Plaidoyers pour la Métropole

L’audition-débat consacrée à la Métropole, le mercredi 24 janvier 2018, a été très bien reçue par l’auditoire présent grâce à la qualité des intervenants qui ont su clarifier la situation actuelle et apporter des réponses aux nombreuses interrogations.

Dans le compte-rendu  ci-dessous vous lirez qu’ils ont pointé les faiblesses et les résistances qui s’opposent au bon fonctionnement de cette institution et fait des propositions pour un décollage et surtout une réelle efficacité.
Nous nous appuierons sur leurs analyses d’experts pour lancer un appel dans les prochains jours à la classe politique métropolitaine  afin qu’elle n’attende pas une réforme institutionnelle ( déclaration récente d’Emmanuel Macron) pour mettre en place un usage prioritaire de ce nouveau territoire.
Compte-rendu :

Quatre invités pour donner un nouvel élan à notre action en faveur de la Métropole, Jacques Boulesteix, André Donzel, Philippe Langevin et Jean Viard.

Aldo Bianchi  évoque un blocage alors même que la Métropole a été instituée en janvier 2016 et que la dynamique mondiale de métropolisation se poursuit. Pourquoi ? Comment remédier à ces difficultés ? Quel rôle pour la société civile ? Comment pouvons-nous agir ?

Philippe Langevin établit le diagnostic : le sens du projet métropolitain a été oublié. La solidarité ne s’est pas substituée à la concurrence entre les territoires. Le projet commun  a fait place à une juxtaposition de politiques intercommunales, fondée sur un budget redistribué en bonne partie aux conseils de territoire. De ce fait, des dossiers essentiels, comme l’environnement sont laissés de côté. Les deux grands dossiers abordés, mobilité et développement économique, sont bloqués faute d’un budget suffisant. Les infrastructures ferroviaires sont renvoyées à plus tard et au financement par l’Etat. En l’absence d’un budget de mutualisation et de partage, le schéma de développement à l’ancienne est reconduit alors que les territoires riches ne tirent plus vers le haut les territoires pauvres, que la création de valeur n’entraîne plus mécaniquement le développement de l’emploi et la baisse du chômage. Pour Philippe Langevin, la « Métropole des Maires »  conduit à une société de l’indifférence.

Jacques Boulesteix rappelle que l’enlisement actuel du projet métropolitain était prévisible et attendu depuis 2014 : la réduction du débat  au seul plan institutionnel  a formé un obstacle majeur au règlement des deux points essentiels en discussion, l’un concernant la démocratie locale, l’autre de dimension  globale, concernant la nature du processus de la métropolisation. Sur ces deux point, l’analyse doit être approfondie et conduire à des propositions d’appropriation citoyenne.

Il faut d’abord inscrire la dynamique économique de la métropolisation, la concentration des richesses dans les métropoles dans le cadre de l’économie mondialisée de marché. Cette dynamique crée richesses et emplois, qualifiés et non qualifiés, mais elle ne « fait pas société ». Elle marginalise les emplois intermédiaires qui animaient la vie urbaine. Les ouvriers sont mis à l’écart, les politiques de la ville échouent. C’est pourquoi la métropole doit d’abord « faire société ». Et pour ce faire, une Charte doit se substituer à l’actuel pacte de gouvernance pour remettre l’institution au service de l’intérêt métropolitain ; la société civile, les conseils de développement, la démocratie participative ont à définir les objectifs économiques, sociaux, environnementaux de la métropole.

Au plan local, la proposition de Jacques Boulesteix consiste à réorganiser l’espace démocratique institutionnel : réviser la démocratie de proximité, taille des communes, périmètre des intercommunalités, mise en place d’une participation active des citoyens (information, débat, co-construction, évaluation), institution d’une démocratie d’usage à côté de la démocratie de voisinage. Tandis que la démocratie de voisinage (dans une rue, un quartier, une commune) conduit à une cohabitation, une juxtaposition des intérêts particuliers, la démocratie d’usage , assise sur les multiples usages que le citoyen fait de la métropole quand il se rend à son travail, quand il a recours à ses services (hospitaliers, de transport…), quand il va au théâtre ou au stade,  inscrit le projet personnel dans un projet collectif à co-construire.

André Donzel souligne la dimension internationale, mondialisée, de la dynamique économique métropolitaine. Les emplois sont créés dans le seul secteur internationalisé. Cette dynamique produit des effets de polarisation économique,  de fragmentation sociale et d’inégalité territoriale. On peut observer par exemple une fracturation entre le sud-ouest de l’aire métropolitaine en phase de dépeuplement et le nord-est en pleine croissance.  L’institution de la métropole est nécessaire pour opérer une régulation de ces processus. En participant au Conseil de développement de la Métropole, André Donzel a pu remarquer qu’un véritable travail de réflexion y est mené mais que sa mise en œuvre se heurte à un problème de financement, lié à l’étendue même de l’aire métropolitaine, beaucoup plus vaste que les aires métropolitaines de Londres ou Paris et conduisant à une dépendance à l’égard des financements de l’Etat.

Pour Jean Viard enfin, la métropolisation, la concentration des richesses dans quelques deux cents métropoles dans le monde, est à rapporter aux transformations profondes et extrêmement rapides qui ont bouleversé le monde : mondialisation économique, révolution numérique…  Internet n’a pas assuré, comme on le prévoyait, un lien égal de tous à tous  mais a privilégié les métropoles au croisement du lien numérique, des pôles de transport (port, TGV…) et de la marche à pied. Cette révolution a fait exploser le monde ancien  en  distinguant les « in » et les « out », les métropoles et les autres territoires. Carte qui se superpose à celle ses votes Trump ou FN.  A l’intérieur même de l’espace métropolitain, un nouveau tissu urbain s’est mis en place : Marseille doit reconnaître qu’elle n’est pas le centre de cet espace.  Il faut donc briser les périmètres territoriaux hérités pour construire une vision fédérative de l’espace nouveau, et par exemple, constituer les Quartiers Nord de Marseille en commune.  D’autre part, le cadre de la Région devient essentiel pour organiser la mise en relation de tous avec la Métropole, sous la forme par exemple du financement  des déplacements vers la Métropole.

De très nombreuses interventions de la salle ont montré tout l’intérêt que les auditeurs avaient porté à une question dont chacun a compris que, au-delà de son caractère technique, elle portait une dimension politique essentielle. Il nous reste à nous mobiliser pour transformer cette Métropole, en demandant publiquement, c’est peut-être un premier pas décisif, la mise en place, en 2020, d’une élection métropolitaine spécifique, au suffrage universel direct, dans une circonscription électorale unique.  Il est en effet urgent de faire émerger un espace public métropolitain.

 

                                                                                                                François Maurice.

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