Adhérez à Marseille et Moi !

L’association « Marseille et Moi » est un lieu de rencontre et de réflexion entre la société civile et les acteurs politiques de notre ville.

Marseille, riche de ses citoyens responsables, de ses chefs d’entreprises, de ses créateurs, de son tissu associatif est à un moment charnière de son histoire. Notre ville a le devoir de rebondir.

Face à la faiblesse de la gouvernance, à la montée des incivilités, au discrédit de certains élus, nous pensons qu’il est plus que temps que les marseillais prennent en main leur destin.

Au nom de la probité, des valeurs républicaines qui nous animent, nous avons pour responsabilité de restaurer la confiance qui fait désormais tant défaut.

A nous de prouver que le sens de l’intérêt général est toujours puissant à Marseille. A nous de prouver que les marseillaises et les marseillais croient et espèrent encore en leur cité.

« Marseille et Moi » dit ce rapport intime que chaque marseillais entretient avec sa ville, rapport non dénué de susceptibilité.

La méthode, c’est l’évaluation, par l’expertise, par des rencontres, par des auditions, par l’exercice réel du débat démocratique sur tous les grands dossiers municipaux, métropolitains, et les débats de société.

Durant les mois à venir, nous poursuivrons des propositions pour le devenir de notre ville et de la Métropole, en espérant les voir incarner par les élus de notre choix.

L’objectif, c’est de contribuer à l’installation dans les différentes gouvernances de femmes et d’hommes neufs, modernes, visionnaires pour les prochaines années.

     Président                                Trésorière                                Secrétaire général

Aldo BIANCHI                      Caroline DANIEL                          Michel TAGAWA

                                                                                                                                    

BULLETIN D’ADHESION Année 2019

 

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Adresse : Association Marseille et Moi – 9 Impasse Fouque – 13007 Marseille

 

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Les inégalités de santé à Marseille sont-elles une fatalité ?

Aldo Bianchi introduit le débat en dressant un premier  état des lieux à Marseille et dans la métropole. Notre territoire n’est pas un désert médical, bien au contraire, Marseille se distingue par la qualité de ses équipements de soins et de ses structures de recherche. Mais ce constat ne doit pas occulter une inégalité criante à l’intérieur du territoire, inégalité dans l’implantation des services de santé, dans l’accès aux soins, dans l’état de santé de la population, la prévalence de certaines maladies chroniques et la mesure de l’espérance de vie. Il faut  ajouter que Marseille est la grande ville française la plus polluée (au 4ème rang en Europe) et que l’on retrouve à ce sujet les mêmes inégalités, sur le territoire de Marseille comme sur celui de la métropole où Fos se distingue au plan des pathologies liées à l’environnement : la pollution aux particules fines est 20 fois supérieure à proximité du Port à la pollution mesurée sur la Canebière, et chacun connaît les disparités de la prévention des différentes  pollutions sur l’autoroute urbaine L2 selon les quartiers qu’elle traverse. Ces constatations fixent le sens de notre audition-débat : peut-on continuer à s’abriter derrière la compétence traditionnellement prédominante  de l’Etat en matière de santé publique ? Le moment est  venu, pour les villes et les métropoles, de prendre en main de manière plus résolue ces questions qui appellent de nouvelles responsabilités pour les décideurs locaux. A l’heure où  où 40 grandes villes du monde entier se réunissent à Paris pour en débattre, où certaines villes se déclarent « sans perturbateurs endocriniens »,  il est temps d’exiger des responsables locaux, une plus grande conscience des problèmes de santé liés à l’environnement et la volonté d’y faire face. Que peut-on faire au plan local ?

 

Pour se donner les moyens de répondre à cette question, l’intervention liminaire du docteur Didier Febvrel était bienvenue. Responsable du Service de la Santé Publique et des handicapés de la Ville de Marseille, membre du Haut-Conseil de la Santé Publique (commission des risques environnementaux), il était le plus à même d’exposer la légitimité d’une intervention des communes dans ces questions.

Cinq arguments principaux pour fonder cette légitimité.

D’abord le pouvoir de police sanitaire détenu par le Maire, exercé par les services communaux d’hygiène et de santé avec les moyens alloués par la Dotation générale de décentralisation soit à hauteur pour Marseille de 2,8millions d’euros. Les domaines de compétence sont multiples : habitat insalubre, nuisances sonores, gestion de la qualité des eaux, dératisation et désinsectisation, service de vaccination (étranger).

D’autre part la Ville est maintenant amenée à passer des contrats avec l’Etat en matière de santé publique : actions de santé dans le cadre des contrats de ville (Politique de la ville), contrat local de santé mentale avec l’Agence régionale de santé par exemple pour faire accéder les malades à l’habitat, plus généralement contrat local de santé avec cette Agence pour permettre une territorialisation  des actions de santé.

La volonté politique des Maires constitue un élément fondamental pour asseoir cette légitimité. Depuis le mandat Vigouroux, un élu est chargé en propre de la Santé publique, actuellement Patrick Padovani.

Cette volonté s’inscrit dans une évolution générale qui tend à la promotion de la santé, du fait de la reconnaissance croissante de l’importance des déterminants de santé, en particulier des déterminants environnementaux. Dès lors, il faut admettre que ces questions ne concernent pas les seuls professionnels de santé et le les comportements individuels mais qu’il faut développer une approche systémique et faire intervenir d’autres services, compétents dans leur domaine,  pour traiter des questions comme celle du ramassage des ordures (problème des rats)  ou celle des sols pollués.

Enfin, le Maire peut invoquer la clause de compétence générale qui l’autorise à s’emparer de tout ce qui peut affecter la population de sa ville.

Didier Febvrel peut donc conclure en soulignant la tendance à l’’implication de plus en plus forte des Villes dans les questions de santé publique, par exemple dans les questions relatives à l’alimentation, à la restauration collective.  A terme, toutes les politiques publiques devraient  comporter un volet santé, tout projet devrait  solliciter l’intervention du service de santé.

 

Une première discussion, particulièrement animée a suivi cette intervention, concernant les inégalités sociales de santé à Marseille. Le bilan dressé par l’Observatoire Régional de Santé est clair : la ville se partage entre une population en sous-mortalité précoce (avant 60 ans) dans le sud de la ville et une population en surmortalité précoce dans le nord et le centre. L’inégalité touche déjà les jeunes et se répercute et s’amplifie par effet d’accumulation sur l’ensemble de la durée de la vie. La question d’une implantation plus équilibrée des ressources et services de santé se pose avec force et concerne  les responsables publics locaux, s’agissant par exemple de l’installation de maisons médicales de santé, comme à Kallisté.

 

Les « grands témoins » du débat ont présenté ensuite leurs observations. Le Docteur Charles Chanut d’abord, pour l’association « Cap au Nord Marseille », joue pleinement son rôle de lanceur d’alertes. Double  alerte face aux pollutions générées par le port : au chantier de réparation navale prévu à la Forme 10 s’est ajouté un projet de déconstruction des navires, déconstruction dont chacun connaît la dangerosité prévue en pleine ville.  Par ailleurs les eaux usées générées par les activités portuaires ne sont pas traitées. La ville ici est responsable au travers de la Charte Ville-Port.

