Urbanisme marseillais: L’inquiétant envers du décor

L’association «Marseille et Moi» a le plaisir de vous inviter à la conférence-débat :

« Urbanisme marseillais: L’inquiétant envers du décor »

Mercredi 6 mars 2019, 18h30 au Théâtre de l’Oeuvre

(1 rue Mission de France 13001 Marseille – tramway/métro Noailles/Garibaldi)

 

Chacun d’entre nous a ses itinéraires dans la Ville. Raconter sa vie et raconter sa ville sont étroitement associés.

La géographie de la Ville comme le témoigne Marcel Roncayolo dans son dernier ouvrage est une question très personnelle pour chacun d’entre nous.

Marseille se transforme assurément, s’embellit pour la plupart des touristes et des marseillais qui arpentent le front de mer.

Mais cette transformation est-elle satisfaisante pour la majorité des marseillais.e.s?

Le 21ème siècle ne peut se contenter d’une hagiographie des noyaux villageois (111 quartiers) dont on nous rebat les oreilles! La Ville-Métropole doit avoir d’autres ambitions , d’autres objectifs notamment celui de la transition énergétique, de la fluidité des transports, d’un habitat digne, d’un espace public retrouvé.

Le séisme du 5 novembre a montré le fossé  qui sépare la ville d’aujourd’hui à la ville « nécessaire » et pas simplement « rêvée » de demain.

L’habitat indigne est intolérable.

L’absence de vision métropolitaine est flagrante.

La souffrance de centaine de milliers de marseillais.e.s  passe par l’absence d’équilibre et d’équipements entre les quartiers populaires et le reste de la ville.

Pour poursuivre notre réflexion sur Marseille et sa métropole, et préparer 2020, nous avons invité à ce débat :

Francis Ampe, ingénieur, urbaniste, ancien conseiller à la DATAR.

Karima Berriche , membre du Syndicat des Quartiers Populaires de Marseille.

Jean-François Cerutti, président de l’association: « Un Centre Ville pour tous »

Kevin Vacher, sociologue, militant associatif, membre du collectif du 5 novembre.

Et comme témoins : Claire Poutaraud, architecte « Agir en ville » et Alain Fourest, pionnier de la politique de la ville

 

Nous vous attendons nombreux au Théâtre de l’Oeuvre. L’entrée est libre et un apéritif convivial vous sera offert à la fin de notre rencontre. 

Aldo Bianchi (Président), Michel Tagawa (Secrétaire général).

Plaidoyers pour la Métropole

L’audition-débat consacrée à la Métropole, le mercredi 24 janvier 2018, a été très bien reçue par l’auditoire présent grâce à la qualité des intervenants qui ont su clarifier la situation actuelle et apporter des réponses aux nombreuses interrogations.

Dans le compte-rendu  ci-dessous vous lirez qu’ils ont pointé les faiblesses et les résistances qui s’opposent au bon fonctionnement de cette institution et fait des propositions pour un décollage et surtout une réelle efficacité.
Nous nous appuierons sur leurs analyses d’experts pour lancer un appel dans les prochains jours à la classe politique métropolitaine  afin qu’elle n’attende pas une réforme institutionnelle ( déclaration récente d’Emmanuel Macron) pour mettre en place un usage prioritaire de ce nouveau territoire.
Compte-rendu :

Quatre invités pour donner un nouvel élan à notre action en faveur de la Métropole, Jacques Boulesteix, André Donzel, Philippe Langevin et Jean Viard.

Aldo Bianchi  évoque un blocage alors même que la Métropole a été instituée en janvier 2016 et que la dynamique mondiale de métropolisation se poursuit. Pourquoi ? Comment remédier à ces difficultés ? Quel rôle pour la société civile ? Comment pouvons-nous agir ?

