Quoi mon peuple, qu’est-ce qu’il a mon peuple ?

photo COP21Il a fallu qu’Alain Finkielkraut y aille de son petit couplet. L’affaire était aussi urgente que d’importance. Les obsèques de Johnny Halliday comptaient donc à ses yeux autant que celles du grand Hugo, rameutant aux trousses de son corbillard le peuple de Paris et les prostituées qu’il avait tant visitées. Notre philosophe de poche, dans une bouffée zemmourienne, s’étonne donc aujourd’hui de l’absence criante des « non souchiens » derrière le cercueil résolument blanc de l’idole des anciens jeunes. Comprenez, dans cette étrange expression, qu’il n’y avait aucun beur ou black pour accompagner jusqu’à la Madeleine l’interprète de « noir c’est noir ». Notre immortel s’égare une fois de plus. N’est pas d’Ormesson qui veut. Car son doyen de l’académie lui aurait sans doute conseiller la légèreté, pour décrire cette messe cathodique et les images d’une foule motorisée par autant de chevaux que de paroles chantées. M. Finkielkraut découvre qu’il est un peuple qui fredonne depuis les années 60 dans le sillage d’un grand blond avec des santiags noires. Il ne le dit pas, mais on sent qu’il crève de ne pas l’exprimer, elle est là la France profonde qu’il appelle de ses prières. Elle ne le lira jamais, ne l’écoutera pas plus, mais elle sent bon le foin des champs et le cambouis des banlieues. Du coup notre penseur bombe le torse, les narines assiégées et, recrache le fiel de son combat civilisationnel. Misère. Oh Marianne si tu savais, comme le pleurait Johnny tout le mal qui se répand ainsi dans ta République. Finkielkraut dans sa paranoïa active découvre qu’il existait un monde et il le travestit aussitôt des oripeaux de ses obsessions. J’ai souvenir d’autres intellectuels qui découvraient en 1974, lors d’un meeting de François Mitterrand, qu’il existait une culture populaire.  Le Premier secrétaire avait invité Dalida, la chanteuse, et Maurice Biraud, l’humoriste, à ouvrir son meeting. Ce fut une épreuve pour l’un et pour l’autre, une partie des militants n’ayant en ces temps-là d’yeux et d’oreilles que pour Maxime Le Forestier ou Guy Bedos. Mitterrand lui, du haut de son piédestal, avait perçu lui, que le peuple de France c’était aussi Bambino et les blagues de bistrot. Comme la gauche caviar de l’époque, la droite truffe d’aujourd’hui n’a rien compris à la rue. Elle aimait un chanteur, sa musique, sa dégaine parce qu’il lui ressemblait pour être né sur un trottoir. On ne commande pas l’émotion d’un peuple.

Hervé NEDELEC

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