Richard Hardouin, président du collectif « Collectif Anti Nuisances L2» et administrateur France Nature Environnement 13 et AIRPACA, souligne d’abord les inégalités territoriales face aux pollutions produites par la L2, couverte à Saint-Barnabé mais pas à la Busserine. La mobilisation a été plus précoce à Saint-Barnabé, préventive, dès que les plans ont été connus et conduite par des personnes plus introduites dans les services compétents. La défaillance des responsables publics, incapables de redresser cette injustice, n’en est que plus flagrante. Sur le thème plus général de la pollution de l’air et du danger des particules fines (produites aussi par l’habitat) qui se font le véhicule d’autres polluants dangereux, Richard Hardouin soutient la nécessité de maintenir un organisme indépendant de contrôle et de surveillance tel que l’Association multicollégiale Air Paca. C’est aussi la responsabilité des élus de contribuer à financer cette association pour la surveillance de la qualité de l’air et indépendante des maitres d’ouvrage, comme de se soucier de  l’absence d’un organisme indépendant d’observation du bruitpour Marseille et sa Métropole.

Enfin, Daniel Morin, président du CIQ Saint-Jean Tourette Protis et membre du collectif « Laisse béton », expose la situation particulièrement dangereuse de son quartier au regard  des pollutions sonores et atmosphériques : deux tranchées autoroutières à ciel ouvert, un trafic de 18 millions de voitures par an, à quoi s’ajoute le trafic maritime utilisant en Méditerranée un fioul chargé en soufre au-delà de la norme à 0,10% qui s’applique en mer du Nord. De là, comme on l’a vu, une pollution atmosphérique beaucoup plus importante qu’en centre ville. Il déplore l’absence de tout  responsable depuis 17 ans pour traiter de ces questions alors que le nombre de 5 millions de voitures par an constitue un seuil qui doit déclencher l’intervention publique.

 

L’audition-débat a montré l’exigence et la légitimité  d’une prise en compte locale des questions de santé publique. Il faut introduire la question de la santé dans les politiques publiques, prévenir les pollutions  par la mise en place de systèmes de protection, travailler sur les déterminants environnementaux de la santé. Pour finir sur un exemple : ne pas se contenter d’encourager la pratique du vélo mais construire une offre adaptée, en termes de sécurité dans la circulation (voies spécifiques) et de sécurité sanitaire (qualité de l’air). Manifestement un gros travail pour une municipalité.

 

François Maurice

Rencontre avec Michel Peraldi – Marseille : quel avenir économique ?

Avant de parler de l’avenir économique de la ville, il faut resituer les conditions historiques dans lesquelles se pose la question aujourd’hui :

1) Marseille a été une ville mondiale, parce que son port commerçait avec le monde de façon relativement indépendante au cadre national. Avec la transformation de l’économie, de l’institution et de l’espace portuaires au début des années 60, la ville a été incorporée dans un espace temps économique national métropolitain.

Beaucoup de phénomènes socio-économiques encore « actifs » sont la conséquence de ce basculement. Le port est pour l’essentiel un port rentier, basé sur le trafic pétrolier très peu inducteur d’économies urbaines diffuses, contrairement au trafic de containers, lequel se concentre aujourd’hui par le double effet de l’évolution du transport maritime d’une part et des stratégies portuaires de l’autre. Deux routes maritimes organise le grand trafic mondial des marchandises asiatiques, l’une atlantique qui passe par Baltimore/Anvers/Rotterdam et dont Tanger est en train de devenir le terminal méditerranéen ouest, l’autre euroméditerranéenne qui passe par le canal de Suez et les terminaux est de Port Saïd, Malte, Naples, avant de remonter l’Europe par la route. Marseille et Gènes sont les grandes perdantes de cette évolution.

Aujourd’hui, Marseille reste certes le premier port français en terme de trafic global, et même le premier port méditerranéen. De justesse cependant, si l’on pense que Marseille- Fos trafique 98 millions de tonnes contre 81 pour le Havre et 59 à Valence (Espagne). Par contre Marseille a perdu de très loin l’hégémonie européenne au profit des ports nordistes : Rotterdam, Anvers et même Hambourg, qui trafiquent plus de quatre fois le volume de marchandises passant par Marseille en ce qui concerne Rotterdam (421  millions de tonnes), et plus de deux fois pour Anvers (189 millions de tonnes) et Hambourg (140). La plus spectaculaire des régressions vient cependant du trafic de containers, celui qui est jugé  le plus profitable parce que développant des effets de district (Cour des Comptes, 2011). Rotterdam par exemple, largement premier port européen en la matière trafique 10,8 millions de tonnes de containers. Marseille avec ses 0,85 en la matière est alors relégué au 17ème rang des ports méditerranéens, 27ème port européen, loin derrière Valence (Espagne), Port Saïd, Tangermed, et même à la moitié du volume trafiqué par le port du Pirée, et enfin 84ème port mondial. Seul le trafic de passagers de croisière a connu une spectaculaire augmentation dans les dix dernières années en atteignant le million de passager en 2010. Très médiatisé et valorisé par les notables locaux, annonçant une nouvelle ère économique pour le port de Marseille, cette « manne » fait débat. Economiquement d’abord, car si spectaculaire qu’il soit, ce nouveau trafic compense à peine les pertes colossales sur le trafic traditionnel de passagers vers la Corse et le Maghreb. Après avoir perdu le trafic vers le Maroc au profit de Sète, une partie du trafic vers l’Algérie au profit d’Alicante, c’est aujourd’hui le trafic vers la Corse, qui, dans la crise de la compagnie nationale SNCM, fuit désormais vers Toulon, Nice et les ports italiens.

2) Une grande partie du dynamisme économique du port, tenant à la « capillarité » des activités portuaires c’est à dire leur capacité à irradier commercialement la ville, reposait sur de l’informalité et des activités informelles, voire criminelles à certains moments de la vie locale. Cette économie informelle commercialo-portuaire a été elle aussi liquidée, après avoir été ostracisée. Cette liquidation est un drame à plusieurs personnages, dont les classes moyennes dirigeantes et leur obsession de « nettoyage » urbain du centre-ville. L’aménagement urbain pensé comme entreprise de moralisation dans un contexte de « garde à vue médiatique » de la ville est une entreprise assez prototypique du règne politique des classes moyennes. D’une façon plus générale, la « fiction » politique d’une croyance en l’action politique comme moyen exclusif d’action sur la ville est aussi représentative de l’éthos de ces catégories. On les définira comme des entrepreneurs de morale, en raison de ces deux caractéristiques.

De la gare saint Charles jusqu’au port de la Joliette, au terminal où arrivent les navires de ligne qui desservent l’Algérie et la Tunisie, s’installe ce que l’on définira comme le « grand comptoir algérien » (Tarrius, 1995, Peraldi, 2001). Grand comptoir parce que des centaines de boutiques, grossistes et détaillants, servent désormais à la fois les chalands algériens qui débarquent par milliers chaque week-end, les migrants qui viennent  de toute l’Europe en y passant pour aller aux pays chargés de cadeaux et de marchandises, et enfin, dans un rayon qui va de Toulouse à Nice, des migrants installés qui y viennent régulièrement faire du shopping.