Philippe Langevin établit le diagnostic : le sens du projet métropolitain a été oublié. La solidarité ne s’est pas substituée à la concurrence entre les territoires. Le projet commun  a fait place à une juxtaposition de politiques intercommunales, fondée sur un budget redistribué en bonne partie aux conseils de territoire. De ce fait, des dossiers essentiels, comme l’environnement sont laissés de côté. Les deux grands dossiers abordés, mobilité et développement économique, sont bloqués faute d’un budget suffisant. Les infrastructures ferroviaires sont renvoyées à plus tard et au financement par l’Etat. En l’absence d’un budget de mutualisation et de partage, le schéma de développement à l’ancienne est reconduit alors que les territoires riches ne tirent plus vers le haut les territoires pauvres, que la création de valeur n’entraîne plus mécaniquement le développement de l’emploi et la baisse du chômage. Pour Philippe Langevin, la « Métropole des Maires »  conduit à une société de l’indifférence.

Jacques Boulesteix rappelle que l’enlisement actuel du projet métropolitain était prévisible et attendu depuis 2014 : la réduction du débat  au seul plan institutionnel  a formé un obstacle majeur au règlement des deux points essentiels en discussion, l’un concernant la démocratie locale, l’autre de dimension  globale, concernant la nature du processus de la métropolisation. Sur ces deux point, l’analyse doit être approfondie et conduire à des propositions d’appropriation citoyenne.

Il faut d’abord inscrire la dynamique économique de la métropolisation, la concentration des richesses dans les métropoles dans le cadre de l’économie mondialisée de marché. Cette dynamique crée richesses et emplois, qualifiés et non qualifiés, mais elle ne « fait pas société ». Elle marginalise les emplois intermédiaires qui animaient la vie urbaine. Les ouvriers sont mis à l’écart, les politiques de la ville échouent. C’est pourquoi la métropole doit d’abord « faire société ». Et pour ce faire, une Charte doit se substituer à l’actuel pacte de gouvernance pour remettre l’institution au service de l’intérêt métropolitain ; la société civile, les conseils de développement, la démocratie participative ont à définir les objectifs économiques, sociaux, environnementaux de la métropole.

Au plan local, la proposition de Jacques Boulesteix consiste à réorganiser l’espace démocratique institutionnel : réviser la démocratie de proximité, taille des communes, périmètre des intercommunalités, mise en place d’une participation active des citoyens (information, débat, co-construction, évaluation), institution d’une démocratie d’usage à côté de la démocratie de voisinage. Tandis que la démocratie de voisinage (dans une rue, un quartier, une commune) conduit à une cohabitation, une juxtaposition des intérêts particuliers, la démocratie d’usage , assise sur les multiples usages que le citoyen fait de la métropole quand il se rend à son travail, quand il a recours à ses services (hospitaliers, de transport…), quand il va au théâtre ou au stade,  inscrit le projet personnel dans un projet collectif à co-construire.

André Donzel souligne la dimension internationale, mondialisée, de la dynamique économique métropolitaine. Les emplois sont créés dans le seul secteur internationalisé. Cette dynamique produit des effets de polarisation économique,  de fragmentation sociale et d’inégalité territoriale. On peut observer par exemple une fracturation entre le sud-ouest de l’aire métropolitaine en phase de dépeuplement et le nord-est en pleine croissance.  L’institution de la métropole est nécessaire pour opérer une régulation de ces processus. En participant au Conseil de développement de la Métropole, André Donzel a pu remarquer qu’un véritable travail de réflexion y est mené mais que sa mise en œuvre se heurte à un problème de financement, lié à l’étendue même de l’aire métropolitaine, beaucoup plus vaste que les aires métropolitaines de Londres ou Paris et conduisant à une dépendance à l’égard des financements de l’Etat.

