Migrations, une chance pour la région…

Nous commençons l’année par une audition-débat avec des acteurs de terrain sur une question –les migrations- qui sollicite notre réflexion mais aussi notre action, locale et sans délai (et pas seulement nos réactions). C’est une manière de retrouver une des vocations de Marseille et moi, qui est de contribuer à instituer, par le débat argumenté et instruit, des citoyens acteurs de la vie de la cité. Aldo Bianchi a d’abord formulé la problématique de la réunion : qu’en est-il des migrants ici, dans notre région, alors que la Préfecture avance un nombre très limité de demandes d’asile ? Comment les citoyens peuvent-ils agir de manière pertinente et efficace ?

Comment assurer le droit d’asile ? Par cette question se conclut l’intervention liminaire  de Jacqueline Vesperini  qui a inscrit les migrations dans la longue durée de l’histoire et de la littérature.

Première intervenante : Samia Chabani, pour l’association Ancrages, fondée en 2000 avec l’objectif d’inscrire l’histoire des migrations dans le patrimoine national  en rendant visible l’apport des immigrations. L’association effectue un travail de médiation culturelle tant auprès des enseignants que des migrants, à commencer par la formation linguistique des primo-arrivants. En  situant l’immigration à l’intérieur de la culture nationale, il s’agit de dissiper la représentation anxiogène d’une extériorité du migrant et de rendre visibles les liens complexes de l’immigration avec l’histoire et les valeurs de la République.

Fathi Bouraoua, délégué régional de la Fondation Abbé Pierre, souhaite d’abord éclairer le paradoxe de l’absence dans la région des migrants attendus de Syrie et d’Irak, alors même que des fonds ont été débloqués (3M. euros, Conseil Régional, majorité précédente). D’un côté 45 demandes d’asile que l’OFPRA (Office français de protection des réfugiés et des apatrides) a été chercher en Allemagne, de l’autre côté des migrants bloqués à la frontière italienne. Fathi Bouraoua dénonce un traitement différencié des immigrations  qui conduit de nombreux migrants à la précarité et à la clandestinité, alors même qu’ils participent au fonctionnement de l’économie. 90% des personnes déboutées du droit d’asile restent sur le territoire dans des conditions précaires. La Fondation Abbé Pierre  réclame un accueil inconditionnel et égal pour tous quelle que soit la nationalité d’origine.

Des questions venues de la salle évoquent la difficulté de réaliser un tel accueil : qu’est-ce qu’un accueil digne, inclut-il la proposition d’un travail ? Les Etats ne sont-ils pas fondés à prendre en considération l’incidence économique et sociale des migrations sur leur territoire ?

    Lisa Vesperini, avocate au barreau de Marseille, spécialisée dans le droit des étrangers, souligne la dégradation du sort réservé aux migrants. Les critères d’admission pour les étrangers sans papiers sont de plus en plus restrictifs (85% de refus). On trouve de plus en plus de familles et d’enfants en centre de rétention. Le projet de loi à venir n’est pas rassurant.

Enfin, Sophie Beau présente l’association SOS Méditerranée dont elle est co-fondatrice. Cette association européenne, née de la société civile européenne a été créée en mars 2015 à la suite de l’arrêt de l’opération Mare Nostrum à l’automne 2014 au moment  où les migrations par la mer s’amplifiaient (1 million de personnes recensées en 2015, 200000 en 2014) et alors même  que cette opération avait permis de sauver de nombreux migrants entre octobre 2013 et octobre 2014. L’association affrète un bateau, médicalisé par Médecins du Monde, pour une campagne de 3 mois en Méditerranée ; la période correspond au budget actuel de l’association financé à 90% par des particuliers. L’Aquarius, venu d’Allemagne, passera à Marseille le 20 février avant d’arriver à Lampedusa pour réaliser des opérations de sauvetage en mer sur la plus meurtrière des routes migratoires, de la Libye à l’Italie (150000 passages annuels recensés, 2% de victimes). Pour Sophie Beau, il est de la responsabilité de tous de porter assistance aux migrants en détresse. L’initiative des citoyens vient ici pallier la défaillance des Etats.

François Maurice

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