« Les petits oubliés de Marseille », Audition-Débat du 21 février 2018

Les Roms à Marseille: des expulsions en forme d’explosions.

             Nous recevons ce mercredi plusieurs invités autour de la projection du documentaire tourné par France 3 « Les petits oubliés de Marseille » : l’un des réalisateurs du reportage, Jean-Manuel Bertrand, Jane Bouvier, animatrice de l’association  L’école au présent  et Caroline Godard pour l’association Rencontres tziganes.

             Aldo Bianchi présente d’abord la contradiction qui caractérise notre actualité : à l’heure de la mondialisation, les replis et les crispations identitaires se manifestent avec force. Marseille en est l’illustration : c’est une ville, nous dit Albert Londres, qui « engage la conversation avec la Terre entière », mais c’est aussi une ville dans laquelle les squatts des Roms sont incendiés par quelques uns de leurs voisins dans l’indifférence générale. 800 à 1000 Roms vivent aujourd’hui à Marseille dans des squatts et vont d’expulsion en expulsion. C’est cette réalité que le reportage présente, à rebours des rumeurs et des préjugés qui transforment les Roms en boucs émissaires. C’est aussi la solidarité des militants et des bénévoles qui apparaît et  qui va se manifester par de très nombreux témoignages  de militants associatifs présents dans la salle.

Je retiens du film, que je vous invite à voir sur internet, ce lapsus d’un jeune Rom : parlant des expulsions qui rythment sa vie et brisent sa scolarité, un jeune Rom dit d’abord « explosion » avant de se reprendre. Mais c’est cela même que montre le film. Jean-Manuel Bertrand, journaliste du service public, explique les conditions du tournage, après l’expulsion d’un squatt et la rencontre avec Jane Bouvier et Caroline Godard. La difficulté de faire entrer une caméra, le temps réduit du tournage, 5 jours. Il prononce les termes de « scandale humanitaire d’urgence ». Il déplore en particulier l’absence de réaction de la France après la publication du rapport de l’ONU à Genève la condamnant pour discrimination à l’égard des Roms.

Jane Bouvier présente ensuite son action au sein de l’association L’école au présent qu’elle a fondée. Elle a commencé son action en 2012 après l’épisode de l’incendie du squatt. Son objectif est  d’assurer la scolarisation des enfants. Elle a commencé par accompagner les familles dans la procédure d’inscription. Il faut d’abord rassurer des parents anxieux, qui sont étrangers au monde scolaire, ayant de plus souvent vécu des expériences  négatives en Roumanie. Il faut rassembler toutes les conditions administratives de l’inscription, jusqu’à l’obtention de la gratuité de la cantine. Les services de la scolarité se montrent compréhensifs. Mais il faut ensuite suivre la scolarité, l’assiduité, établir un lien entre l’établissement et les familles. Le principal obstacle à cette action est formé par les expulsions qui conduisent à un changement d’école, précédé par une longue période de déscolarisation. Il faut alors recommencer toutes les démarches. Et pour l’enfant s’habituer à une nouvelle école, avant la prochaine expulsion. Une vie explosée régulièrement : on comprend bien le lapsus.

Jane ajoute que son association travaille aussi pour aider les parents dans leur recherche d’emploi. Elle soulève une incongruité : le fait que les enfants roms, au motif qu’ils sont présents dans le territoire français depuis plus d’un an, ne bénéficient pas du système prévu dans les écoles pour les allophones arrivants (Unités Pédagogiques pour les Elèves Allophones Arrivants).

Car il faut souligner, avec Caroline Godard, que cette population rom n’est pas formée de vagues successives incessantes. C’est une population stable, autour de 1000 personnes en squatt à Marseille, qui va d’expulsion en expulsion. L’association Rencontres tziganes travaille en particulier à la stabilisation des familles dans certains squatts dès lors que les conditions permettent la pérennisation de leur installation, immeubles publics, absence de problèmes de sécurité et de voisinage. Elle promeut la pratique du parrainage pour suivre  les familles.

De très nombreux témoignages, de militants, de bénévoles, d’enseignants engagés dans les UPE2A ou bien en Français langue étrangère (FLE) sont venus d’une salle particulièrement concernée et impliquée. Une discussion s’est engagée autour de l’inaction de la Mairie, comparée à l’engagement des services de la scolarité.

Une conversation qu’il nous faut poursuivre, avec un petit morceau de « la Terre entière ».

                                                                                                              François Maurice.

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