Pour Jean Viard enfin, la métropolisation, la concentration des richesses dans quelques deux cents métropoles dans le monde, est à rapporter aux transformations profondes et extrêmement rapides qui ont bouleversé le monde : mondialisation économique, révolution numérique…  Internet n’a pas assuré, comme on le prévoyait, un lien égal de tous à tous  mais a privilégié les métropoles au croisement du lien numérique, des pôles de transport (port, TGV…) et de la marche à pied. Cette révolution a fait exploser le monde ancien  en  distinguant les « in » et les « out », les métropoles et les autres territoires. Carte qui se superpose à celle ses votes Trump ou FN.  A l’intérieur même de l’espace métropolitain, un nouveau tissu urbain s’est mis en place : Marseille doit reconnaître qu’elle n’est pas le centre de cet espace.  Il faut donc briser les périmètres territoriaux hérités pour construire une vision fédérative de l’espace nouveau, et par exemple, constituer les Quartiers Nord de Marseille en commune.  D’autre part, le cadre de la Région devient essentiel pour organiser la mise en relation de tous avec la Métropole, sous la forme par exemple du financement  des déplacements vers la Métropole.

De très nombreuses interventions de la salle ont montré tout l’intérêt que les auditeurs avaient porté à une question dont chacun a compris que, au-delà de son caractère technique, elle portait une dimension politique essentielle. Il nous reste à nous mobiliser pour transformer cette Métropole, en demandant publiquement, c’est peut-être un premier pas décisif, la mise en place, en 2020, d’une élection métropolitaine spécifique, au suffrage universel direct, dans une circonscription électorale unique.  Il est en effet urgent de faire émerger un espace public métropolitain.

 

                                                                                                                François Maurice.

Prochaine Audition-Débat « Plaidoyers pour la Métropole » mercredi 24 janvier 2018 à La Boate

L’association « Marseille et Moi » a le plaisir de vous inviter à sa prochaine audition – débat  sur le thème :

                                             « Plaidoyers pour la Métropole »   

Le 1er janvier 2016 la Métropole Aix-Marseille-Provence a été installée avec ses 240 conseillers métropolitains, son président Jean-Claude Gaudin ainsi que ses 20 vice-présidents élus le 17 mars 2016.
Notre Métropole,  la 2ème de France avec ses 1,8 millions d’habitants, la plus grande avec ses 3143 km2, la plus ensoleillée mais aussi la plus polluée, est tournée naturellement  vers la Méditerranée .

Voulue et encouragée par la société civile, elle subit la réticence pour ne pas dire l’obstruction de la plupart des 92 communes qui la composent avec une fort rejet de la prééminence marseillaise.
Le premier budget primitif métropolitain  a été adopté sur un score étriqué et avec de très vives critiques.
Quelles initiatives faut -il prendre pour permettre un vrai décollage de cette institution indispensable pour le développement de notre territoire, son rayonnement européen et une meilleure qualité de vie pour ses habitants ?

Pour cela nous avons invités ( et même ré-invités) les 4 meilleurs spécialistes du sujet qui vont nous aider à matérialiser notre mobilisation.

Jean Viard, sociologue , auteur du dernier ouvrage « Quand la Méditerranée nous submerge »

Jacques Boulesteix , astrophysicien, qui fut conseiller municipal et président du conseil de développement de la communauté urbaine Marseille- et auteur d’un récent livre : « Entre peur et raison, La Métropole Aix-Marseille-Provence »

Philippe Langevin , maître de conférences à la Faculté de sciences économiques , dont nous joignons en pj sa présentation de la Métropole

André Donzel sociologue et auteur du livre « Le nouvel esprit de Marseille »

Entrée libre – Nous vous attendons nombreux à la Boate, 35 rue de la Paix Marcel Paul, 13001 Marseille (escaliers à l’angle du Cours d’Estienne d’Orves et de la rue Sainte).

Un apéritif convivial vous sera offert à la fin de notre rencontre.  

