Nous, citoyens et collectifs de Marseille, appelons tous les habitants à s’unir pour l’avenir de notre ville.

La raison d’être de « Marseille et moi » est de faire de l’expertise en débat public de tous les aspects de notre Ville et de la Métropole.
C’est aussi de montrer que les citoyens.nes, qu ‘on appelle société civile, peuvent s’impliquer dans les affaires publiques.
Nous avons toujours pensé que devant la déliquescence des partis traditionnels , il fallait que l’initiative du rassemblement des progressistes, sous forme de liste unique en vue des élections municipales de 2020, viennent de nous comme d’autres collectifs citoyens.
Nous avons donc été à l’origine avec 3 autres: Mad Mars, Marseille en commun et Ré-inventer La Gauche, de l’appel intitulé « s’unir ou subir », paru et commenté dans la Provence du 16/05 et dans Libération du 17/05 ainsi que dans Marsactu et Go’met. ( Texte ci-dessous)
Cet appel a déjà été signé par 21 associations et collectifs.
Désormais vous pouvez, et je vous propose de le faire, le  signer individuellement sur Change.org en cliquant sur le lien ci dessous.
Aldo Bianchi (Président de Marseille et moi)
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Nous, citoyens et collectifs de Marseille, appelons tous
les  habitants à s’unir pour l’avenir de notre ville.

Après 25 ans de politiques municipales loin de l’intérêt général, nous ne pouvons pas laisser en place un système et des pratiques qui ne correspondent plus aux exigences éthiques et démocratiques de notre époque.

Marseille est disloquée par les inégalités, les ségrégations, et le clientélisme. Nos écoles publiques et nos logements tombent en ruine. Un quart des marseillais est souffrance, sans que rien ne soit fait.

Des projets urbains s’accomplissent sans vraie consultation des habitants et parfois même contre eux. Nos espaces publics sont abandonnés ou vendus à la découpe.

Nous ne voulons pas d’un avenir où Marseille reste à jamais la ville de France la plus polluée, la plus embouteillée, la plus sale, la moins bien entretenue, la moins bien gérée.

Ne rien faire aujourd’hui, c’est laisser s’aggraver les fractures au sein même de la ville. Il y a ceux qui peuvent encore profiter de ce qu’elle permet, et les autres, loin de tout, assignés à résidence.

Ne rien faire aujourd’hui, c’est laisser s’accumuler des bombes à retardement pour les années à venir, lorsque l’indifférence et la résignation auront laissé place à la colère – légitime – des habitants.

Nous, Marseillaises, Marseillais, nous méritons mieux, bien mieux que cela.

Nous méritons de belles mobilisations citoyennes et elles sont là. Ce sont celles qui n’ont jamais cessé de grandir depuis des années, à travers tant de collectifs, associations et syndicats. C’est le Manifeste pour un Marseille vivant, ouvert et populaire. Ce sont les temps forts et États généraux pour Marseille qui s’annoncent en juin.

Dans la diversité de nos engagements citoyens, individuels ou collectifs, nous avons beaucoup en commun. Et nous partageons donc une seule et même responsabilité, pour nous et pour tous les enfants de cette ville, ses citoyens de demain : jouer collectif !

Les élections municipales sont dans moins d’un an. C’est demain.

Pour gagner face au système en place, face à ses héritiers et face à l’extrême droite, nous appelons au rassemblement au sein d’une liste unique pour le progrès social, écologique et économique, pour tous les citoyens.

Vous aussi, vous êtes indignés ?
Vous aussi, vous vous inquiétez pour vos enfants et pour l’avenir de Marseille ?
Vous aussi, vous refusez son déclin ?
Vous aussi, vous êtes solidaires des colères, des manifestations, et des débats qui animent la ville et appellent au changement ?

Alors ensemble, allons reprendre les clés de Marseille à ceux qui croient nous les avoir confisquées pour toujours. Ensemble, faisons de cette ville que nous aimons tant, la ville que les Marseillais méritent.

  • La ville de la démocratie permanente, gouvernée en transparence en donnant le droit à la parole aux 860 000 Marseillais, et que crèvent enfin le clientélisme et la corruption.
  • La ville d’une vie sûre et digne pour tous, partout, logements, écoles, emplois, transports, hôpitaux, bibliothèques, crèches…
  • La ville de la transition écologique et énergétique, enfin à la hauteur des enjeux sanitaires, économiques et environnementaux (qualité de l’air et des sols, préservation de la biodiversité et de la ville, création d’emplois pour cette transition…).
  • La ville de services publics de qualité, réorganisés pour tous les usagers.

Ce n’est pas en relookant Marseille pour la vendre aux plus offrants qu’on mettra fin aux inégalités. Mais c’est en s’attaquant d’abord aux inégalités qu’on rendra notre ville plus riche de ses solidarités, et plus soudée pour lutter contre la pauvreté, développer l’économie, l’emploi et l’attractivité.

Voilà pourquoi nous appelons les habitant.es, collectifs, militant.es associatifs, syndicaux, et politiques, les actrices et acteurs économiques et culturels, à signer cet appel en faveur d’une liste unique face au système en place et à l’extrême droite, et à le partager pour mettre le changement à portée de vote.

Nous sommes les Marseillais,
et nous allons gagner…

Aux urnes, citoyens !