Ce comptoir algérien occupe l’espace urbain central dans un large quadrilatère entre Vieux Port et gare Saint Charles et irradie socialement et spatialement sur tous les quartiers nord. Un exemple avec  le commerce de l’automobile d’occasion qui est un des domaines phares de ce marché. Les véhicules viennent de toute l’Europe mais particulièrement d’Allemagne et de Belgique (Gambaracci D, 2001). Elles sont réparées, parfois trafiquées, dans de multiples micro garages qui occupent une grande partie des rez-de-chaussée abandonnés du 3ème arrondissement,  les parking des cités, les impasses, les friches industrielles. Elles sont ensuite chargées de marchandises (pneus, fringues, tissus, petites pièces mécaniques) puis embarquent pour l’Algérie, le Maroc, la Tunisie, et dès les années 90,  pour Abidjan ou Dakar.

Ce grand marché est informel, polyvalent et multi-dimensionnel. On y voit se faire  des fortunes à l’échelon des grossistes et des multipropriétaires de boutiques ; on y survit aussi, comme les vendeurs à la sauvette, précaires de toute sorte ; on y trouve enfin des spécialistes et des occasionnels. Les réseaux diasporiques migrants sont largement innervés par ce commerce, des banquiers informels algériens qui assurent le change entre des monnaies non convertibles aux taxis clandestins et hôteliers occasionnels, souvent anciens ouvriers à la retraite. Dans les grandes cités elles-mêmes,  les membres migrants installés des familles   assurent l’accueil et l’hébergement des touristes algériens.

Des fils de migrants se faisant convoyeurs aux retraités, « chibanis », aux femmes des cités se faisant hôtelières et cantinières, les mondes des cités sont largement mobilisés, ne serait-ce qu’occasionnellement, dans cette frénésie commerciale.

Tout repose évidemment sur la libre circulation des touristes algériens qui forment le gros de la chalandise, on en comptera jusqu’à 50 000 par semaine au début des années 80. Le marché joue aussi de la désorganisation ou de l’inexistence des marchés locaux, au Maghreb pour tout le commerce quotidien (on dit que l’Algérie des années 80, riche de son pétrole mais pauvre en infrastructures commerciales assure par ce commerce 80% de son économie vivrière), en Afrique francophone pour le commerce automobile. Notons au passage que la visibilité des mondes migrants, la vivacité de ce marché et  la diversité des publics qu’il draine, dont très peu d’acteurs pourtant à l’époque résident en permanence à Marseille, entretiennent certainement  aussi la légende de Marseille « ville cosmopolite aux centaines de nationalités ».

L’instauration du visa pour les  voyageurs algériens vers la France (1987) puis la mise en place des politiques restrictives de circulation vers l’Europe sous le régime du traité de Schengen fragilisent très vite ce commerce.  La crise algérienne et le début de la longue guerre civile qu’elle va connaître à partir de 1992 déstabilise plus sévèrement encore le Comptoir tandis que s’organise, en Europe et ailleurs, la concurrence : les ports d’Anvers  et  d’Hambourg récupèrent une partie du commerce automobile (Rosenfeld, 2013) d’autant plus facilement que les marchés de l’occasion de grosses berlines allemandes sont à portée.

Istanbul devenue le grand marché de l’ouverture après l’effondrement de l’empire soviétique, attire les « commerçants à la valise » du Maghreb, Machrek, puis de  l’Afrique (Peraldi, 2001,  Perouse, Aslam, 2003).

Le marché marseillais de Belsunce s’étiole rapidement à partir de la fin des années 90, dans une indifférence d’autant plus générale que les médias et l’opinion locale relayés par des notables politiques de tous bords se félicitent de la fin d’un dispositif marchand pour migrants en lequel ils ne voient que nuisances,  confiscation et dégradation de l’espace urbain central.

La « reconquête » commence justement lorsque le marché se fragilise. Certes, il subsiste aujourd’hui encore quelques fragments de ce marché diffus et de ses ambiances. Le Marché aux Puces de la Madrague en est certainement l’avatar le plus actif, comme le quartier Noailles où résistent les commerces alimentaires exotiques.

3) Les classes moyennes occupent dans cette ville une situation de classe dominante depuis la double dilution des bourgeoisies commerçantes/industrielles d’une part, de la classe ouvrière de l’autre, en donnant à ce terme un sens plus restrictif que celui de classe populaire.

L’Etat est dans la ville le premier employeur, très loin devant tout autre type d’entreprise, la Municipalité et les institutions locales le second. Depuis une cinquantaine d’années, de manière très stable, l’essentiel de la représentation politique est assurée dans l’ordre par les professions libérales (judiciaires surtout), les professions médicales, les enseignants. Enfin, avec presque 45% de propriétaires en secteur urbain, Marseille est la ville de France qui compte le plus de propriétaire en son centre ville.

La particularité de ces couches moyennes, leur insertion dans l’économie par l’Etat d’un côté, et la rente foncière de l’autre, fait d’elles des classes improductives. Ce n’est pas une infamie et un jugement moral, c’est le constat de leur statut économique. L’essentiel des stratégies qui dominent les politiques économiques de ceux qui représentent la domination de ces couches moyennes est une course à l’investissement public d’un côté, une tentative permanente de privilégier la rente foncière sur tout autre type de valeur et de productivité. Dans un contexte métropolitain valorisé, cette course est une inversion de la logique périphérique : dans la métropole marseillaise, contrairement à la plupart des grandes agglo, le dégradé/abandonné est au centre, les hauts prix sont en périphérie. Aujourd’hui cette dominante, ces classes moyennes que je qualifie de « rentières » sont confrontées à l’émergence d’une « classe créative », arrivée sur les décombres de la ville industrielle et les opportunités foncières qu’elle dégage, mais qui se retrouve bloquée dans son expansion d’une part, par l’obstination des « entrepreneurs de morale » à poursuivre le travail d’assainissement dont ils font un préalable au développement économique, d’autre part, par la rigidité des apartheids urbaines qui en sont la conséquence. Une classe créative cantonnée à une logique de niches.

4) La plupart des villes (y compris méditerranéennes, les villes sœurs, sauf Gènes), ont compensées la crise de restructuration des années 60-80 par une démographie qui permettait que la ville se nourrisse d’elle-même, des services à ses habitants, même pauvres. Marseille a subi le double effet d’une crise démographique et de l’absence d’un dispositif métropolitain solidaire qui aurait compensé la perte. La perte de substance démographique de la ville centre Marseille, combinée à la croissance démographique éparpillée de la métropole a fait de l’espace métropolitain un tissu distendu, non solidaire et relâché.

Une simple projection : entre 1954 et 1975 Marseille gagne 250 000 habitant, avec un taux de croissance donc de 2% par an. Si on projette ce taux de croissance, relativement lent, sur les quarante dernières années, Marseille centre devrait aujourd’hui compter 1,5 millions d’habitants.

5) A l’échelle régionalo-mondiale, Marseille participe d’un espace dans lequel le tourisme a pris la place dominante dans l’économie spatiale. Depuis la Sicile jusqu’à l’Espagne, on a assisté à une sorte de « californisation » du pourtour méditerranéen. Ca ne veut pas dire que tout est tourisme, mais que le tourisme est de toutes les combinaisons productives à partir desquelles s’organise dans cette région la production de richesse. Marseille (avec Gènes) est la dernière « place » à être rattrapée par cette vague. Qu’est-ce que l’industrie touristique ? Couplage de firmes de taille mondiale avec une force de travail réduite au statut de domesticité. Entre ces deux pôles, les conditions juridico-politique des sociétés concernées permettent le plus ou moins grand développement d’une classe de petits entrepreneurs commerciaux. En France, sauf exception (la Corse et les aberrations qu’elle autorise, soit par la puissance du débat sur l’exceptionnalité identitaire, soit par la force du capitalisme criminel), cette classe moyenne productive a une présence insignifiante dans l’économie touristique.