                                                 Aldo Bianchi – Michel Tagawa

Marseille et le destin commun

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« La France n’est pas une juxtaposition de communautés, la France, c’est un destin commun ». Premier à l’agrégation d’Histoire, premier à l’Ena, Laurent Wauquiez ne veut pas être le dernier à s’approprier les concepts qui courent désormais, de l’extrême-droite à la droite la plus conservatrice. Le maire du Puy en Velay, depuis le Mont Mézenc, où quelque chemin menait sans doute à Compostelle, a lancé sa croisade à la fin de l’été, pour reconquérir les terres dévastées de son camp politique. A défaut de regarder la réalité en face, il dessine une trajectoire qui passe par l’horizon incertain d’une France une et indivisible. A Marseille, ses supporters applaudissent, quand une majorité, de ceux qui appartiennent encore à ce qui fut un parti dominant, se tait.

La cité phocéenne résume « à merveille » (l’expression n’a pas son envers) la complexité du moment, soit la coexistence pacifique, mais fragile et chargée de menaces, de différentes communautés et autant de confessions. Le sénateur-maire, Jean-Claude Gaudin, a estimé prestement en s’installant dans le fauteuil de Gaston Defferre, que l’instance – Marseille espérance – mise en place par feu son prédécesseur, le professeur Robert P. Vigouroux, au cours de la première guerre du Golfe (1990), pouvait être encore un rempart suffisant pour endiguer les assauts radicaux. Si Dieu le veut serait-on tenté d’écrire aujourd’hui, sans risquer le blasphème. La posture leibnitzienne peut-elle se passer, pour autant, d’une nécessaire actualisation des données ?

Les attentats de Catalogne ont rappelé cruellement à la vigilance. Sans basculer dans l’alarmisme, Marseille ressemble sur bien des points à sa grande voisine méditerranéenne. De l’autre côté des Pyrénées nombreux sont les observateurs qui avouent, encore aujourd’hui, qu’ils n’avaient rien vu venir.

La cité phocéenne a fêté, au tournant des XXème et XXIème siècles, ses 2600 ans. Elle a ainsi rappelé au monde ses racines grecques. Un arbre d’acier, près du Parc du XXVIème centenaire, dédié à cette date, rappelle la puissance de cet enracinement. Des milliers de signatures de Marseillais attestent, à ses pieds, de la diversité des fruits qu’il porte aujourd’hui. Cette bienveillance, voulue par la municipalité, était nécessaire mais ô combien insuffisante.

N’en doutons pas la clé pour comprendre ce territoire passe d’abord par la capacité à accepter la complexité pour appréhender Marseille.

Depuis le temps où des marins et des marchands ont découvert la calanque du Lacydon, les vagues d’immigrations – Les Migrances selon la belle expression d’Emile Témime –  n’ont jamais cessé, aboutissant à ce que d’aucuns qualifient de melting-pot, quand d’autres évoquent un « improbable enchevêtrement », culturel et cultuel.  Marseille, carrefour de tant d’espoirs et de désespoirs, aura au fil du temps accueilli et même assimilé, venant des quatre points cardinaux, les hommes et les femmes qui n’ont cessé de l’enrichir. L’Europe, l’Asie, l’Afrique, s’y sont déversées depuis deux siècles. « N’importe qui de n’importe quelle couleur pouvait descendre d’un bateau » s’enthousiasmait l’écrivain Jean-Claude Izzo et même, poursuivait-il, « se fondre dans le flot des autres hommes ». Un bel esprit que ce magistral auteur de polar.

Cette vision généreuse et fraternelle n’empêche pas les faits d’être têtus. Le fracas des attentats et de la guerre ne fait qu’un désormais, et il faudrait être sourd pour ne pas percevoir l’orage qui gronde. A Marseille, comme à Barcelone, on a trop longtemps ignoré une population et une confession que l’on se complaisait à considérer comme « invisibles » et « inaudibles ». L’historien Jean-Louis Planche parlait d’un « racisme de cohabitation et de voisinage ». Ces Africains du Nord, venus en masse, à l’aune des années 50 prospères, industrieuses et dévoreuses de main d’œuvre, n’avaient aux yeux de ceux qui les toléraient ici, dans les quartiers pauvres, qu’une identité au rabais, et une couleur improbable. Certains Marseillais parlaient même des « gris ». Leur culture, leurs mœurs, leur confession, leur vie étaient ignorés, volontairement ou mécaniquement par la majorité. Quelques élus s’y sont immergés pour, le temps d’une élection, faire razzia de misérables voix, troquées contre quelques promesses. Après tout d’autres communautés – Italiens, Arméniens, Sépharades – avaient connu le même sort en sauvegardant leurs traditions, leurs différences, leur identité, avant de se fondre dans la ville.