Art’Up 13, Association IDA, Patrimoine vivant de la Méditerranée, Brouettes et compagnie, Collectif « Esprit Topaze – Les Sentinelles en mutation », Collectif « J’Y vis G mon Avis », Collectif Citoyens du 3ème, Collectif écoles publiques du 3ème, Donut (#BalanceTonTaudis), Innovons pour Marseille Métropole, Le Grand Rattrapage, Le Mouvement, MadMars, Marseille citoyenne, Marseille en Colère, Marseille en Commun, Marseille et moi, Marseille ville Ouverte, Marseille résistances, Piéton à Marseille, Réinventer la gauche, Syndicat des poussettes enragées

 » L’urbanisme marseillais : l’inquiétant envers du décor  » – Compte-rendu du débat du mercredi 6 Mars 2018 au théâtre de l’oeuvre

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Un sujet brûlant, une assistance très nombreuse, passionnée, impliquée, pour une audition-débat organisée dans le format  habituel proposé par l’association Marseille et moi  qui met en présence  experts et acteurs, spécialistes et militants à propos d’une question touchant Marseille et la métropole.  Confrontation qui n’exclut pas, bien au contraire, que les acteurs soient experts ou les experts acteurs : la composition de la tribune, comme le déroulement de la réunion en ont fait la démonstration en faisant apparaître tout au long de la soirée la question cruciale de la démocratie dans la construction d’un projet urbain.

Par quel angle saisir ce sujet complexe  de l’urbanisme  qui touche à de nombreux champs ? La question démocratique, qui est au cœur de la démarche de l’association, Marseille et moi, est la meilleure façon de l’aborder. Aldo Bianchi le souligne d’emblée en évoquant le géographe marseillais Marcel Roncayolo pour introduire le débat . Pour celui-ci, chacun entretient un rapport personnel à sa ville, à sa géographie. Il faut pouvoir parler de ce qu’est une ville, de ce qu’est notre ville. Le drame de la rue d’Aubagne en impose d’autant plus l’exigence.

Une ville 7 fois détruite et reconstruite rappelle Aldo Bianchi en citant Gaston Defferre. Mais une ville qui figure trop souvent dans les derniers rangs des classements sauf quand il s’agit de la pollution. Une ville marquée par un déséquilibre territorial flagrant, amplifié par la loi PLM qui a conduit à diviser la ville en 8 secteurs, assurant  à celui qui l’emporte dans seulement 4 de ces secteurs la victoire aux élections municipales . Aldo Bianchi continue en évoquant les grands dossiers sur lesquels l’association a alerté ces dernières années : l’état des écoles, la pollution (à la Tourette par exemple), le déséquilibre des transports.

Il faut une vision d’avenir pour Marseille. Et pour cela d’abord comprendre cette ville, comprendre d’où elle vient, comprendre ses habitants.  Six invités pour s’y engager :

Francis Ampe, ingénieur, urbaniste (Datar), ancien maire de Chambéry

Karima Berriche, sociologue et militante, membre du Syndicat des Quartiers Populaires de Marseille

Jean-François Cerutti, président de l’association Un centre ville pour tous

Kevin Vacher, sociologue et militant dans le collectif du 5 novembre

Claire Poutaraud, architecte, urbaniste

Alain Fourest, un des pionniers de la politique de la ville.

Francis Ampe , néo-marseillais (depuis 18 ans cependant), évoque d’abord le premier choc ressenti en arrivant à Marseille : les voitures garées sur les trottoirs… il découvre alors une situation qu’il juge catastrophique mais non privée d’espoir car : «  la ville, dit-il est le seul être vivant capable de rajeunir ». A condition de prendre les bonnes décisions.

Francis Ampe présente un panorama historique de Marseille sous l’exergue de deux citations de Marcel Roncayolo.  La première, extraite de L’Imaginaire de Marseille (1990) indique le défi politique majeur que doit relever la ville : construire une représentation partagée avec l’espace proche de l’hinterland. Défi toujours actuel. La deuxième, extraite de Le géographe dans sa ville (2016) souligne le bouleversement produit par le déclin  des grandes sources d’attractivité de la ville qu’étaient le négoce et l’industrie.  Alors, la question jusqu’alors secondaire de la forme urbaine de la ville prend aujourd’hui le pas sur la dimension économique qui avait produit la ville industrielle. On a maintenant   des femmes et des hommes beaucoup plus que des activités. Le traitement de la ville dans laquelle on habite –l’urbanisme, défini comme l’art de concevoir la ville- prend la première place.

Trois événements pour scander l’histoire récente de Marseille.

  1. L’arrivée de l’eau. La ville peut s’épanouir. Les 110 noyaux villageois sont périmés (sauf dans l’esprit de certains responsables). Dans le contexte des colonies, Marseille invente la ville industrialo-portuaire. Le nouveau port de la Joliette offre 10 km de façade maritime, une opportunité exceptionnelle aujourd’hui sous-utilisée. Marseille devient la grande ville que nous avons connue. Un siècle d’histoire ;
  2. La grande erreur. Alors que le port de Fos est créé sous l’égide de la Datar, Marseille refuse de devenir une communauté urbaine. Et tandis que les grandes villes de France telles que Lyon, Bordeaux, Lille ou Strasbourg apprennent à travailler en commun, Marseille reste seule. Il faut attendre 2000 pour la création de la communauté urbaine que suit l’institution de la métropole. Retard historique majeur.