L’école à Marseille : indigne de la République ?

Aldo Bianchi introduit le débat en plaçant l’école au cœur des préoccupations d’une association comme Marseille et moi consacrée aux questions municipales et métropolitaines. La question de l’école commande toutes les autres, et à cet égard, la situation à Marseille, que l’on peut décrire comme un véritable apartheid scolaire, ne laisse pas d’inquiéter. Si le pacte républicain est en jeu, cela ne signifie pas pour autant qu’il faille tout attendre de l’Etat et des collectivités territoriales. Les initiatives des citoyens sont nombreuses et c’est pourquoi nous avons voulu faire appel à des femmes et à des hommes de terrain et d’action pour nous en parler, pour  faire un état des lieux  et des actions engagées.

Charlotte Magri, auteure d’une récente Lettre ouverte au ministre de l’Education nationale, souligne d’abord un paradoxe : elle s’est vue décerner par la presse le titre éminent de « lanceuse d’alerte » alors même que ce qu’elle a dénoncé l’année dernière dans sa lettre au Ministère, à savoir l’état lamentable, inadmissible, de nombreuses écoles des quartiers populaires de Marseille, était connu de tous. Il a fallu l’initiative résolue d’une enseignante, d’abord soucieuse de la santé et de la sécurité de ses élèves,  pour briser un ronronnement collectif.

Charlotte Magri a retracé les étapes d’une carrière d’une dizaine d’années dans l’Education Nationale, à Perpignan puis à Marseille, dans différents quartiers de la ville. Elle a pu reconnaître l’écart flagrant entre les écoles : on ne fait pas le même travail, ici et là. Pour des raisons à la fois matérielles et humaines.  Bâti dégradé parfois menaçant pour la sécurité, absence récurrente de chauffage,  amiante  mais aussi enseignants débutants, sans formation spécifique, taux d’encadrement des Atsem (agents territoriaux spécialisés des écoles maternelles) très insuffisant (1/30 pour une moyenne de 1/8 à 1/15 dans d’autres villes précisera Cyrille Trignac, directeur d’école), ce qui conduit à des classes déstructurées, des violences et des harcèlements dans les périodes de cantine. On a surtout retenu et médiatisé le côté le plus visible, le côté matériel, ceci permettant au Ministère de dégager l’essentiel de sa responsabilité (50 postes supplémentaires de remplaçants pour les quartiers nord toutefois et  5 millions d’euros pour remédier à l’incurie municipale). La Mairie  a procédé à de petits travaux visibles (peinture), dans les écoles les plus médiatisées.

Pour conclure, Charlotte Magri dénonce un déni du côté gouvernemental  et un mépris du côté municipal et appelle à réinventer une  citoyenneté pour cesser d’être simplement spectateur.

Pour examiner la situation des collèges et des lycées et les possibilités d’action individuelle et collective, était invité José Fouque, ancien Proviseur de lycée et secrétaire général de l’association Education et Devenir qui, depuis sa création en 1983, promeut la créativité et l’initiative à l’échelon local. Il souligne trois grands problèmes rencontrés par l’école et qui peuvent trouver des éléments de solution au plan local.

D’abord le problème de la mixité. Difficile de créer de la mixité dans certains collèges des quartiers de Marseille. Sa proposition : faire venir des institutions culturelles dans les écoles, créer dans les écoles des « maisons du savoir », faire des écoles des pôles de ressources ouverts, ce qui signifie aussi, comme l’avait indiqué une intervenante dans la salle « des lieux silencieux pour se concentrer ».

L’engagement des enseignants ensuite. José Fouque plaide pour un lien plus étroit des enseignants avec les élèves et leurs familles, ce qui passe par une formation développée à partir de ce qui se passe sur le terrain, par l’intégration d’enseignants venus des quartiers populaires, par l’assimilation du rôle social de l’enseignant.

Enfin la question de la réforme. Depuis 1972 les réformes (interdisciplinarité, aide personnalisée) se sont succédé et ont échoué parce qu’elles sont impossibles à décréter depuis le centre du système. Par contre,  au plan local, beaucoup de choses sont possibles, et par exemple, la mise en place d’une aide personnalisée aux élèves.

Trois « grands témoins » ont apporté leurs expériences. Pascal Pons, enseignant, militant syndical, animateur du collectif des écoles de la Castellane fondé en février 2015 à la suite des incidents violents ayant eu lieu sur place, souligne la double responsabilité, nationale et municipale, dans l’état dégradé de l’école à Marseille. Il évoque en particulier le taux d’encadrement des personnels municipaux dans les écoles élémentaires, très insuffisant à Marseille (1/60 quand il est de 1/25 dans la moyenne nationale), les problèmes de sécurité routière jamais résolus mais aussi, côté gouvernemental, les effectifs scolaires trop élevés (1/25 à la Castellane quand il faudrait 1/15), les remplacements non effectués, les enseignants spécialisés (Rased) non rétablis. Alain Bureau, ancien enseignant, membre du « collectif des écoles publiques du 3ème arrondissement », expose le contraste entre la construction de nombreux logements dans ce quartier (6000) et l’absence de projet de construction d’écoles, alors même que déjà des enfants en grand nombre (300) sont répartis dans des écoles environnantes. Enfin Sèverine Gil, présidente de l’association de parents MPE13, regrette que les parents ne soient pas suffisamment associés, sinon pour les conseils de discipline. Elle note que l’école pourrait être un lieu de rencontre, de parole, d’action dès lors qu’elle pourrait être ouverte en dehors des heures de classe. « On n’attend plus rien de l’Etat et de la Mairie, dit-elle, c’est aux parents eux-mêmes de réaliser des choses. »

Les interventions de la salle, nombreuses et passionnées, ont témoigné d’une volonté d’engagement.  Marseille et moi, en particulier par le moyen de sa commission spécialisée sur ce thème,  continuera de travailler sur cette question de l’école à Marseille, de faire connaître et coordonner les initiatives individuelles et collectives.

                                                                                                    François Maurice

Vous avez dit laïcité ? Quésaco ?

Ce vendredi 14 octobre 2016, le maire de Marseille entouré de tous ses “fidèles“ (de droite comme de gauche, réunis) inaugurait, sur le parvis de la cathédrale de La  Major, l’esplanade Jean-Paul

Sous un dôme protecteur avaient pris place le gotha de l’église catholique et romaine : un Cardinal, délégué du pape venu spécialement de Rome, un nonce apostolique, des Archevêques, et des Evêques devant lesquels Jean Claude GAUDIN a pu démontrer sa connaissance approfondie des arcanes de la curie romaine et ses liens étroits avec la Sainte Eglise Catholique de Romaine.