Mais l’Islam des caves ou des garages a du coup prospérer sans, étrangement, déborder pour autant sur l’agora. Aujourd’hui les langues se délient et quelques témoignages parfois mal identifiés rompent le silence. Lors des manifestations de l’après-Charlie le silence assourdissant des musulmans de Marseille aurait dû nous alerter, autant que le tintamarre abject des 8 000 spectateurs du Dôme lors du passage récent de Dieudonné.

Depuis des décennies, on ne concevait ces hommes et ces femmes qu’à genoux. Ils furent de facto condamnés à la seule prière et cela ne dérangeait personne. A force de se taire, ils ont fini par n’entendre qu’une seule voix et ils n’acceptent pas qu’on la conteste ou qu’on la caricature. Ecartés d’un « destin commun », ils se sont résignés à construire le leur ou à espérer un ailleurs merveilleux. Pour n’avoir pas su leur tendre la main, nous sommes condamnés à faire le premier pas vers eux. Ici et maintenant.

Hervé Nedelec

 

 

 

Audition-Débat avec Jean VIARD : Marseille et la Méditerranée : quel avenir ?  

    

Pour traiter cette question dont l’enjeu est considérable à court et à long terme, l’association reçoit Jean Viard, récent auteur de Quand la Méditerranée nous submerge. Aldo Bianchi inscrit d’abord la question, en avant-propos, dans la longue durée en rappelant l’héritage essentiel de Fernand Braudel, le travail plus récent de Patrick Boucheron. Il évoque la longue tradition des voyages, des conflits et des échanges méditerranéens, par lesquels des peuples se sont rencontrés,  pas toujours dans la douceur, mais ont appris ainsi à se connaître. Quel regard peut-on jeter aujourd’hui, depuis Marseille, sur cette question au moment où la Méditerranée se transforme en mur ?

Et c’est précisément en tant que Marseillais que Jean Viard dit avoir écrit son livre. Marseille, ville méditerranéenne par excellence, ville née de la Méditerranée, a vocation à prononcer une parole forte, une parole de respect de l’étranger. Elle ne l’a pas fait et personne en France, aucune voix autorisée forte ne l’a fait, à la différence de qui a pu se passer dans les pays voisins, en Allemagne, en Italie (le Pape), en Espagne (Barcelone).  Le silence de Marseille est d’autant plus remarquable, alors même que les fragilités de notre société rendent cette parole indispensable. Marseille est  pourtant aussi la manifestation de cette fragilité. La ville concentre les problèmes que traite le livre, réfugiés, terrorisme, islam, quartiers, populisme. Si toutes ces questions sont mélangées dans le livre, c’est parce qu’elles le sont dans la ville, prisme qui permet de comprendre la perspective de l’auteur : les solutions sont liées et elles le sont par la Méditerranée. L’exposé montrera par exemple comment le  développement des quartiers relégués dans notre ville et le développement de l’autre rive, en particulier du continent africain vont de pair. Une double richesse à reconnaître et à cultiver, ici et là-bas, en ouvrant des ponts alors que nous ne voyons que pauvreté et menace, murs à construire ici et là-bas. C’est le choix que nos sociétés vont devoir affronter, enjeu décisif donc.