Années 90.  Le maire, Robert Vigouroux, prend conscience de l’état de délabrement de la Joliette et admet que la Ville ne peut s’en sortir seule. Les discussions avec la Datar conduisent l’Etat à la décision de la création de l’établissement public Euroméditerranée (1995). C’est un quartier à la dimension de la métropole qui est créé. Alors que le TGV arrive à Marseille (2001), c’est une nouvelle ambition qui anime Marseille, le projet du Mucem est débloqué, seul musée d’Etat en région. Marseille devient capitale européenne de la culture (2013).

Le projet de création d’une métropole est essentiel parce qu’il correspond à des enjeux économiques décisifs. Dans ces années 90 apparaît le phénomène de la métropolisation qui est la traduction spatiale du phénomène économique de la mondialisation.  Avec l’hyper industrialisation provoquée par les transformations des transports et la révolution numérique, l’industrie fonctionne différemment.  C’est une opportunité dont Marseille peut se saisir. A condition que le projet métropolitain organise une bonne adéquation entre l’espace de mobilité (entre Fos et La Ciotat) et le système de gouvernance.  Il y a un gros retard à rattraper sur ce point.

Enfin, Francis Ampe indique un dernier enjeu décisif : la sanctuarisation des terres arables dans cet espace urbain et métropolitain. Il faut dorénavant construire la ville sur la ville.

Note optimiste pour conclure : la cuvette de Marseille est un emplacement exceptionnel !

Jean-François Cerutti nuancera ses propos dans le débat mais il veut d’abord présenter un réquisitoire.

Il précise d’abord le tableau historique en remarquant que les deux phases d’expansion urbaine, après l’arrivée de l’eau puis après 1960, ont été l’une et l’autre marquées par l’urgence. Marseille subit encore aujourd’hui le poids de cette urbanisation effectuée dans l’urgence.

La question centrale est de savoir comment et pour qui se fait la transformation urbaine. Citant Henri Lefebvre, Le droit à la ville, il dénonce la prééminence accordée à la valeur marchande sur la valeur d’usage, autrement dit, la marchandisation de l’habitat. Depuis 25 ans, la municipalité applique un projet  urbain cohérent : laisser faire le marché. A côté des grandes opérations urbaines  co-pilotées avec l’Etat, il reste à la Ville le centre-ville et l’aménagement de l’espace public. « Reconquête » du centre-ville (contre qui ?), embellissement de l’espace public (Vieux-Port, Plaine), valorisation des biens, mesures incitatives pour l’investissement privé : la cohérence consiste à chercher à attirer des populations nouvelles, au nom d’une mixité sociale retournée contre celle qui existe déjà.

Dans les opérations de rénovation urbaine, rue de la République (500 logements habitables vides), grand centre-ville (opération en grande partie abandonnée), plan ambition centre-ville (limité au Vieux-Port et Accoules, mobilier urbain), les besoins des habitants ne sont pas pris en compte, hormis une amélioration dans l’opération grand centre-ville en 2011. Le logement social prévu (1500/an) est très insuffisant au regard des besoins des habitants, ou simplement pour renouveler le parc ancien.  Le logement social nouveau est prévu exclusivement au nord de la Canebière, ignorant le centre-ville rebaptisé hypercentre (disparition de la servitude de logement social pour l’îlot Korsec).

Les habitants veulent des espaces de proximité à côté des écoles, même de superficie modeste (150 ou 200 m²). Mais ils ne sont pas consultés.

La conclusion porte sur la question démocratique : les habitants ne sont pas suffisamment associés pour étudier avec les techniciens les besoins existants. Il y a un vrai déficit démocratique.

Karima Berriche présente le Syndicat des Quartiers Populaires dont elle est membre, son histoire et les modalités de son action. Longue histoire qui trouve ses racines profondes dans la marche de 1993 pour l’égalité des droits et contre le racisme, et sa filiation plus récente avec la création du Collectif des Quartiers Populaires de Marseille en 2013 après un énième assassinat lié au trafic dans le 13èmearrondissement. Tous les quartiers populaires sont alors représentés et la question de l’égalité des droits s’impose. Après des divergences internes et la dissolution du CQM en 2015, le Syndicat des Quartiers Populaires est créé en mai 2018, conduit par une éthique de continuité dans le travail militant, d’accompagnement des mobilisations des habitants, et doté d’une méthode : des assemblées populaires régulières, fondée sur le concept d’expertise des habitants.

    Le document qui en résulte –les 101 propositions pour Marseille-, envoyé partout, n’a reçu aucune réponse hormis celle de la Préfecture, avec laquelle des rencontres ont été organisées, sur des thèmes ciblés, comme la santé, où se manifeste le déséquilibre entre le nord et le sud de la ville.

Habiter dans ces quartiers, come le fait Karima Berriche, c’est à la fois être dans et hors la ville, subir des discriminations liées à l’origine et au lieu d’habitation, subir un sous-équipement, un sous-emploi même quand les entreprises sont implantées dans le quartier (Bassens, pas d’embauche des habitants par les entreprises sur place).

Kevin Vacher  se présente sous ses deux casquettes, ses deux expertises qu’il entend faire travailler l’une avec l’autre, celle d’habitant de Noailles militant depuis l’accident et celle de sociologue travaillant sur les mobilisations urbaines. Il entend ainsi, pour affronter la question essentielle, la question démocratique, faire dialoguer la question urbaine, la question de la production de la ville avec la question de la sociologie de la ville, des mobilisations urbaines, en examinant un double rapport : l’impact de l’urbain sur les populations et leur comportement politique et inversement  la participation des mobilisations urbaines à la représentation et à la construction de la ville.

