Marseille sans toi(t).

Un trou béant dans l’alignement des façades, des contreforts barrant  les trottoirs, des rues interdites à la circulation et, à deux pas de la rue d’Aubagne, la plus grande place publique de la ville, la si bien nommée Plaine, disparaissant derrière des murs en béton pour protéger la réalisation de travaux d’aménagement contestés. Des affiches ont immédiatement  opéré un rapprochement  soulignant l’ampleur des fonds alloués au réaménagement contesté de la Plaine, comparée à l’état d’abandon des logements de Noailles.  Pourquoi rapprocher ces événements, au-delà de leur proximité spatiale et temporelle ?

Les maisons, les rues, les places, forment un ensemble qui s’appelle une ville. Le logement, fût-il privé, n’est pas plus dissociable de la rue que chacun d’entre nous ne l’est de la ville où il vit, qu’il habite (et qui l’habite).  Cette relation d’habitation est au coeur de la démarche de notre association. Elle est indiquée  dans son nom, Marseille et moi qui ne marque pas une juxtaposition mais une profonde intrication.

La ville délimite et articule des espaces privés et des espaces publics. Un toit pour abriter sa vie, des murs pour se retirer du regard, et la rue, la place pour se déplacer et se voir, être vu et se rencontrer. Subitement, en ces jours sombres de novembre cet ordre de l’urbanité s’est renversé sous nos yeux, produisant un double malaise. Celui de voir l’intérieur des maisons effondrées, de voir ce qu’il restait d’intimité abritée, bribes de papier peint, vestiges d’un dedans maintenant retourné comme un gant,  exposé sans vergogne.  Invisibilité violée et vie anéantie  par cela même qui devait la protéger. Malaise inverse sur la Plaine, celui de ne plus voir, de ne plus voir au loin, d’être empêché de voir. L’horizon habituel de ces lieux largement ouverts  à tous est obturé  par ces murs en béton érigés en toute hâte. Le regard vient douloureusement s’y briser. Visibilité détruite et vie commune empêchée.

La place publique emmurée et, à côté, les maisons éventrées sont également désertes et désolées. J’éprouve, en parcourant ces rues ces jours-là, le sentiment d’une ville devenue incapable de fournir les conditions élémentaires d’une habitation humaine, le toit d’une maison et la place d’une rencontre : Marseille, sans toit ni toi.

C’est la vocation de notre association  que  de contribuer à reconstruire ce lien entre Marseille et chacun, pour retrouver le sens de l’habitation urbaine dans notre ville. Il ne s’agit rien moins que de ménager les conditions d’une vie humaine, digne et libre.

François Maurice

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