Rue d’Aubagne

Les drames de cette nature, et celui de la rue d’Aubagne est le plus terrible qu’ait connu Marseille depuis l’incendie des Nouvelles Galeries, sont toujours révélateurs de quelque-chose. Impéritie, incompétence, arrogance… Un peu, ou beaucoup, de tout cela sans doute. Il est inutile d’épiloguer tant on pourrait répéter à satiété, rapports à l’appui (Nicol, mai 2015), que la situation des 40 000 logements indignes était archi-connue, et l’état de dangerosité, pour la santé et la sécurité de 100 000 marseillais, depuis longtemps pointé du doigt.

Ce qui frappe en revanche, car, après tout, le pire ne devrait pas être toujours sûr, est que la « gestion de crise » a été, si l’on peut dire, à la hauteur des conditions ayant conduit aux effondrements. Impréparation, certainement. Affolement. Gêne aussi parfois (mais si peu durable lorsque l’on apprend que les marchants de sommeil sont quelques marseillais bien établis, dont quelques élus des majorités locales). Mais aussi, et peut-être surtout, continuation d’une politique de mépris des autres, de certains autres, et d’apartheid social. Evacuations brutales, condition approximative de logement, ou choix donné de déménager loin du centre, on devine dans quels arrondissements. Dans l’illégalité le plus souvent, c’est-à-dire sans que les arrêtés de péril aient été pris. Sans même l’écoute minimale à laquelle toute victime a droit.

Hoquets ultimes d’une fin de règne douloureuse, dira-t-on. Il est à craindre que ce ne soit pas si simple. Bien sûr, le diagnostic est aisé. Clientélisme municipal, cogestion avec une bureaucratie syndicale, vision purement électoraliste de la gestion, l’élection par secteurs générant une politique favorable à ceux qui votent bien ou qui font la bascule, et tant pis pour les autres. Car tandis qu’ailleurs les gros chantiers profitent toujours aux mêmes (Vinci, Véolia, Bouygues et consorts), on ne peut que constater l’état d’abandon de quartiers entiers, écoles, habitat, poubelles qui débordent, équipements défaillants, stations de métro que l’on attend toujours…Faut-il s’en contenter ? Se dire que le système est épuisé et tombera de lui-même ? C’est qu’il s’agit justement d’un système. Dans lequel on ne mesure pas à sa véritable aune la somme d’habitudes, de tolérance, de fatalisme, de lâche et confortable complicité à la forme d’immobilisme et d’autosatisfaction qu’il finit par produire. Système qui en dépit de ses défauts, ou peut-être aussi à cause de quelques-uns d’entre eux, perdure encore. Sans doute aussi parce que les alternances proposées n’ont pas été suffisamment attractives.

La question demeure donc, que faire pour en sortir ? Car, il ne faut pas s’y tromper, la majorité actuelle, qui a, par la force des choses, avant même la fin de son mandat, fait une croix sur Gaudin, essaiera, sauf rare exception, de s’exonérer de sa gestion. Et que l’on ne peut exclure, faute toujours d’alternance crédible et à raison aussi de la division des adversaires, que cela s’avère suffisant, au moins dans une majorité de secteurs. D’autant que cette majorité sortante saura se réunir sur ce qui est pour elle l’essentiel, se perpétuer. Et que l’on ne voit pas pour l’instant le projet, les groupe ou partis, et encore moins la personnalité, capables d’incarner tout cela.

Mais, si la nature a bien horreur du vide, il n’est pas exclu que celui-ci puisse être comblé. L’espace ne manque pas, à la gauche de la mouvance gaudinienne. Pour toutes les volontés qui voudraient bien s’y atteler, dépassant, les préjugés, les oukases et, si possible, les egos. Pourquoi n’y aurait-il pas une initiative partant de quelques associations citoyennes, qui, sur la base d’une première plateforme, proposeraient rencontres, débats puis construction d’un projet, avec tous ceux qui, que la structure en soit de partis ou d’associations, participeraient du même objectif. Autour de deux ou trois idées forces, sinon même une seule, mettre fin à la fracture sociale et territoriale qui fracture cette ville. Ce que l’on peut décliner ensuite sur tous les aspects d’une gestion urbaine et métropolitaine. Si le projet existe, le reste devrait venir ensuite, y compris les femmes et les hommes susceptibles de le porter. Et pourrait être la meilleure réponse à donner à la forme d’immobilisme et d’arrogance qui nous gouverne depuis trop longtemps.

Gilbert Orsoni – Doyen honoraire de la Faculté de Droit et de Science Politique d’Aix-Marseille

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