C’est le moyen de réfléchir à nouveau frais sur ce qui s’entend partout, chez les militants comme chez les acteurs institutionnels comme un dogme partagé : faire la ville avec ses habitants.  Le défi est de passer de l’échelle locale du quartier à celle de l’ensemble de la ville.

Depuis le 5 novembre, les choses ont changé. Les luttes  urbaines, depuis les années 2000-2010  se présentaient à Marseille comme en France ou dans le monde  sous la forme de trois catégories distinctes, les luttes dans les quartiers populaires, celles rassemblant la jeunesse précaire (type Assemblée de la Plaine), celles enfin portant sur les questions d’hygiène et de sécurité, émanant plutôt des classes moyennes et supérieures dans des structures telles que les CIQ. Malgré des tentatives de coalition, ces luttes restaient fragmentées. L’événement du 5 novembre a produit une convergence de ces fractions de la société marseillaise. Une série d’éléments objectifs ont produit des effets concrets importants ;

Premier élément : la liste des victimes réunit  la diversité des précarités, à l’encontre de certains imaginaires. Elle incarne la ville populaire, multiculturelle, socialement mixte. Les manifestations qui suivent sont remarquables par leur hétérogénéité sociale.

Deuxième élément, la place de Noailles dans la ville, le dernier quartier où tout le monde se reconnaît.

Troisième élément : les évacuations, plus de 2000, ont touché tout l’habitat ancien, surtout dans le centre, et des couches sociales différentes, les classes moyennes et parfois une petite fraction des couches supérieures.

Dans ces conditions, le regard des uns et des autres change. Tous, familles populaires, intellectuels (parfois des journalistes), propriétaires occupants des différents quartiers, tous s’intéressent au même objet et se découvrent des intérêts communs. Une unité se réalise par-delà la fragmentation sociale. Le manifeste du Marseille vivant et populaire est signé par l’ensemble des collectifs de quartier de la ville.

Le défi consiste maintenant à produire un projet urbain partagé.  Les freins sont nombreux, inertie des milieux militants, nouveaux acteurs, question du transfert d’expériences entre générations, pratiques différentes (type ZAD à la Plaine)…  Il faut toucher les habitants au-delà des collectifs militants, associer l’ensemble de la pluralité sociale et politique, de Air Bel au Corbusier, sans craindre, comme le dira plus tard Kevin Vacher dans la discussion, la conflictualité génératrice de participation.

Après ces quatre interventions, la parole est donnée à une salle en effet diverse et experte en la matière : militants associatifs (collectif Laisse béton, SOS Longchamp, collectif Air Bel, …), habitants des quartiers ( Busserine, Noailles, Plaine…),  spécialistes de la question urbaine, citoyens passionnés par leur ville.

Il reste peu de temps pour les deux  témoins appelés à la tribune. Claire Poutaraud évoque les expériences en habitat social réussies à Vienne en Autriche. Une ville où les gens se sentent considérés.  Un logement sur deux est un logement social, ouvert à des catégories sociales diverses. Une mixité sociale qui remonte à l’entre-deux-guerres. Marseille a besoin d’un gros rattrapage, impossible à réaliser sans co-construction, avec des instances de décision en commun  et le recours aux bons techniciens dont dispose la Ville.  Alain Fourest, qui désespérait un peu devant la situation de l’habitat à Marseille et l’absence de véritable politique de la ville depuis  son apparition à Grenoble avec Hubert Dubedout en 1980, dit retrouver le moral avec cette réunion. Il évoque à la fois le passé et l’actualité avec la cité du Petit Séminaire. Le passé puisque le Petit Séminaire avait été le lieu d’une expérience sociale novatrice dans les années 80, quand une équipe d’architectes et de sociologues (Anselme, Péraldi, Jolivet) s’y était installée trois ans durant pour empêcher la démolition prévue et amener  l’Office HLM à entreprendre la rénovation du site. Expérience exceptionnelle de partage de la décision avec les habitants, invention d’une maîtrise d’œuvre sociale et urbaine devenue célèbre. Aujourd’hui, il est à nouveau question de démolir cette cité. Un collectif s’est constitué pour s’y opposer et organiser sa réhabilitation.

Aldo Bianchi conclut la séance en rappelant la vocation de Marseille et moi : organiser le débat public sur toutes les questions qui touchent à Marseille et à la métropole et faire émerger une alternance à proposer aux Marseillais.

En attendant notre Compte Rendu de la réunion sur l’Urbanisme marseillais, voici une nouvelle contribution sur Marseille après le drame de la rue d’Aubagne.

Heurs et malheurs Marseillais !

Je n’en reviens pas encore de la force avec laquelle la municipalité a imposé son projet de réaménagement de la place Jean Jaurès. Pourquoi couper ces arbres, centenaires pour certains? Quel est ce refus de la municipalité d’écouter l’attente des habitants? Bien entendu, que la place Jean Jaurès doit être réaménagée, mais il y avait peut-être moyen d’ajuster le projet? Non, il n’y a pas eu moyen!