Reconnaissons d’abord qu’il y a beaucoup de raisons d’avoir peur. Jamais le monde n’a changé aussi vite, internet a connecté en dix ans des milliards d’êtres humains et ce changement n’a pas été raconté par le politique, sinon en creux, en voulant se situer hors du système. Sur nos rivages, l’histoire a bousculé nos représentations.  Avec la fin de la guerre d’Algérie, la séparation des Européens et des Algériens semblait avoir réglé le problème. Illusion : l’histoire ne s’est pas arrêtée. L’immigration maghrébine s’est développée, sans qu’une place suffisante soit reconnue à l’islam ne serait-ce qu’en termes de superficie des lieux de culte. Or la porte se rouvre parce que le monde s’unifie. Les enjeux démographiques sont énormes, le poids démographique de l’Afrique est considérable. 700 millions de francophones en Afrique forment un atout considérable pour notre pays. Et les terroristes sont chez nous, la plupart viennent d’ici. Ils ne se sentent pas une place dans le pays, éprouvent un sentiment de non-citoyenneté et trouvent un refuge dans la religion qui leur offre un récit honorable de leur destin. Pas de place ici, c’est par exemple, dans une société érotisée comme la nôtre, l’absence de sexe dans les banlieues.

Face à ces peurs, il faut inverser la perspective, à tous les plans. L’Europe d’abord, bâtie face à l’Est pour  se protéger du communisme, doit maintenant, à l’heure de la mondialisation, s’orienter vers la Méditerranée et former un  grand ensemble culturel, celui  des monothéismes, à côté des autres grandes civilisations du monde. Dans notre pays ensuite, donner de la citoyenneté et pour ce faire utiliser les possibilités ouvertes par la métropolisation : faire des quartiers nord de Marseille une commune de plein exercice.  Jumeler les lycées français avec des lycées africains. Le développement de l’Afrique, déjà engagé, est une opportunité considérable : nos quartiers sont riches de biculturels capables de porter les entreprises en Afrique. Or ce continent  a d’abord  besoin  de biens publics (eau, assainissement, énergies, routes, ponts, logements…),  que nos entreprises, du fait de la tradition colbertiste, sont particulièrement aptes à produire. Bouygues, Vinci, Lyonnaise des eaux peuvent être le fer de lance d’un grand projet business de l’Europe vers l’Afrique. C’est une stratégie économique à mettre en place qui permet d’inverser le regard. Les migrants ne sont souvent plus les pauvres que nous imaginons mais des élites déjà formées qui peuvent jouer un rôle essentiel dans le développement.

Si l’on continue de faire l’autruche et de rester silencieux,  il y aura toujours plus de noyés, toujours moins d’humanisme et toujours plus de populisme, de localisme et de terrorisme. Il s’agit d’aller vers le futur plutôt que le fuir.

La discussion a permis d’éclairer certaines des propositions de Jean Viard, en particulier la proposition de faire de l’Estaque-Quartiers nord une commune de 200 000 habitants. Pour celui-ci, la citoyenneté intègre à condition qu’elle soit réelle, et en particulier quand on est en situation d’administrer un territoire. La métropole peut permettre de créer des ensembles de proximité, en fonction par exemple de la carte scolaire des collèges. Je renvoie au livre de Jean Viard pour découvrir les nombreuses propositions concrètes qu’il énonce pour donner un contenu à cette  nouvelle utopie du futur qu’il appelle de ses vœux.

 

On peut résumer ainsi l’alternative que nous a présentée Jean Viard : faire de la Méditerranée un pont ou un mur. Et si Marseille pouvait jouer un rôle-clé ? Elle en a tous les atouts. C’est l’ambition de notre association d’y contribuer.

 

François Maurice

Marseille village gaulois ?

Marseille village gaulois ?

J’ai été très frappé par la déclaration finale de l’intervention du Premier Ministre à Marseille, le 20 août 2013 :

Si Marseille a besoin de la France, la France a besoin de Marseille.