Le lendemain, ces belles images ont été suivies d’une autre cérémonie cette fois à la mairie  au cours de laquelle Martine VASSAL, présidente du Conseil  Départemental des Bouches-du- Rhône accordait à la ville de Marseille une généreuse subvention de 200 millions. Une importante partie de cette somme  doit être “consacrée“ à la  réfection et l’entretien des églises de Marseille comme la Major, Saint Victor etc.. (Il va falloir songer à canoniser “Monseigneur“GAUDIN de son vivant) .

Trêve de galéjades !!!  parlons sérieusement !  « Toute personne a droit à la liberté de pensée de conscience et de religion»  (article 17 de la Déclaration Universelle  des Droits de l’Homme). Ce texte permet-il au Maire d’une commune de 850 000 habitants d’exprimer régulièrement et publiquement son attachement à une religion et utiliser son pouvoir pour favoriser les mouvements et  institutions éducatives  qui professent et diffusent cette même croyance ?  Monsieur Gaudin a-t-il lu la charte de la laïcité affichée dans les écoles et lieux publics ?

Mais Il y a plus curieux encore. Lors de la dernière séance du conseil municipal, le maire a fait approuver une délibération annulant la mise à disposition moyennant finance, d’un terrain destiné à la construction d’une Grande Mosquée. Certes, ce serpent de mer devait trouver une issue et les responsabilités de cet échec sont partagées. On ne peut cependant s’interroger sur la proximité de ces deux évènements qui méritent quelques questions.

Dans les “milieux bien informés“ ont affirme qu’il y aurait 250 000 marseillais musulmans !!! Et combien de catholiques ?, de protestants ?, d’évangéliste ?, de juifs ?, d’orthodoxes ?, de Bouddhistes ?,  et pourquoi pas combien de “sans religion“ ? etc.. Ce dénombrement incomplet est à la fois dangereux et illégal et peut créer une nouvelle fracture entre les marseillais.

Quels que soient les chiffres, il apparaît manifeste que la politique municipale favorise ouvertement ceux des marseillais qui sont censés appartenir à la religion catholique au détriment de  ceux qui sont étiquetés musulmans en fonction de leurs apparences ou de leurs origines. Ces derniers qu’ils soient croyants pratiquants ou non-croyants peuvent, à juste titre  se considérer comme discriminés.

Les dramatiques évènements qui, aujourd’hui, secouent le monde et n’épargnent ni la France ni les Marseillais, devraient inciter les responsables de cette ville à plus de lucidité et de respect des règles de la laïcité. L’irresponsable amalgame trop largement répandu entre “musulman-islamiste-terroriste“ ne fait qu’aggraver les tensions et les peurs. Le rassemblement autour du maire des “représentants“ des cultes à travers Marseille Espérance ne saurait servir de caution.

Peut-être pourrions-nous suggérer à Jean Claude Gaudin et à ceux qui l’entourent de lire attentivement le lucide et courageux interview de Mgr. Georges PONTIER paru dans le journal le Monde en date du 14 octobre 2016. Ce prélat respecté, archevêque de Marseille et Président de la Conférence des Evêques de France nous dit : Nous sommes devenus pluriculturels et il nous faut réussir  avec ce que nous avons de meilleur, qui est contenu dans les mots “égalité, liberté, fraternité“ Ces trois mots sont une chance pour notre pays et pour la transmission d’une capacité à vivre ensemble, à faire aimer ce pays “. A lire également, La déclaration solennelle des Evêques France qui interpelle tout spécialement les responsables politiques de ce pays : «La laïcité de l’Etat est un cadre juridique qui doit permettre à tous, croyants de toutes religions, et non-croyants de vivre ensemble ».

Il serait pour le moins utile que ceux qui dirigent cette ville et son premier magistrat lisent ces propos attentivement ces sages recommandations et les mettent  en pratique  sans délai.

Alain FOUREST

La culture abandonnée par la politique ?

Aldo Bianchi inaugure ce premier débat de la saison par le rappel de l’intérêt porté par notre association au devenir de Marseille-Métropole, dans la perspective de 2020,  en lien avec les sujets incontournables que sont l’Urbanisme, l’École et la Culture.

Et c’est par référence à François Mitterrand qui doubla ses crédits, à Jack Lang  mais aussi à André Malraux et Georges Pompidou  que le thème de la Culture est abordé ce soir ;  regrettant depuis le désintérêt  des gouvernements successifs pour une  Culture innovante, à même de favoriser et d’encourager l’ imaginaire et ainsi «rendre possible » la capacité de création ;  redoutant  dans le même temps, ici dans notre ville, le manque de réflexion sur le devenir du lieu culturel qu’est la Villa Méditerranée et ,à l’extrême, la dérive de ceux qui associent  aujourd’hui  les concepts de « Culture » et « d’Identité Française » avec pour exemple le sort réservé à l’Espace Culturel  Busserine par le Front National.;c’est enfin par l’énoncé d’une problématique témoignant de sa préoccupation, « Quelle suite sera donnée à Marseille 2013 ? », qu’Aldo passe la parole aux intervenants.

Jean-François Chougnet, Président du MUCEM,  en nous invitant  à « contextualiser » notre analyse , aborde le thème des politiques culturelles, thème redondant dans le débat aujourd’hui.

De son point de vue, la tendance aujourd’hui constatée  à « l’autoflagellation », en France comme ici à Marseille, nous impose une réflexion plus nuancée et la nécessité « d’aller voir ailleurs », et admettre ainsi que notre ville n’est pas une exception en matière de politique culturelle, mais qu’elle s’inscrit dans un phénomène « d’appauvrissement européen » ; notant par ailleurs une remontée, ces deux dernières années  des chiffres du budget consacré à la Culture, budget en nette baisse précédemment.

A cela, une personne réagit dans l’assistance en soulignant que l’Adjoint à la Culture n’obtient que la 16ème place à la Mairie de Marseille, ce qui autorise Jean-François Chougnet  à nuancer son propos,  en tenant également compte du désengagement de l’Etat sur les Départements et de la généralisation du RSA,  ce qui interdit tout « optimisme excessif » quant aux futurs budgets de la Culture.

La rédactrice en chef du journal culturel ZIBELINE, Agnès Freschel  note à son tour que le fait culturel ne bénéficie pas en France et en Europe de l’intérêt des politiques publiques  à même de favoriser la motivation, la stimulation et que le refus de l’utopie dans ce domaine est généralisé, allant même jusqu’à avancer le paradoxe selon lequel  « le seul parti porteur de l’Utopie culturelle serait aujourd’hui le Front National », en particulier dans notre ville, prenant l’exemple  de l’Espace Culturel Busserine et avec lui, la censure des Arts de la Rue et du Hip-Hop ; certes culture de refus et d’exclusion  mais à sa façon porteuse d’un désir d’établir des modèles et de s’y conformer….

Quant à la politique de la Ville de Marseille, son souci est  de rentabiliser la création, de « mettre les artistes au travail », les prolétariser  sans se préoccuper de leur statut ou d’une forme de protection sociale à même de les aider et de faciliter ainsi « l’éclosion d’?uvres » ; en cela, hélas, Marseille n’est pas très éloignée d’autres villes, parfois socialistes ,également préoccupées de rentabilité.

