Prochaine Audition-Débat sur l’école le 23 mai

INVITATION AU DEBAT

mercredi 23 mai 2018
18h30 à La Boate 

L’association « Marseille et Moi » a le plaisir de vous inviter à une conférence-débat sur l’école.

18 mois après un débat sur l’école qui posait la question du respect des valeurs républicaines, nous revenons sur le sujet avec un nouvel angle d’étude.

  1. La municipalité envisage de confier au « privé »la construction et la gestion de nos écoles primaires et maternelles, ce désengagement de sa responsabilité est il acceptable?
  2. Les inégalités sont au cœur du système scolaire français; les réformes se succèdent mais l’origine sociale semble plus que jamais déterminante pour l’avenir des enfants.
    Comment construire un paradigme éducatif qui relève le défi de l’égalité à l’école?
    Pour traiter de ces deux thèmes, « les murs et dans les murs », nous avons invité deux personnalités engagées : Gérard Perrier, professeur émérite, et Alain  Beitone, professeur de sciences économiques et sociales.

Entrée libre

Nous vous attendons nombreux à la Boate, 35 rue de la Paix Marcel Paul, 13001 Marseille (escaliers à l’angle du Cours d’Estienne d’Orves et de la rue Sainte).

Un apéritif convivial vous sera offert à la fin de notre rencontre. 

                                                    Aldo Bianchi – Michel Tagawa

Démocratisation scolaire consacrée à l’école – Les défis de l’égalité

La Fondation Gabriel Peri vient de publier une brochure du Groupe de recherche sur la démocratisation scolaire consacrée à l’école.
Elle est sous-titrée « Les défis de l’égalité » ce qui caractérise bien son contenu.
Elle peut être commandée auprès de la fondation Gabriel Peri pour la modique somme de 5 euros.
Alain BEITONE

« Les petits oubliés de Marseille », Audition-Débat du 21 février 2018

Les Roms à Marseille: des expulsions en forme d’explosions.

             Nous recevons ce mercredi plusieurs invités autour de la projection du documentaire tourné par France 3 « Les petits oubliés de Marseille » : l’un des réalisateurs du reportage, Jean-Manuel Bertrand, Jane Bouvier, animatrice de l’association  L’école au présent  et Caroline Godard pour l’association Rencontres tziganes.

             Aldo Bianchi présente d’abord la contradiction qui caractérise notre actualité : à l’heure de la mondialisation, les replis et les crispations identitaires se manifestent avec force. Marseille en est l’illustration : c’est une ville, nous dit Albert Londres, qui « engage la conversation avec la Terre entière », mais c’est aussi une ville dans laquelle les squatts des Roms sont incendiés par quelques uns de leurs voisins dans l’indifférence générale. 800 à 1000 Roms vivent aujourd’hui à Marseille dans des squatts et vont d’expulsion en expulsion. C’est cette réalité que le reportage présente, à rebours des rumeurs et des préjugés qui transforment les Roms en boucs émissaires. C’est aussi la solidarité des militants et des bénévoles qui apparaît et  qui va se manifester par de très nombreux témoignages  de militants associatifs présents dans la salle.

Je retiens du film, que je vous invite à voir sur internet, ce lapsus d’un jeune Rom : parlant des expulsions qui rythment sa vie et brisent sa scolarité, un jeune Rom dit d’abord « explosion » avant de se reprendre. Mais c’est cela même que montre le film. Jean-Manuel Bertrand, journaliste du service public, explique les conditions du tournage, après l’expulsion d’un squatt et la rencontre avec Jane Bouvier et Caroline Godard. La difficulté de faire entrer une caméra, le temps réduit du tournage, 5 jours. Il prononce les termes de « scandale humanitaire d’urgence ». Il déplore en particulier l’absence de réaction de la France après la publication du rapport de l’ONU à Genève la condamnant pour discrimination à l’égard des Roms.

Jane Bouvier présente ensuite son action au sein de l’association L’école au présent qu’elle a fondée. Elle a commencé son action en 2012 après l’épisode de l’incendie du squatt. Son objectif est  d’assurer la scolarisation des enfants. Elle a commencé par accompagner les familles dans la procédure d’inscription. Il faut d’abord rassurer des parents anxieux, qui sont étrangers au monde scolaire, ayant de plus souvent vécu des expériences  négatives en Roumanie. Il faut rassembler toutes les conditions administratives de l’inscription, jusqu’à l’obtention de la gratuité de la cantine. Les services de la scolarité se montrent compréhensifs. Mais il faut ensuite suivre la scolarité, l’assiduité, établir un lien entre l’établissement et les familles. Le principal obstacle à cette action est formé par les expulsions qui conduisent à un changement d’école, précédé par une longue période de déscolarisation. Il faut alors recommencer toutes les démarches. Et pour l’enfant s’habituer à une nouvelle école, avant la prochaine expulsion. Une vie explosée régulièrement : on comprend bien le lapsus.