Depuis près de 50 ans la question se pose. De part et d’autre ? Cinquante ans que, de part et d’autre, on hésite à corriger la tendance séculaire des Marseillais à préférer leur vocation portuaire, ouverts sur le grand large, peu intéressés par leur ancrage au Continent.

Un peu d’Histoire

Il n’est que de voir son histoire depuis un bon demi-siècle :

Elle fut la seule grande agglomération à refuser de suivre la loi sur les métropoles du 31/12/1966, et le Général de Gaulle (vieille amitié de Résistance ?) permit à Gaston Defferre de conserver son indépendance.

Mais sans tarder l’Etat central, par la DATAR, créée en 1963 par O. Guichard, puis dirigée par Jérôme Monod, comprend l’importance majeure pour la France de cette ouverture essentielle, au débouché du couloir rhodanien, sur la Méditerranée et entreprend de corriger l’erreur. Décidé à contourner Marseille, décidemment ville rebelle, cherchant des points d’appui locaux (ce sera souvent la Chambre de Commerce), l’Etat organise la zone industrielle de Fos sur Mer avec l’extension du Port de Marseille, il décide la création du CEA de Cadarache, du CETE, d’Eurocopter, puis grâce à la loi Boscher de 1970, la création des villes nouvelles et des grandes zones industrielles ou commerciales tout autour de l’Etang de Berre, enfin pour relier toutes ces implantations, le maillage de voies rapides, entourant Marseille à 20 ou 30 km. Tout cela créé, organisé avec de hauts fonctionnaires. Marseille, elle, s’enfonce, toute seule, dans le déclin, accueillant les populations les plus pauvres, souvent immigrées, dans les ZUP de Quartiers Nord plus ou moins abandonnés, futurs ghettos qui font trembler aujourd’hui toute l’agglomération, renvoyant, par contre, entreprises performantes ou centres de formation (dont les Universités), dans sa périphérie plus ou moins lointaine.

Une parenthèse qui eut pu être éblouissante si elle avait eu des lendemains : la municipalité de Robert Vigouroux de 1986 à 1995. Le nouveau maire refuse la perspective dont il hérite. Grâce à l’aide de l’Etat, comme toujours, mais cette fois c’est lui qui est à l’initiative, R. Vigouroux lance les grands projets qui forment, encore aujourd’hui, l’essentiel des investissements d’avenir de Marseille : Euro-Méditerranée (encore que, comme le rappelle R.Vigouroux dans une interview récente, « l’actuel maire a largement dénaturé le projet, en en faisant une luxueuse opération immobilière plutôt que le projet à vocation économique et industrielle que nous avions imaginé« ), le Grand Projet de Ville devenu Marseille Rénovation Urbaine (MRU) pour les Quartiers Nord, une vraie politique culturelle, le désenclavement de Marseille par les tunnels Prado-Carénage et Major, la relance de la grande rocade L2, la décision de créer, enfin, la Communauté Urbaine avec les 17 communes environnantes…

La Municipalité suivante terminera ce qui était en cours (sauf la L2, laissée en l’état depuis 17 ans ce qui provoquera la stupéfaction du 1er Ministre lors de sa 1ère visite), les lignes de tram (en transformant radicalement le projet initial de prolongement vers l’extérieur des lignes de métro, le remplaçant par le doublement en surface de ces mêmes lignes en plein centre ville), renvoyant à Fos l’usine de traitement des ordures ménagères, pourtant décidée dans la périphérie proche, créant, à chers deniers dans les Quartiers Sud, un Palais de la Glace et de la Glisse peu fréquenté, décidant de couvrir, en partenariat public-privé, le Stade Vélodrome pour un coût de quelque 270 millions d’Euros, alors que la ville est exsangue…

La grande opération qui donne, aujourd’hui, à notre ville une lumière internationale, Marseille-Provence 2013, support de Marseille capitale européenne de la culture, a été sauvée par l’intervention de la Chambre de Commerce, son président, Jacques Pfister, en prenant la présidence et recrutant successivement pour directeurs généraux deux grands hauts fonctionnaires, Bernard Latarjet puis Jean-François Chougnet.