Cette autorité, violente, me ramène au drame de la rue d’Aubagne, où on y voit une autorité larvée : J’avais reçu l’information en fin de matinée : un immeuble du centre-ville de Marseille s’était effondré! Je suis resté abasourdi, comme hébété pendant quelques instants. J’habite à environ 500m à vol d’oiseau de la rue d’Aubagne. Comment cela se peut-il? Effondré! Ce n’est pas normal, ce n’est pas naturel! En fait, il s’agissait de 2 immeubles, l’un vide, inhabité, qui a entrainé dans son effondrement un autre, habité. En reprenant mes esprits, la phrase d’un ancien Maire Marseillais m’est venu à l’esprit :

« la bo-nne vi-lle de Mar-seille! » Avec cet accent fort, puissant, rassurant, protecteur, qui montrait bien qu’il ne fallait rien changer des habitudes des habitants pour qu’ils continuent de ne pas changer leurs habitudes de vote. Voilà le résultat de plus d’un demi-siècle d’immobilisme. Voilà le résultat de vingt années de mauvaise gestion de l’habitat! Car le dossier de l’habitat insalubre et dangereux est connu depuis plusieurs années!

Très rapidement, un jeune homme, copropriétaire dans l’immeuble effondré, est venu parler de sa situation aux journalistes : Il avait acheté un appartement, l’avait remis en état, et le louait. Il n’avait rien d’un marchand de sommeil comme certains médias pouvaient dénoncer. A ce moment, j’ai ressenti un certain soulagement de ne pas faire partie de ces gens, calculateurs, qui comprennent qu’en achetant un appartement peu cher dans le centre-ville, presque insalubre, ou en tous cas vétuste et indigne, ils pourraient le rentabiliser rapidement. S’il n’avait rien d’un marchand de sommeil, il en avait tout de même la démarche. J’ai appris plus tard que l’indécence des logements de cet immeuble avait été noté dans un rapport. Ce qui confirme bien ma perception : le manque d’éthique ne peut réfréner l’appât du gain de certains.

Les jours suivants, le journaliste a égrené le nombre de victimes, d’abord 4 corps ont été dégagés, puis 2 autres, puis encore un autre, et enfin un huitième corps quelques jours plus tard. J’espère seulement que ces personnes n’ont pas souffert. J’imagine des personnes blessées, coincées sous des tonnes de décombres, conscientes ou inconscientes, attendant des secours, voyant la mort venir vers elles, lentement, inexorablement. Quel malheur ! Nous ne connaîtrons peut-être jamais les circonstances exactes de la mort de ces malheureuses personnes. Ont-elles souffert? J’espère que non.

Après l’incompréhension d’un tel drame malgré nos lois et nos institutions du 21° siècle, après la compassion ressentie pour ces innocentes victimes, une bouffée de colère m’envahit. Oui, ces victimes sont innocentes, oui, l’affaire était connue, ces immeubles n’avaient pas de fondation, les murs reposaient simplement sur le sol. Mais surtout, depuis plusieurs années, il avait été constaté la présence permanente d’eau dans les caves de ces immeubles. Alors quoi? là aussi, il faut des morts pour que la société évolue? Dans quelle société vivons-nous? Reconnaissons tout de même qu’il s’agit de choix politiques, car des projets immobiliers, dans Marseille, il y en a eu, il y en a : la transformation de l’Alcazar en bibliothèque municipale, l’aménagement démesurée du stade Vélodrome, l’installation du commissariat dans l’immeuble Noailles (sans aménagement de place de stationnement pour les véhicules de service), le déménagement de la mairie du 1° sur la Canebière, l’aménagement du J4 avec le Mucem, la réhabilitation d’un immeuble en hôtel de luxe… Tous ces dossiers sont de grands dossiers, très personnalisés, certains réussis, d’autres pas. Mais l’entretien de l’habitat existant, âme millénaire de Marseille, n’est pas assuré. Problème d’impôt exige, la ville recherche la gentrification des quartiers du centre-ville : le Panier, le Cours Belsunce, Euroméditerranée et la Joliette, la rue de la République. Mais ça ne vient pas. J’ai l’impression d’un complot mal mené, on laisse les vieux immeubles s’écrouler, et on reconstruira sur les ruines… Je pense que la gentrification d’un quartier répond à d’autres besoins et ne se fait pas sur une table rase. De plus, la gentrification n’est pas la mixité sociale. Cette violence est la même violence que pour le réaménagement de la Plaine. En plus, Jean-Claude Gaudin a annoncé devant le conseil municipal son intention de demander la reconnaissance de l’état de catastrophe naturelle. La mairie avait attribué le drame aux fortes pluies tombées sur Marseille les jours précédents. La mairie n’assume pas. Quelle bassesse! quel malheur! L’année 2018 se termine mal à Marseille! Vivement 2020!

Jean Pierre ETIENNE

Quelle devise voulons-nous pour notre cité ?

Depuis que je suis arrivé à Marseille, il y a quelques années, j’ai l’occasion d’entendre assez fréquemment la même expression: « Je m’en bats les couilles ». Dans la rue, au travail… à tel point qu’on pourrait croire qu’il s’agit de la devise de notre ville…

Cette expression passée dans le vocabulaire commun nous rappelle la menace à laquelle nous devons faire face: une sorte de repli sur ce qu’il y a de plus irréductible, ses proches, sa propre personne… Elle exprime le lent délitement du lien social qui frappe notre cité malgré l’engagement quotidien de citoyen.nes, d’élu.es, de bénévoles, de fonctionnaires, de travailleurs sociaux ou de la santé, etc. Elle révèle surtout que beaucoup de personnes résignées pensent que les choses ne peuvent pas et ne pourront pas s’améliorer.