Jane ajoute que son association travaille aussi pour aider les parents dans leur recherche d’emploi. Elle soulève une incongruité : le fait que les enfants roms, au motif qu’ils sont présents dans le territoire français depuis plus d’un an, ne bénéficient pas du système prévu dans les écoles pour les allophones arrivants (Unités Pédagogiques pour les Elèves Allophones Arrivants).

Car il faut souligner, avec Caroline Godard, que cette population rom n’est pas formée de vagues successives incessantes. C’est une population stable, autour de 1000 personnes en squatt à Marseille, qui va d’expulsion en expulsion. L’association Rencontres tziganes travaille en particulier à la stabilisation des familles dans certains squatts dès lors que les conditions permettent la pérennisation de leur installation, immeubles publics, absence de problèmes de sécurité et de voisinage. Elle promeut la pratique du parrainage pour suivre  les familles.

De très nombreux témoignages, de militants, de bénévoles, d’enseignants engagés dans les UPE2A ou bien en Français langue étrangère (FLE) sont venus d’une salle particulièrement concernée et impliquée. Une discussion s’est engagée autour de l’inaction de la Mairie, comparée à l’engagement des services de la scolarité.

Une conversation qu’il nous faut poursuivre, avec un petit morceau de « la Terre entière ».

                                                                                                              François Maurice.

Prochain Débat « Les petits oubliés de Marseille », mercredi 21 février à 18h30 à La Boate

Notre prochain débat « Marseille et moi » aura lieu le mercredi 21 février 2018, à 18h30 à La Boate.

Diffusion du documentaire (24 mn) de France 3 Provence Alpes Côte d’Azur :

« Les petits oubliés de Marseille »

Un reportage de Jean-Manuel Bertrand, Pauline Guigou, Pascal Arnold et Sébastien Micaelli.

On dénombre à Marseille entre 800 et 1000 roms. Une communauté issue de Roumanie qui vit repliée et oubliée dans des squats et des bidonvilles au nord de la ville.
Les roms vivent au gré des expulsions ou des incendies qui ravagent leurs habitats et aggravent leur précarité.
Les associations tirent la sonnette d’alarme face à l’impuissance et à l’indifférence des pouvoirs publics. L’une d’entre elles, « L’école au présent », a même décidé de prendre en charge la scolarisation des enfants roms condamnés à l’errance.
Reportage aux côtés de ces bénévoles qui luttent à leur façon contre une situation d’urgence humanitaire.

 
Et débat en présence du journaliste Jean-Manuel Bertrand et Jane Bouvier de « l’Ecole au présent »

L’école à Marseille : indigne de la République ?

Aldo Bianchi introduit le débat en plaçant l’école au cœur des préoccupations d’une association comme Marseille et moi consacrée aux questions municipales et métropolitaines. La question de l’école commande toutes les autres, et à cet égard, la situation à Marseille, que l’on peut décrire comme un véritable apartheid scolaire, ne laisse pas d’inquiéter. Si le pacte républicain est en jeu, cela ne signifie pas pour autant qu’il faille tout attendre de l’Etat et des collectivités territoriales. Les initiatives des citoyens sont nombreuses et c’est pourquoi nous avons voulu faire appel à des femmes et à des hommes de terrain et d’action pour nous en parler, pour  faire un état des lieux  et des actions engagées.

Charlotte Magri, auteure d’une récente Lettre ouverte au ministre de l’Education nationale, souligne d’abord un paradoxe : elle s’est vue décerner par la presse le titre éminent de « lanceuse d’alerte » alors même que ce qu’elle a dénoncé l’année dernière dans sa lettre au Ministère, à savoir l’état lamentable, inadmissible, de nombreuses écoles des quartiers populaires de Marseille, était connu de tous. Il a fallu l’initiative résolue d’une enseignante, d’abord soucieuse de la santé et de la sécurité de ses élèves,  pour briser un ronronnement collectif.

