.  Avec la fin de la guerre d’Algérie, la séparation des Européens et des Algériens semblait avoir réglé le problème. Illusion : l’histoire ne s’est pas arrêtée. L’immigration maghrébine s’est développée, sans qu’une place suffisante soit reconnue à l’islam ne serait-ce qu’en termes de superficie des lieux de culte. Or la porte se rouvre parce que le monde s’unifie. Les enjeux démographiques sont énormes, le poids démographique de l’Afrique est considérable. 700 millions de francophones en Afrique forment un atout considérable pour notre pays. Et les terroristes sont chez nous, la plupart viennent d’ici. Ils ne se sentent pas une place dans le pays, éprouvent un sentiment de non-citoyenneté et trouvent un refuge dans la religion qui leur offre un récit honorable de leur destin. Pas de place ici, c’est par exemple, dans une société érotisée comme la nôtre, l’absence de sexe dans les banlieues.

Face à ces peurs, il faut inverser la perspective, à tous les plans. L’Europe d’abord, bâtie face à l’Est pour  se protéger du communisme, doit maintenant, à l’heure de la mondialisation, s’orienter vers la Méditerranée et former un  grand ensemble culturel, celui  des monothéismes, à côté des autres grandes civilisations du monde. Dans notre pays ensuite, donner de la citoyenneté et pour ce faire utiliser les possibilités ouvertes par la métropolisation : faire des quartiers nord de Marseille une commune de plein exercice.  Jumeler les lycées français avec des lycées africains. Le développement de l’Afrique, déjà engagé, est une opportunité considérable : nos quartiers sont riches de biculturels capables de porter les entreprises en Afrique. Or ce continent  a d’abord  besoin  de biens publics (eau, assainissement, énergies, routes, ponts, logements…),  que nos entreprises, du fait de la tradition colbertiste, sont particulièrement aptes à produire. Bouygues, Vinci, Lyonnaise des eaux peuvent être le fer de lance d’un grand projet business de l’Europe vers l’Afrique. C’est une stratégie économique à mettre en place qui permet d’inverser le regard. Les migrants ne sont souvent plus les pauvres que nous imaginons mais des élites déjà formées qui peuvent jouer un rôle essentiel dans le développement.

Si l’on continue de faire l’autruche et de rester silencieux,  il y aura toujours plus de noyés, toujours moins d’humanisme et toujours plus de populisme, de localisme et de terrorisme. Il s’agit d’aller vers le futur plutôt que le fuir.

La discussion a permis d’éclairer certaines des propositions de Jean Viard, en particulier la proposition de faire de l’Estaque-Quartiers nord une commune de 200 000 habitants. Pour celui-ci, la citoyenneté intègre à condition qu’elle soit réelle, et en particulier quand on est en situation d’administrer un territoire. La métropole peut permettre de créer des ensembles de proximité, en fonction par exemple de la carte scolaire des collèges. Je renvoie au livre de Jean Viard pour découvrir les nombreuses propositions concrètes qu’il énonce pour donner un contenu à cette  nouvelle utopie du futur qu’il appelle de ses vœux.

 

On peut résumer ainsi l’alternative que nous a présentée Jean Viard : faire de la Méditerranée un pont ou un mur. Et si Marseille pouvait jouer un rôle-clé ? Elle en a tous les atouts. C’est l’ambition de notre association d’y contribuer.

 

François Maurice

Migrations, une chance pour la région…

Nous commençons l’année par une audition-débat avec des acteurs de terrain sur une question –les migrations- qui sollicite notre réflexion mais aussi notre action, locale et sans délai (et pas seulement nos réactions). C’est une manière de retrouver une des vocations de Marseille et moi, qui est de contribuer à instituer, par le débat argumenté et instruit, des citoyens acteurs de la vie de la cité. Aldo Bianchi a d’abord formulé la problématique de la réunion : qu’en est-il des migrants ici, dans notre région, alors que la Préfecture avance un nombre très limité de demandes d’asile ? Comment les citoyens peuvent-ils agir de manière pertinente et efficace ?

Comment assurer le droit d’asile ? Par cette question se conclut l’intervention liminaire  de Jacqueline Vesperini  qui a inscrit les migrations dans la longue durée de l’histoire et de la littérature.

Première intervenante : Samia Chabani, pour l’association Ancrages, fondée en 2000 avec l’objectif d’inscrire l’histoire des migrations dans le patrimoine national  en rendant visible l’apport des immigrations. L’association effectue un travail de médiation culturelle tant auprès des enseignants que des migrants, à commencer par la formation linguistique des primo-arrivants. En  situant l’immigration à l’intérieur de la culture nationale, il s’agit de dissiper la représentation anxiogène d’une extériorité du migrant et de rendre visibles les liens complexes de l’immigration avec l’histoire et les valeurs de la République.

Fathi Bouraoua, délégué régional de la Fondation Abbé Pierre, souhaite d’abord éclairer le paradoxe de l’absence dans la région des migrants attendus de Syrie et d’Irak, alors même que des fonds ont été débloqués (3M. euros, Conseil Régional, majorité précédente). D’un côté 45 demandes d’asile que l’OFPRA (Office français de protection des réfugiés et des apatrides) a été chercher en Allemagne, de l’autre côté des migrants bloqués à la frontière italienne. Fathi Bouraoua dénonce un traitement différencié des immigrations  qui conduit de nombreux migrants à la précarité et à la clandestinité, alors même qu’ils participent au fonctionnement de l’économie. 90% des personnes déboutées du droit d’asile restent sur le territoire dans des conditions précaires. La Fondation Abbé Pierre  réclame un accueil inconditionnel et égal pour tous quelle que soit la nationalité d’origine.

Des questions venues de la salle évoquent la difficulté de réaliser un tel accueil : qu’est-ce qu’un accueil digne, inclut-il la proposition d’un travail ? Les Etats ne sont-ils pas fondés à prendre en considération l’incidence économique et sociale des migrations sur leur territoire ?

    Lisa Vesperini, avocate au barreau de Marseille, spécialisée dans le droit des étrangers, souligne la dégradation du sort réservé aux migrants. Les critères d’admission pour les étrangers sans papiers sont de plus en plus restrictifs (85% de refus). On trouve de plus en plus de familles et d’enfants en centre de rétention. Le projet de loi à venir n’est pas rassurant.

Enfin, Sophie Beau présente l’association SOS Méditerranée dont elle est co-fondatrice. Cette association européenne, née de la société civile européenne a été créée en mars 2015 à la suite de l’arrêt de l’opération Mare Nostrum à l’automne 2014 au moment  où les migrations par la mer s’amplifiaient (1 million de personnes recensées en 2015, 200000 en 2014) et alors même  que cette opération avait permis de sauver de nombreux migrants entre octobre 2013 et octobre 2014. L’association affrète un bateau, médicalisé par Médecins du Monde, pour une campagne de 3 mois en Méditerranée ; la période correspond au budget actuel de l’association financé à 90% par des particuliers. L’Aquarius, venu d’Allemagne, passera à Marseille le 20 février avant d’arriver à Lampedusa pour réaliser des opérations de sauvetage en mer sur la plus meurtrière des routes migratoires, de la Libye à l’Italie (150000 passages annuels recensés, 2% de victimes). Pour Sophie Beau, il est de la responsabilité de tous de porter assistance aux migrants en détresse. L’initiative des citoyens vient ici pallier la défaillance des Etats.

François Maurice