L’événement tragique de la rue d’Aubagne nous a toutes et tous plongé.es dans la stupeur, et cette fois-ci, personne ne peut dire qu’il n’en a rien à battre…

D’abord, nos pensées vont aux victimes et à leurs proches. Ensuite, ce drame nous oblige à réagir.

Réagir contre cette majorité municipale qui depuis 25 ans qu’elle est au pouvoir, mène, dans un simulacre de démocratie locale, une politique qui n’est pas à la hauteur des difficultés que notre ville doit surmonter. C’est même parfois le sentiment d’un abandon volontaire que les habitant.es peuvent ressentir dans certains quartiers.

Or, qui peut dire que Marseille ne dispose pas d’atouts bien réels pour rendre la vie meilleure à ses habitant.es? Nous avons tout ce qu’il faut pour le faire. Mais pour cela, nous avons à admettre que le changement ne survient que lorsque des gens ordinaires s’impliquent, participent et se rassemblent pour l’exiger.

Soyons dignes des victimes de la rue d’Aubagne et unissons nos efforts afin d’atteindre un idéal, un intérêt commun, un intérêt plus grand qu’il reste à définir. Malgré nos différences, chacun.e d’entre-nous est l’un.e de ces gardien.nes vigilant.es de notre démocratie locale. C’est ainsi que nous pourrons faire de nouveau cité.

Notre capacité à relever collectivement les défis déterminera notre avenir et celui des générations suivantes. Quelle devise voulons-nous pour notre cité ? Les Marseillaises et les Marseillais ont le pouvoir de répondre à cette question. Hissons-nous à la hauteur de nos prédécesseur.es: Effaçons cette sinistre expression et remplaçons-la par la véritable devise de notre Ville: « Actibus immensis urbs fulget Massiliensis », « La ville de Marseille resplendit par ses hauts faits ».

Pierre Huguet

Pouvons nous dire que nous ne savions pas ?

IMG_0055Est-il possible de dire que nous avons été surpris par ce terrible drame ? Pouvons nous dire que nous ne savions pas ? J’ai le sentiment que « tout le monde » savait mais que personne ne voulait vraiment voir.

Bien sur, je ne savais pas dans quel était l’état réel des immeubles qui se sont effondrés et de ceux des alentours mais je savais que des gens y vivaient dans des conditions insalubres voire dangereuses et ce dans l’indifférence quasi-générale des Marseillais. Je vivais avec, je n’étais pas vraiment concerné, c’était loin de chez moi et de mon confort.

Le 5 Novembre 2018, tout a basculé. D’abord, il ne faut pas l’oublier, il y a eu 8 victimes: Simona, une étudiante italienne de 30 ans, Niasse, un Sénégalais de 26 ans, Fabien, un artiste-peintre de 54 ans, Ouloume, une mère de famille de 55 ans, Chérif, un Algérien de 36 ans, Taher, un Tunisien de 58 ans, Marie-Emmanuelle, une femme de 55 ans et Julien, un homme de 30 ans. Ça a basculé pour l’immense majorité des Marseillais qui ont été surpris et choqués.

Je ne peux plus me cacher la vérité et j’ai honte pour ma ville. J’en ai assez que tout ce qui s’y passe soit si négatif et que ça s’y passe dans l’indifférence complice des autorités et des citoyens. J’ai honte de ce que nous ne faisons pas. J’en ai assez de ce que je ne fais pas.

Car enfin, comment ai-je pu vivre avec cette scandaleuse situation en plein centre ville ? Maintenant c’est impossible de faire comme si l’on ne savait pas qu’il y a d’autres situations tout aussi graves ailleurs dans Marseille ?  Toutes, où qu’elles se trouvent dans Marseille doivent être éradiquées très vite dans le respect des habitants.  Je veux aussi m’intéresser beaucoup plus à ces quartiers : en centre-ville,  dans les quartiers nord et d’autres s’il y en a, dire haut et fort que ça n’est plus tolérable, être plus présent physiquement dans ces endroits afin de mieux les connaître, de ne pas les oublier et de contribuer à les faire évoluer.

Cette situation est-elle la conséquence d’une politique délibérée de gentrification des quartiers définie par la municipalité? C’est possible et si c’est le cas ce serait inacceptable car elle aura couté 8 vies et ces vies ne sont pas des numéros. Ce sont des hommes et des femmes dont les visages et les noms hanteront longtemps ceux qui sont les responsables de ce drame. Est-elle aussi la conséquence de l’incurie des autorités, au premier plan des quelles le maire et la mairie? C’est possible aussi et c’est tout aussi inacceptable au vu de ces conséquences dramatiques. Ça les disqualifie pour longtemps.

Une fois la crise avérée, les autorités auraient du la gérer correctement. Cela n’a pas été le cas et ça ne l’est toujours pas. Ça frise l’amateurisme et ça sent la panique sinon le mépris. Heureusement des associations et des ONG font un travail remarquable mais il n’est pas possible de leur laisser faire seules la plus grande partie du travail. Il est urgent que les personnes qui ont été expulsées de leurs logements soient bien relogées, d’utiliser tout l’arsenal législatif existant et de prendre toutes les initiatives possibles pour le faire en accord avec elles.  Il faudra aussi mettre fin aux loyers scandaleux demandés à des personnes en situations de faiblesse par des propriétaires peu scrupuleux.