Toutefois, malgré son souci évident de  « starisation, production-consommation » du monde culturel  où viennent également s’affronter des oppositions politiques,  ce qui peut être un frein à la création artistique,  malgré l’absence de bibliothèques et l’insuffisance de transports autorisant la perméabilité des espaces, malgré le renouvellement trop rare et un certain « égotisme » des créateurs en place,  Marseille reste une ville « fourmillante d’initiatives » et  « riche d’acteurs culturels modestes et généreux », notamment au sein d’associations oeuvrant dans les quartiers populaires, ainsi que le signale un représentant d’association présent au débat.

C’est donc sur cette  note teintée d’optimisme et l’avancée de statistiques encourageantes attestant que 10% des résidents des Quartiers-Nord ont fréquenté le MUCEM (25 à 30 % des résidents des Quartiers-Sud) cette année que s’achève cette deuxième intervention.

Bernard Aubert, directeur de la programmation et créateur de la FIESTA DES SUDS, affirme que le devenir de la Culture n’est qu’affaire de choix, de décisions et de volontés politiques, avec pour exemple, selon lui,  l’apport de Robert Vigouroux à Marseille et sa  conception innovante de ce qui allait devenir le MUCEM comme d’autres projets ambitieux,  à opposer aux attaques de Nicolas Sarkozy contre les classes moyennes et les « bobos »  sensibles aux choses de l’esprit que recouvre le mot « Culture » ; déplorant cependant la forme de renoncement perceptible au travers des politiques culturelles menées aujourd’hui par la Gauche.

Cela lui offre l’occasion de réaffirmer que l’Architecture participe dans la Cité à la transmission du culturel et d’insister sur l’impact que ces lieux de culture opèrent sur la population ; déplorant dans le même temps, l’absence de réflexion sur le sujet et le fait qu’à Marseille, ville ouverte entre ciel et mer, aucun théâtre de plein air n’ait pu voir le jour.

A ce moment de la réflexion, «  la Métropole » et son devenir culturel s’inscrit une nouvelle fois comme une énigme dans le débat de ce soir, le temps de relever la différence de régime culturel entre Paris, largement financée par l’Etat en matière de culture, et les régions financées essentiellement par les collectivités locales.

Enfin Stéphane Sarpaux, directeur de « Marseille 3013 » et ancien journaliste au « RAVI »,  s’inscrit ce soir dans un schéma plus volontariste et moins attentiste du bon vouloir des élus à distribuer les subventions, prône la recherche d’investissements privés en donnant l’exemple du budget de 450.000 euros obtenu par ce biais, et l’apprentissage de la gestion des fonds ainsi obtenus ; de même, la négociation du loyer d’un local situé rue de la République.

Tout ceci favorise une  dynamique de mise en ?uvre autorisant l’émergence de « petits évènements » culturels, initiés souvent par des créateurs venus d’ailleurs (à 90%), dont « YES WE CAMP », évènements qui permettent de « réinventer la ville » motivation essentielle du « OFF » de « MARSEILLE 2013 », qui amorce aujourd’hui une mutation en « MARSEILLE 3013 », authentique « expérimentation de l’Utopie » qui s’inscrit dans le devenir et « travaille pour la postérité ».

Stéphane Sarpaux , au nom de « l’Utopie » qu’il défend,  nous livre en conclusion un conte philosophique et plaisamment satirique qui prend Marseille  pour cadre et s’articule autour de la nouvelle valeur émergeant de cette « Ville-Etat » : « le PETROPASTIS ».

Ce premier débat sur la Culture, s’il montre la vitalité ds acteurs culturels, artistes,structures,événements ou associations, pointe l’absence de politique culturelle tant au niveau de l’État que des collectivités ; Marseille n’est pas une exception dans cette absence de cohésion et de direction, mais son retard dans le fait métropolitain est inquiétant ; rendez vous est donné pour d’autres débats sur ce thème central.

pour « Marseille et moi », Jacqueline Vespérini.

Fantasmes et réalité de la délinquance à Marseille

Pour démêler le vrai du faux sur un sujet sensible à Marseille, nous recevons un praticien, Benoît Vandermaesen, longtemps  vice-procureur à Marseille,  et un observateur, Laurent Mucchielli, sociologue et fondateur de l’Observatoire Régional de la Délinquance et des Contextes Sociaux. En arrière-fond, comme l’explique Aldo Bianchi  en introduction, comment vit-on aujourd’hui à Marseille ? Marseille fait-elle encore  figure d’exception en France ? Le sentiment d’insécurité paraît avoir reculé. La délinquance a-t-elle été contenue ? Les juges sanctionnent-ils ici plus sévèrement qu’ailleurs ?

Pour examiner correctement cet objet, il convient d’abord, de ne pas confondre fantasme et fausseté, imaginaire et irréel. L’imaginaire est une réalité, très forte à Marseille, sans doute plus qu’ailleurs. Le grand banditisme y touche à la légende. Mais précisément, explique Laurent Mucchielli, cet imaginaire possède une puissance effective qui s’exerce sur le réel. On ne se comporte pas de la même façon sous son emprise,  et c’est vrai des policiers comme des juges, avec  des effets en cascade sur le comportement des habitants.

Laurent Mucchielli ajoute que l’exception marseillaise ne peut  cependant être réduite à  cette part d’imaginaire. Il y a, depuis la fin du dix-neuvième siècle une histoire particulière du banditisme à Marseille, marquée par la place centrale de la ville-port dans le trafic des stupéfiants. Trois grandes étapes : l’importation de l’opium d’Indochine,  l’époque de l’héroïne, enfin aujourd’hui le trafic du cannabis venu du Maroc. Laurent Mucchielli souligne une autre spécificité de Marseille : la forte présence de la pauvreté et des inégalités au cœur même de la ville. C’est à l’intérieur de la ville qu’on retrouve des clivages aussi forts que ceux qu’on peut observer entre Paris et sa banlieue. Avec des effets sur la délinquance sur la voie publique, petite et moyenne ainsi que sur la délinquance relative aux stupéfiants : la consommation de masse du cannabis suscite le besoin d’une main d’œuvre importante pour la distribution, main d’œuvre disponible dans les quartiers nord et centre de la ville.

Et malgré tout cela, Marseille ne se distingue pas franchement des autres métropoles françaises, contrairement à la représentation largement répandue qui la situe volontiers dans des contrées exotiques, Chicago, le Bronx, Bogota… Les enquêtes de victimation ne font pas apparaître une exception marseillaise. Comme dans toutes les villes, les gens se plaignent d’abord des incivilités : l’agressivité verbale semble consubstantielle à la vie urbaine moderne. Puis des atteintes aux biens, là encore de manière comparable à toutes les autres grandes villes. Il apparaît ici ou là des spécificités mais qui ne suffisent pas à faire de Marseille une exception. En particulier, l’opinion répandue que les  violences physiques y sont plus nombreuses qu’ailleurs est erronée.

Laurent Mucchielli souligne, pour conclure, un dernier point spécifique : le contexte de pauvreté, qui ne concerne pas seulement la population mais aussi les institutions, la Justice, la police, l’école. Avec cependant quelques points forts à noter, comme la prévention spécialisée.

Une première discussion s’engage, en particulier sur le lien pauvreté-délinquance qu’une intervenante demande de ne pas occulter sans oublier bien entendu le champ étendu de la délinquance « en col blanc ». Elle permet, à travers une comparaison avec Nice de préciser les données : pas plus d’incivilités qu’à Nice, qui semblent donc en effet plus liées à la vie urbaine contemporaine qu’aux inégalités. Par contre, le haut niveau des vols et cambriolages peut être corrélé à la pauvreté. Enfin, on peut penser que le trafic de cannabis « aspire » la délinquance.