Si Marseille n’a pas sombré dans un déclin irréversible, c’est probablement grâce à tous ces hauts fonctionnaires, directeurs généraux d’Etablissements publics créés par l’Etat et qui permettent de penser encore aujourd’hui que, malgré la carence d’hommes politiques (de droite ou de gauche et les péripéties de préparation des prochaines élections ne laissent pas beaucoup d’espoir !) plus intéressés par leur réélection, avec la tentation permanente de clientélisme, Marseille peut encore servir la France selon le vœu du Premier Ministre.

Propositions

Si la France a besoin de Marseille, si le 1er Ministre veut être conséquent avec ses déclarations, l’Etat doit en prendre les moyens.

Sans même mettre la ville sous tutelle, L’Etat dispose déjà de moyens considérables qu’il n’utilise peut-être pas assez, notamment les Etablissements Publics et autres GIP, présidés certes par des élus locaux, mais où le pouvoir est assuré par un Directeur Général nommé par l’Etat et sérieusement contrôlés par le Préfet. Nous connaissons déjà plusieurs de ces Etablissements qui ont un rôle majeur, Euro-Méditerranée, le Grand Port Maritime, Marseille Rénovation Urbaine, on pourrait y rajouter MP13, la nouvelle université Aix-Marseille ou la gestion  du futur partenariat public/privé de la L2… Le Pdt de la CUM, Eugène Caselli, par une lettre du 26 Juillet 2013 au 1er Ministre, demande l’extension de l’Opération d’Intérêt National Euro-Méditerranée à l’hypercentre de Marseille.

La Métropole Aix-Marseille-Provence va se mettre en place d’ici deux ans (elle a d’ailleurs été votée sans coup férir et aucun maire n’a démissionné comme certains l’avaient menacé !). D’ores et déjà sa direction est assurée par un Préfet et une équipe de hauts fonctionnaires. L’Etat n’a pas voulu expérimenter le suffrage universel pour renouveler le « système », alors il faut prévoir des mesures transitoires. D’où ma proposition :

Profitant du bouleversement prévisible des structures locales, des élections prochaines, des besoins manifestes de Marseille et de son agglomération,

– l’Etat commence par fusionner Euro-Méditerranée et MRU, sans oublier leur extension vers l’hypercentre et les quartiers Nord élargis, tout en recentrant leur vocation (selon le projet initial rappelé par Vigouroux). Sa direction générale, assurée par un Préfet ou autre très haut fonctionnaire, serait bienvenue.

– La structure MP13 est pérennisée pour prendre en main la politique culturelle et de rayonnement de toute la métropole à l’expiration de l’année européenne.

– Une structure publique, poursuivant la mission de préfiguration (comme ce fut le cas lors de la fondation d’Euromed), sous la direction d’un Préfet, ou assimilé, prendrait en charge jusqu’en 2020 (élection du Conseil Métropolitain au suffrage universel) les grandes compétences définies par la loi. Bien évidemment la direction « politique » sera assurée par un élu (comme pour Euro- Méditerranée), assisté par un conseil mixte.

….

Tout cela ne peut être mis en place que pendant le court instant permis par la conjoncture actuelle. Passées les élections et la mise en place d’Aix-Marseille-Provence, ce ne sera plus possible et tout repartira comme avant. Les besoins de financement considérables nécessités par tous ces projets, forcément mis à disposition par l’Etat, compte-tenu de la dégradation de nos finances locales, peuvent être un moyen de pression efficace.

                                                                            Pierre RASTOIN

                        Ancien adjoint au Logement et au Centre-Ville, ancien adjoint aux Finances

                                      Ancien Maire des 13°/14° Arrondissements (Quartiers Nord)

                                                           Ancien Président de l’OPAC HMP