Mais il n’est pas question que l’affaire s’en arrête là. Il faut aussi dès maintenant, c’est à dire sans attendre la prochaine campagne des élections municipales de 2020, élaborer une vraie politique du logement dans Marseille et la métropole.  Cette politique devra respecter les habitants et être élaborée en les consultant. Il s’agit de restaurer la dignité des logements et des quartiers concernés. A ce titre, le permis de louer semble un bon outil qui semble avoir fait ses preuves ailleurs. Le problème ne pourra pas être le budget. Si c’est nécessaire, l’argent sera pris dans d’autres lignes budgétaires, là où il est moins nécessaire (subventions aux clubs ou associations déjà fort riches, travaux moins importants ou de confort en ville, train de vie des collectivités, etc …).

Faisons de ce drame horrible une opportunité afin que Simona, Niasse, Fabien, Ouloume, Cherif, Taher, Marie-Emmanuelle et Julien ne soient pas morts pour rien et qu’il n’y en ait pas d’autres.

Alain Brunello

Fermer les yeux mais rester allumé

Oui, le 5 novembre 2018 a bien eu lieu. 8 personnes décédées n’auront pourtant pas suffi à faire (ré)agir les responsables politiques municipaux. Si le silence et la fausse compassion des premiers instants furent assourdissants, leur inaction n’en est pas moins effroyable.

Aujourd’hui, alors que près de 2000 personnes sont à la rue, une majorité d’élu(e)s supposée représenter les Marseillais voudrait nous faire croire que tout va bien. Les délogés sont heureux, bien nourris et se déplacent facilement. Ils jouissent d’un quotidien de vie très agréable et peuvent dire « merci ».

Bien sûr, ceux qui pensent que non, tout va mal, rien n’évolue dans le bon sens, ne sont qu’une minorité cherchant à prendre le pouvoir. Ceux-là même qui se réveillent en observant que la politique de rénovation urbaine du centre-ville de Marseille n’est pas une priorité. La promotion immobilière demeure reine en sa ville. Les notables continuent aisément à se répartir le gâteau. Les bougies restent grand allumées. Le feu n’est pas près de s’éteindre à Marseille.

Eva Talha

Prochaine Audition-Débat organisé par Marseille et moi

«Marseille et Moi» a le plaisir de vous informer que sa prochaine Audition débat sur «L’Urbanisme à Marseille» est prévue le 6 mars 2019 à 18h30 au théâtre de l’œuvre à Marseille et vous remercie de réserver cette date dans vos agendas.

Nous vous attendons nombreux au 1 Rue Mission de France 13001 Marseille (Tramway Noailles  ou Canebière Garibaldi; Métro Noailles).

Aldo Bianchi Président de Marseille et moi

Marseille sans toi(t).

Un trou béant dans l’alignement des façades, des contreforts barrant  les trottoirs, des rues interdites à la circulation et, à deux pas de la rue d’Aubagne, la plus grande place publique de la ville, la si bien nommée Plaine, disparaissant derrière des murs en béton pour protéger la réalisation de travaux d’aménagement contestés. Des affiches ont immédiatement  opéré un rapprochement  soulignant l’ampleur des fonds alloués au réaménagement contesté de la Plaine, comparée à l’état d’abandon des logements de Noailles.  Pourquoi rapprocher ces événements, au-delà de leur proximité spatiale et temporelle ?

Les maisons, les rues, les places, forment un ensemble qui s’appelle une ville. Le logement, fût-il privé, n’est pas plus dissociable de la rue que chacun d’entre nous ne l’est de la ville où il vit, qu’il habite (et qui l’habite).  Cette relation d’habitation est au coeur de la démarche de notre association. Elle est indiquée  dans son nom, Marseille et moi qui ne marque pas une juxtaposition mais une profonde intrication.

La ville délimite et articule des espaces privés et des espaces publics. Un toit pour abriter sa vie, des murs pour se retirer du regard, et la rue, la place pour se déplacer et se voir, être vu et se rencontrer. Subitement, en ces jours sombres de novembre cet ordre de l’urbanité s’est renversé sous nos yeux, produisant un double malaise. Celui de voir l’intérieur des maisons effondrées, de voir ce qu’il restait d’intimité abritée, bribes de papier peint, vestiges d’un dedans maintenant retourné comme un gant,  exposé sans vergogne.  Invisibilité violée et vie anéantie  par cela même qui devait la protéger. Malaise inverse sur la Plaine, celui de ne plus voir, de ne plus voir au loin, d’être empêché de voir. L’horizon habituel de ces lieux largement ouverts  à tous est obturé  par ces murs en béton érigés en toute hâte. Le regard vient douloureusement s’y briser. Visibilité détruite et vie commune empêchée.

La place publique emmurée et, à côté, les maisons éventrées sont également désertes et désolées. J’éprouve, en parcourant ces rues ces jours-là, le sentiment d’une ville devenue incapable de fournir les conditions élémentaires d’une habitation humaine, le toit d’une maison et la place d’une rencontre : Marseille, sans toit ni toi.

C’est la vocation de notre association  que  de contribuer à reconstruire ce lien entre Marseille et chacun, pour retrouver le sens de l’habitation urbaine dans notre ville. Il ne s’agit rien moins que de ménager les conditions d’une vie humaine, digne et libre.