Benoît Vandermaesen partage avec l’orateur précédent le souci d’établir la réalité de la délinquance parfois occultée par des statistiques discutables, par exemple les statistiques judiciaires, souvent biaisées. L’institution veut une réponse pénale à tout acte de délinquance (taux de réponse pénale près de 92%) mais ignore la masse importante des victimes qui n’ont pas porté plainte. Il faut aboutir à tout prix, ce qui peut nourrir le sentiment d’insécurité. Aboutir à tout prix, c’est refuser l’indicateur « infraction insuffisamment caractérisée », c’est privilégier les affaires que l’on peut régler rapidement et qui compteront autant, au plan du chiffre, qu’une affaire longue à établir. C’est encore, en prétendant répondre au sentiment d’insécurité, préférer  les comparutions immédiates et céder à l’illusion du choc carcéral qui a en réalité un effet destructeur. On comprend bien dès lors en quel sens on peut dire que  la Justice sanctionne plus facilement les pauvres. Les effectifs sont mesurés en fonction du nombre d’affaires traitées, il faut donc aller au plus court.

C’est pourquoi, nous dit l’ancien vice-procureur à Marseille, les travaux sociologiques sont tout-à-fait nécessaires, pour établir la réalité de la délinquance comme pour examiner le lien pauvreté-délinquance.  Il ne rejoint pas cependant complètement les conclusions de Laurent Mucchielli. Il existe une spécificité de la juridiction marseillaise : ville normale certes mais toujours un peu au-dessus des chiffres des autres métropoles et très nettement au-dessus pour ce qui est des affaires relatives aux stupéfiants. Ce qui induit une surpopulation carcérale caractérisée (3 par cellule aux Baumettes). La main de l’institution y est plus lourde qu’ailleurs : la moyenne des condamnations(prononcées à Marseille)s’élève à 14 mois (d’emprisonnement)  quand elle est de 9 mois dans des juridictions comparables.

Dans la discussion, Laurent Lhardit formule la question récurrente : ce différentiel dans les condamnations est-il dû à la plus grande sévérité des juges à Marseille ou bien à la plus grande gravité des délits ? Question laissée ouverte, aux travaux des sociologues, comme à la pratique des magistrats, qui serait peut-être en train de changer, nous dit Benoît Vandermaesen. Christine Bartoloméi précise que le taux d’incarcération des mineurs est plus élevé à Marseille que dans les autres grandes villes de France comparables. On peut constater une répression plus forte qu’ailleurs. L’observation de la délinquance reste un travail essentiel à pousuivre, en vue des échéances politiques à venir.

                                                                                                                                                                                                                                                                                        François Maurice

 

 

Migrations, une chance pour la région…

Nous commençons l’année par une audition-débat avec des acteurs de terrain sur une question –les migrations- qui sollicite notre réflexion mais aussi notre action, locale et sans délai (et pas seulement nos réactions). C’est une manière de retrouver une des vocations de Marseille et moi, qui est de contribuer à instituer, par le débat argumenté et instruit, des citoyens acteurs de la vie de la cité. Aldo Bianchi a d’abord formulé la problématique de la réunion : qu’en est-il des migrants ici, dans notre région, alors que la Préfecture avance un nombre très limité de demandes d’asile ? Comment les citoyens peuvent-ils agir de manière pertinente et efficace ?

Comment assurer le droit d’asile ? Par cette question se conclut l’intervention liminaire  de Jacqueline Vesperini  qui a inscrit les migrations dans la longue durée de l’histoire et de la littérature.

Première intervenante : Samia Chabani, pour l’association Ancrages, fondée en 2000 avec l’objectif d’inscrire l’histoire des migrations dans le patrimoine national  en rendant visible l’apport des immigrations. L’association effectue un travail de médiation culturelle tant auprès des enseignants que des migrants, à commencer par la formation linguistique des primo-arrivants. En  situant l’immigration à l’intérieur de la culture nationale, il s’agit de dissiper la représentation anxiogène d’une extériorité du migrant et de rendre visibles les liens complexes de l’immigration avec l’histoire et les valeurs de la République.

Fathi Bouraoua, délégué régional de la Fondation Abbé Pierre, souhaite d’abord éclairer le paradoxe de l’absence dans la région des migrants attendus de Syrie et d’Irak, alors même que des fonds ont été débloqués (3M. euros, Conseil Régional, majorité précédente). D’un côté 45 demandes d’asile que l’OFPRA (Office français de protection des réfugiés et des apatrides) a été chercher en Allemagne, de l’autre côté des migrants bloqués à la frontière italienne. Fathi Bouraoua dénonce un traitement différencié des immigrations  qui conduit de nombreux migrants à la précarité et à la clandestinité, alors même qu’ils participent au fonctionnement de l’économie. 90% des personnes déboutées du droit d’asile restent sur le territoire dans des conditions précaires. La Fondation Abbé Pierre  réclame un accueil inconditionnel et égal pour tous quelle que soit la nationalité d’origine.

Des questions venues de la salle évoquent la difficulté de réaliser un tel accueil : qu’est-ce qu’un accueil digne, inclut-il la proposition d’un travail ? Les Etats ne sont-ils pas fondés à prendre en considération l’incidence économique et sociale des migrations sur leur territoire ?

    Lisa Vesperini, avocate au barreau de Marseille, spécialisée dans le droit des étrangers, souligne la dégradation du sort réservé aux migrants. Les critères d’admission pour les étrangers sans papiers sont de plus en plus restrictifs (85% de refus). On trouve de plus en plus de familles et d’enfants en centre de rétention. Le projet de loi à venir n’est pas rassurant.

Enfin, Sophie Beau présente l’association SOS Méditerranée dont elle est co-fondatrice. Cette association européenne, née de la société civile européenne a été créée en mars 2015 à la suite de l’arrêt de l’opération Mare Nostrum à l’automne 2014 au moment  où les migrations par la mer s’amplifiaient (1 million de personnes recensées en 2015, 200000 en 2014) et alors même  que cette opération avait permis de sauver de nombreux migrants entre octobre 2013 et octobre 2014. L’association affrète un bateau, médicalisé par Médecins du Monde, pour une campagne de 3 mois en Méditerranée ; la période correspond au budget actuel de l’association financé à 90% par des particuliers. L’Aquarius, venu d’Allemagne, passera à Marseille le 20 février avant d’arriver à Lampedusa pour réaliser des opérations de sauvetage en mer sur la plus meurtrière des routes migratoires, de la Libye à l’Italie (150000 passages annuels recensés, 2% de victimes). Pour Sophie Beau, il est de la responsabilité de tous de porter assistance aux migrants en détresse. L’initiative des citoyens vient ici pallier la défaillance des Etats.

François Maurice

Enjeux et perspectives de la COP 21

Débattre de la COP21, à quinze jours de l’ouverture de la Conférence mais aussi quelques jours après les attentats du 13 novembre. Parmi les  personnalités invitées à s’exprimer deux sont absentes et  excusées par Aldo Bianchi : Nicolas Haeringer, retenu à la Préfecture pour traiter précisément des problèmes de sécurité dans l’organisation de la Conférence et Christophe Castaner, qui a souhaité suspendre sa campagne jusqu’au lundi  23 novembre.  Aldo Bianchi souligne l’importance de continuer de faire vivre le débat public. D’autant plus que, comme le soulignera Sophie Camard dans son intervention, la question du terrorisme est à considérer aussi sous l’angle du changement climatique.