Charlotte Magri a retracé les étapes d’une carrière d’une dizaine d’années dans l’Education Nationale, à Perpignan puis à Marseille, dans différents quartiers de la ville. Elle a pu reconnaître l’écart flagrant entre les écoles : on ne fait pas le même travail, ici et là. Pour des raisons à la fois matérielles et humaines.  Bâti dégradé parfois menaçant pour la sécurité, absence récurrente de chauffage,  amiante  mais aussi enseignants débutants, sans formation spécifique, taux d’encadrement des Atsem (agents territoriaux spécialisés des écoles maternelles) très insuffisant (1/30 pour une moyenne de 1/8 à 1/15 dans d’autres villes précisera Cyrille Trignac, directeur d’école), ce qui conduit à des classes déstructurées, des violences et des harcèlements dans les périodes de cantine. On a surtout retenu et médiatisé le côté le plus visible, le côté matériel, ceci permettant au Ministère de dégager l’essentiel de sa responsabilité (50 postes supplémentaires de remplaçants pour les quartiers nord toutefois et  5 millions d’euros pour remédier à l’incurie municipale). La Mairie  a procédé à de petits travaux visibles (peinture), dans les écoles les plus médiatisées.

Pour conclure, Charlotte Magri dénonce un déni du côté gouvernemental  et un mépris du côté municipal et appelle à réinventer une  citoyenneté pour cesser d’être simplement spectateur.

Pour examiner la situation des collèges et des lycées et les possibilités d’action individuelle et collective, était invité José Fouque, ancien Proviseur de lycée et secrétaire général de l’association Education et Devenir qui, depuis sa création en 1983, promeut la créativité et l’initiative à l’échelon local. Il souligne trois grands problèmes rencontrés par l’école et qui peuvent trouver des éléments de solution au plan local.

D’abord le problème de la mixité. Difficile de créer de la mixité dans certains collèges des quartiers de Marseille. Sa proposition : faire venir des institutions culturelles dans les écoles, créer dans les écoles des « maisons du savoir », faire des écoles des pôles de ressources ouverts, ce qui signifie aussi, comme l’avait indiqué une intervenante dans la salle « des lieux silencieux pour se concentrer ».

L’engagement des enseignants ensuite. José Fouque plaide pour un lien plus étroit des enseignants avec les élèves et leurs familles, ce qui passe par une formation développée à partir de ce qui se passe sur le terrain, par l’intégration d’enseignants venus des quartiers populaires, par l’assimilation du rôle social de l’enseignant.

Enfin la question de la réforme. Depuis 1972 les réformes (interdisciplinarité, aide personnalisée) se sont succédé et ont échoué parce qu’elles sont impossibles à décréter depuis le centre du système. Par contre,  au plan local, beaucoup de choses sont possibles, et par exemple, la mise en place d’une aide personnalisée aux élèves.

Trois « grands témoins » ont apporté leurs expériences. Pascal Pons, enseignant, militant syndical, animateur du collectif des écoles de la Castellane fondé en février 2015 à la suite des incidents violents ayant eu lieu sur place, souligne la double responsabilité, nationale et municipale, dans l’état dégradé de l’école à Marseille. Il évoque en particulier le taux d’encadrement des personnels municipaux dans les écoles élémentaires, très insuffisant à Marseille (1/60 quand il est de 1/25 dans la moyenne nationale), les problèmes de sécurité routière jamais résolus mais aussi, côté gouvernemental, les effectifs scolaires trop élevés (1/25 à la Castellane quand il faudrait 1/15), les remplacements non effectués, les enseignants spécialisés (Rased) non rétablis. Alain Bureau, ancien enseignant, membre du « collectif des écoles publiques du 3ème arrondissement », expose le contraste entre la construction de nombreux logements dans ce quartier (6000) et l’absence de projet de construction d’écoles, alors même que déjà des enfants en grand nombre (300) sont répartis dans des écoles environnantes. Enfin Sèverine Gil, présidente de l’association de parents MPE13, regrette que les parents ne soient pas suffisamment associés, sinon pour les conseils de discipline. Elle note que l’école pourrait être un lieu de rencontre, de parole, d’action dès lors qu’elle pourrait être ouverte en dehors des heures de classe. « On n’attend plus rien de l’Etat et de la Mairie, dit-elle, c’est aux parents eux-mêmes de réaliser des choses. »

Les interventions de la salle, nombreuses et passionnées, ont témoigné d’une volonté d’engagement.  Marseille et moi, en particulier par le moyen de sa commission spécialisée sur ce thème,  continuera de travailler sur cette question de l’école à Marseille, de faire connaître et coordonner les initiatives individuelles et collectives.

                                                                                                    François Maurice