Pouvons nous dire que nous ne savions pas ?

IMG_0055Est-il possible de dire que nous avons été surpris par ce terrible drame ? Pouvons nous dire que nous ne savions pas ? J’ai le sentiment que « tout le monde » savait mais que personne ne voulait vraiment voir.

Bien sur, je ne savais pas dans quel était l’état réel des immeubles qui se sont effondrés et de ceux des alentours mais je savais que des gens y vivaient dans des conditions insalubres voire dangereuses et ce dans l’indifférence quasi-générale des Marseillais. Je vivais avec, je n’étais pas vraiment concerné, c’était loin de chez moi et de mon confort.

Le 5 Novembre 2018, tout a basculé. D’abord, il ne faut pas l’oublier, il y a eu 8 victimes: Simona, une étudiante italienne de 30 ans, Niasse, un Sénégalais de 26 ans, Fabien, un artiste-peintre de 54 ans, Ouloume, une mère de famille de 55 ans, Chérif, un Algérien de 36 ans, Taher, un Tunisien de 58 ans, Marie-Emmanuelle, une femme de 55 ans et Julien, un homme de 30 ans. Ça a basculé pour l’immense majorité des Marseillais qui ont été surpris et choqués.

Je ne peux plus me cacher la vérité et j’ai honte pour ma ville. J’en ai assez que tout ce qui s’y passe soit si négatif et que ça s’y passe dans l’indifférence complice des autorités et des citoyens. J’ai honte de ce que nous ne faisons pas. J’en ai assez de ce que je ne fais pas.

Car enfin, comment ai-je pu vivre avec cette scandaleuse situation en plein centre ville ? Maintenant c’est impossible de faire comme si l’on ne savait pas qu’il y a d’autres situations tout aussi graves ailleurs dans Marseille ?  Toutes, où qu’elles se trouvent dans Marseille doivent être éradiquées très vite dans le respect des habitants.  Je veux aussi m’intéresser beaucoup plus à ces quartiers : en centre-ville,  dans les quartiers nord et d’autres s’il y en a, dire haut et fort que ça n’est plus tolérable, être plus présent physiquement dans ces endroits afin de mieux les connaître, de ne pas les oublier et de contribuer à les faire évoluer.

Cette situation est-elle la conséquence d’une politique délibérée de gentrification des quartiers définie par la municipalité? C’est possible et si c’est le cas ce serait inacceptable car elle aura couté 8 vies et ces vies ne sont pas des numéros. Ce sont des hommes et des femmes dont les visages et les noms hanteront longtemps ceux qui sont les responsables de ce drame. Est-elle aussi la conséquence de l’incurie des autorités, au premier plan des quelles le maire et la mairie? C’est possible aussi et c’est tout aussi inacceptable au vu de ces conséquences dramatiques. Ça les disqualifie pour longtemps.

Une fois la crise avérée, les autorités auraient du la gérer correctement. Cela n’a pas été le cas et ça ne l’est toujours pas. Ça frise l’amateurisme et ça sent la panique sinon le mépris. Heureusement des associations et des ONG font un travail remarquable mais il n’est pas possible de leur laisser faire seules la plus grande partie du travail. Il est urgent que les personnes qui ont été expulsées de leurs logements soient bien relogées, d’utiliser tout l’arsenal législatif existant et de prendre toutes les initiatives possibles pour le faire en accord avec elles.  Il faudra aussi mettre fin aux loyers scandaleux demandés à des personnes en situations de faiblesse par des propriétaires peu scrupuleux.

Mais il n’est pas question que l’affaire s’en arrête là. Il faut aussi dès maintenant, c’est à dire sans attendre la prochaine campagne des élections municipales de 2020, élaborer une vraie politique du logement dans Marseille et la métropole.  Cette politique devra respecter les habitants et être élaborée en les consultant. Il s’agit de restaurer la dignité des logements et des quartiers concernés. A ce titre, le permis de louer semble un bon outil qui semble avoir fait ses preuves ailleurs. Le problème ne pourra pas être le budget. Si c’est nécessaire, l’argent sera pris dans d’autres lignes budgétaires, là où il est moins nécessaire (subventions aux clubs ou associations déjà fort riches, travaux moins importants ou de confort en ville, train de vie des collectivités, etc …).

Faisons de ce drame horrible une opportunité afin que Simona, Niasse, Fabien, Ouloume, Cherif, Taher, Marie-Emmanuelle et Julien ne soient pas morts pour rien et qu’il n’y en ait pas d’autres.

Alain Brunello

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