Le débat avec la salle, plus empreint de gravité que d’autres fois sans doute, s’est révélé particulièrement riche et animé, suivant chacune des interventions proposées par Benoît Martimort-Asso , responsable des affaires internationales à l’Institut de Recherche pour le Développement, Johan Lafflotte, ingénieur énergie/climat et militant à Alternatiba et enfin Sophie Camard, qui a préféré présenter son expérience en tant qu’élue régionale (EELV)plutôt qu’intervenir en tant que candidate.

Pour définir précisément les enjeux de la COP 21, Benoît Martimort-Asso présente d’abord la perspective historique dans laquelle elle s’inscrit. Avec l’arrivée des pays émergents, très pollueurs, le protocole de Kyoto (1997) qui concrétisait les orientations relatives au  climat définies au Sommet de Rio (1992) en fixant des objectifs précis de réduction des émissions de gaz à effet de serre pour les pays industrialisés, est devenu obsolète. La part des pays industrialisés est passée de 50% à 10% de ces émissions.  La COP 15, à Copenhague (2009) a échoué dans l’élaboration d’un nouveau protocole. Il a fallu alors reconstruire patiemment une confiance mutuelle entre les pays. C’est ce cycle que la COP 21 vient achever avec l’ambition de définir de nouvelles règles, règles  qui doivent être universelles ,pour la réduction des émissions à partir de 2020. Chaque pays a été préalablement invité à formuler ses propres engagements, avec succès puisque 150 pays ont transmis leurs propositions. Des financements, pour aider les pays en développement, ont été étudiés (3ème Conférence de l’ONU à Addis-Abeba). Un Agenda des solutions a été mis en place, appelant l’ensemble des acteurs (entreprises, collectivités territoriales…) à formuler aussi des engagements pour la réduction des émissions. Des mesures périodiques de vérification des actions projetées ont été envisagées.

Cette préparation, tenant compte de l’échec de Copenhague, a permis de relâcher quelque peu la pression sur la Conférence mais celle-ci reste essentielle. B. Martimort-Asso rappelle que le dépassement de la température moyenne du globe de plus de 2 degrés conduit à des effets non linéaires  c’est-à-dire imprévisibles. Le temps est compté : le point haut de la courbe des émissions  mondiales devrait se situer en 2020/2030. Il s’agit donc de conduire les pays à diminuer leurs émissions à l’horizon 2030, à négocier  des changements économiques et sociaux profonds à cet horizon, ce qui comporte des implications dès aujourd’hui. Des solutions et leur financement sont à notre portée. Mais un des enjeux est de réorienter   l’argent vers la transition énergétique et mettre en œuvre les solutions techniques et relatives à l’organisation sociale. Des changements profonds  sont nécessaires. Un exemple concernant nos modes de vie conclut l’exposé :  : parce que le week-end à Marrakech est une aberration en terme d’émission des GES mais qui répond à un besoin de se ressourcer ,il faut pouvoir organiser une semaine de travail moins stressante et des vacances moins fréquentes et plus longues.

Le premier débat avec la salle porte sur les effets du changement climatique dans certains pays foyers de terrorisme (Syrie, Nigeria), sur la nécessité pour la France d’être plus exemplaire en Europe, sur les moyens de déplacer les investissements vers la transition énergétique et enfin sur le problème de l’alimentation d’une population croissante. A ce sujet, l’initiative, portée par la présidence française, du programme 4 pour 1000, a l’ambition de concilier la lutte contre le réchauffement climatique avec l’objectif de sécurité alimentaire, par le moyen d’une augmentation des stocks de matière organique dans les sols de 4 pour 1000 par an.

Johan Lafflotte veut ensuite souligner le rôle essentiel des collectivités territoriales, des entreprises et des citoyens. Il travaille lui-même à l’élaboration des schémas régionaux  climat/énergie par le moyen desquels les régions se réapproprient  les objectifs de réduction, -40% par exemple d’ici 2030 en région PACA. Pour réaliser un tel objectif, c’est l’ensemble de la société civile qui doit être impliqué. Certaines entreprises commencent à donner des signaux forts : arrêt de l’investissement pour Engie dans un projet d’énergie fossile en Turquie et début d’investissement  dans les énergies renouvelables. Du côté des citoyens, un deuxième axe d’action a émergé après la déception de Copenhague : à côté de la pression sur les gouvernements pour un accord contraignant, il s’agit de se mettre soi-même, sans attendre, à réduire les émissions. Les villages Alternatiba, nés à Bayonne en 2012, permettent par exemple de présenter les alternatives proposées par les citoyens et les entreprises.

Une discussion très nourrie a suivi, exprimant des préoccupations très variées :

-Le souhait des pays africains de voir réduire à 1,5° la hausse de la température à la fin du siècle

-les problèmes posés par les éoliennes : la meilleure énergie est celle que l’on n’utilise pas, il faut d’abord diminuer la consommation.

-l’éducation à la responsabilité des citoyens, l’éveil à de nouvelles valeurs pour mettre un terme à l’imitation  des pratiques des plus riches

-la question de l’acidification des océans

-la réutilisation des déchets, le recyclage de leur matière avant leur utilisation énergétique

-les questions de fiscalité.

Enfin, dernier exposé, Sophie Camard développe la dimension politique (et géopolitique) de la question climatique. Comment concilier l’efficacité des politiques publiques et la démocratie qui requiert  le consentement des citoyens ?  Une prise de conscience des citoyens est nécessaire pour éviter que la question climatique échappe au débat démocratique. Sophie Camard explique qu’il est très troublant de constater combien les risques environnementaux et les risques de Défense sont depuis longtemps très liés. Il faut donc sortir la question climatique des mains des experts. Pour obtenir l’adhésion des citoyens, il est important de montrer qu’une transition douce est possible si elle est conduite à temps, qu’il existe des solutions agréables concernant  la vie quotidienne de chacun (Agenda des solutions).  Les collectivités territoriales, par leurs compétences, ont un rôle clef. Le schéma régional climat air énergie  fixe des objectifs.  Le Groupe régional des experts (GREC) examine l’impact climatique sur l’économie régionale et doit permettre d’anticiper les effets du changement. La Région peut être le chef de file des autres collectivités.

Le débat rebondit à nouveau, en particulier sur la Chine.  Puis Christophe Madrolle, venu en ami, fait une brève intervention pour souligner la mobilisation des entreprises (SNCM par exemple) et le risque  d’une mobilisation insuffisante des citoyens dans la situation créée par les attentats.

Pour continuer la réflexion et se donner les moyens d’agir sans délai, Aldo Bianchi indique le dernier petit livre de Nicolas Hulot, Osons, paru aux éditions Les Liens qui libèrent.  Pour ceux qui voudraient approfondir la question, je signale la somme parue en 2014 aux Presses de Sciences Po : Gouverner le climat ? 20 ans de négociations climatiques, par Stefan Aykut et Amy Dahan.

François Maurice.