François Maurice

Passant qui passe

Passant qui remonte la rue de Lodi pour aborder le «plateau» de Marseille. Cette Colline composite qui réunit les villages de Noailles, de jean Jaurès et du cours Julien.

Dos à l’église Notre Dame du Mont et face au parvis, regarde.

Tourne ta tête à droite vers le soleil levant. Ton regard, au-delà de la rue Saint Michel a pour limite… Un mur. Honteux comme tous les murs qui divisent.

C’est le mur de la plaine. Un demi-kilomètre sur 2,50 m de hauteur de béton autours de la plus grande place de Marseille et d’un ancien marché qui accueillait 10 000 visiteurs 3 fois la semaine. Place désormais confisquée pour deux ans et demi de travaux arboricide, place fortifiée afin de protéger les coups de menton d’une mairie qui construit des murailles pour se protéger de la vie, pour punir ses soubresauts et qui regarde des maisons s’écrouler…

Passant. Face à toi, le dos toujours collé à l’église de la visitation, regarde vers le nord et vers la rue d’Aubagne. A 500 mètres de là ou 8 de mes voisins ont été ensevelis le 5 novembre dernier. La même  mairie, constructrice de mur a 390 000 euros, plaidait que c’est à cause du mauvais temps que 3 immeubles se sont écoulés comme château  de cartes, ce matin-là, un peu avant 9 heures.

Passant qui passe sur ma  colline, sens tu la peine, la frustration et la colère d’un quartier?

Quartier de vie. Quartier de ville. Quartier de centre-ville. Victime d’un pouvoir centré sur son nombril, inconséquent, inconsistant qui rêve de déplacement et de ruissellement.

Passant qui passe, comment ça va chez toi?

Jacques Bernard

Á Marseille, le choix entre taudis/godillots et châteaux/souliers vernis.

C’est avec l’assurance du travail bien fait que les services de l’enfance ont délivré l’autorisation d’ouvrir une mini-crèche au 64 rue d’Aubagne. Les bébés et leurs parents étaient accueillis le samedi 3 novembre dans ses tout nouveaux locaux pour une matinée portes ouvertes. Cette crèche Montessori, située en face du numéro 63, avait programmé son accueil « courant  novembre ». Pas l’ombre d’un doute pour les services du département, ignorant les alertes qui agitaient la rue d’Aubagne et ses habitants, dont huit ont perdu la vie.

Les immeubles voisins ont été évacués et la crèche est restée porte close.  La faute à la poussière de l’habitat dégradé passée sous le tapis de l’inconscient des pouvoirs publics. De leur aveuglement, déni, volonté d’effacement des difficultés de Marseille et de leur seul credo : faire sortir de terre de nouvelles habitations. Au diable la misère pourvu qu’on ait l’ivresse du neuf.

Ambition centre-ville, suite

Sans rougir de l’oxymorique « Ambition Centre-ville », département, métropole et ville de Marseille poursuivent le projet de « transformation » du centre-ville. Á peine deux mois après le drame de la rue d’Aubagne, le volet Requalification des espaces publics du centre-ville de Marseille est présenté avec satisfaction par le président du territoire Marseille*. Vous allez voir ce que vous allez voir, l’heure est venue du « partage de l’espace public en faveur des piétons, d’un vaste espace cohérent et lisible propice à la déambulation ». Car les objectifs sont de « développer la piétonisation et faciliter les modes de déplacement doux », « organiser des espaces piétons plus confortables ».

60 millions d’euros pour la requalification de quelques axes

L’ivresse du neuf refait surface. Du neuf, du visible, du coûteux. Le département met 60 millions d’euros dans la corbeille de Marseille pour la requalification de 22 hectares de surfaces piétonne.

Mais la délivrance du triste sort réservé aux piétons, bébés en poussettes et personnes à mobilité réduite dans le périmètre d’Ambition centre-ville Marseille n’est pas dans ce projet.

Oui, quelques axes brilleront, pour notre bonheur marseillais et ceux des touristes. Mais les espaces alentours du maillage des rues heureuses élues resteront en l’état, sans projet d’amélioration des trottoirs marseillais, inconfortables, souvent impraticables. Et hors règlementation, comme le collectif Piéton à Marseille alerte la mairie de Marseille, la métropole et son équipe Ambition centre-ville depuis bientôt trois ans.

Paradis des piétons : un rendez-vous raté

L’occasion était pourtant belle de porter l’ambition sur la totalité des 23 secteurs d’interventions et de penser à faible coût la mise en conformité des trottoirs. Pas pour demain la largeur minimale de 1m40 de cheminement piétonnier ; ni -pour les rues étroites- des zones de rencontre où sont prioritaires cyclistes et piétons sur des véhicules limités une vitesse de 20 km heure. Oubliés les objectifs du Plan de Déplacement Urbain 2013 de «supprimer les arrêtés marseillais autorisant la pratique du stationnement à cheval sur le trottoir».

Le spectaculaire et objet de communication ont été préférés à une restructuration pour tous les piétons. Ce qui ne brille pas est indigne de l’intérêt des élus marseillais.

Martine Bigot (Collectif Piéton à Marseille de l’association 60 millions de piétons)

*La concertation auprès des marseillais est en cours et prendra fin le 5 février 2019. Rendez-vous dans les mairies des secteurs 1/7, 2/3 ou dans les locaux de la métropole Aix-Marseille Provence au Pharo pour contribuer à la prise en compte de tous les piétons.