Enjeux et perspectives de la COP 21

Débattre de la COP21, à quinze jours de l’ouverture de la Conférence mais aussi quelques jours après les attentats du 13 novembre. Parmi les  personnalités invitées à s’exprimer deux sont absentes et  excusées par Aldo Bianchi : Nicolas Haeringer, retenu à la Préfecture pour traiter précisément des problèmes de sécurité dans l’organisation de la Conférence et Christophe Castaner, qui a souhaité suspendre sa campagne jusqu’au lundi  23 novembre.  Aldo Bianchi souligne l’importance de continuer de faire vivre le débat public. D’autant plus que, comme le soulignera Sophie Camard dans son intervention, la question du terrorisme est à considérer aussi sous l’angle du changement climatique.

Le débat avec la salle, plus empreint de gravité que d’autres fois sans doute, s’est révélé particulièrement riche et animé, suivant chacune des interventions proposées par Benoît Martimort-Asso , responsable des affaires internationales à l’Institut de Recherche pour le Développement, Johan Lafflotte, ingénieur énergie/climat et militant à Alternatiba et enfin Sophie Camard, qui a préféré présenter son expérience en tant qu’élue régionale (EELV)plutôt qu’intervenir en tant que candidate.

Pour définir précisément les enjeux de la COP 21, Benoît Martimort-Asso présente d’abord la perspective historique dans laquelle elle s’inscrit. Avec l’arrivée des pays émergents, très pollueurs, le protocole de Kyoto (1997) qui concrétisait les orientations relatives au  climat définies au Sommet de Rio (1992) en fixant des objectifs précis de réduction des émissions de gaz à effet de serre pour les pays industrialisés, est devenu obsolète. La part des pays industrialisés est passée de 50% à 10% de ces émissions.  La COP 15, à Copenhague (2009) a échoué dans l’élaboration d’un nouveau protocole. Il a fallu alors reconstruire patiemment une confiance mutuelle entre les pays. C’est ce cycle que la COP 21 vient achever avec l’ambition de définir de nouvelles règles, règles  qui doivent être universelles ,pour la réduction des émissions à partir de 2020. Chaque pays a été préalablement invité à formuler ses propres engagements, avec succès puisque 150 pays ont transmis leurs propositions. Des financements, pour aider les pays en développement, ont été étudiés (3ème Conférence de l’ONU à Addis-Abeba). Un Agenda des solutions a été mis en place, appelant l’ensemble des acteurs (entreprises, collectivités territoriales…) à formuler aussi des engagements pour la réduction des émissions. Des mesures périodiques de vérification des actions projetées ont été envisagées.

Cette préparation, tenant compte de l’échec de Copenhague, a permis de relâcher quelque peu la pression sur la Conférence mais celle-ci reste essentielle. B. Martimort-Asso rappelle que le dépassement de la température moyenne du globe de plus de 2 degrés conduit à des effets non linéaires  c’est-à-dire imprévisibles. Le temps est compté : le point haut de la courbe des émissions  mondiales devrait se situer en 2020/2030. Il s’agit donc de conduire les pays à diminuer leurs émissions à l’horizon 2030, à négocier  des changements économiques et sociaux profonds à cet horizon, ce qui comporte des implications dès aujourd’hui. Des solutions et leur financement sont à notre portée. Mais un des enjeux est de réorienter   l’argent vers la transition énergétique et mettre en œuvre les solutions techniques et relatives à l’organisation sociale. Des changements profonds  sont nécessaires. Un exemple concernant nos modes de vie conclut l’exposé :  : parce que le week-end à Marrakech est une aberration en terme d’émission des GES mais qui répond à un besoin de se ressourcer ,il faut pouvoir organiser une semaine de travail moins stressante et des vacances moins fréquentes et plus longues.

Le premier débat avec la salle porte sur les effets du changement climatique dans certains pays foyers de terrorisme (Syrie, Nigeria), sur la nécessité pour la France d’être plus exemplaire en Europe, sur les moyens de déplacer les investissements vers la transition énergétique et enfin sur le problème de l’alimentation d’une population croissante. A ce sujet, l’initiative, portée par la présidence française, du programme 4 pour 1000, a l’ambition de concilier la lutte contre le réchauffement climatique avec l’objectif de sécurité alimentaire, par le moyen d’une augmentation des stocks de matière organique dans les sols de 4 pour 1000 par an.

Johan Lafflotte veut ensuite souligner le rôle essentiel des collectivités territoriales, des entreprises et des citoyens. Il travaille lui-même à l’élaboration des schémas régionaux  climat/énergie par le moyen desquels les régions se réapproprient  les objectifs de réduction, -40% par exemple d’ici 2030 en région PACA. Pour réaliser un tel objectif, c’est l’ensemble de la société civile qui doit être impliqué. Certaines entreprises commencent à donner des signaux forts : arrêt de l’investissement pour Engie dans un projet d’énergie fossile en Turquie et début d’investissement  dans les énergies renouvelables. Du côté des citoyens, un deuxième axe d’action a émergé après la déception de Copenhague : à côté de la pression sur les gouvernements pour un accord contraignant, il s’agit de se mettre soi-même, sans attendre, à réduire les émissions. Les villages Alternatiba, nés à Bayonne en 2012, permettent par exemple de présenter les alternatives proposées par les citoyens et les entreprises.

Une discussion très nourrie a suivi, exprimant des préoccupations très variées :

-Le souhait des pays africains de voir réduire à 1,5° la hausse de la température à la fin du siècle

-les problèmes posés par les éoliennes : la meilleure énergie est celle que l’on n’utilise pas, il faut d’abord diminuer la consommation.

-l’éducation à la responsabilité des citoyens, l’éveil à de nouvelles valeurs pour mettre un terme à l’imitation  des pratiques des plus riches

-la question de l’acidification des océans

-la réutilisation des déchets, le recyclage de leur matière avant leur utilisation énergétique

-les questions de fiscalité.

Enfin, dernier exposé, Sophie Camard développe la dimension politique (et géopolitique) de la question climatique. Comment concilier l’efficacité des politiques publiques et la démocratie qui requiert  le consentement des citoyens ?  Une prise de conscience des citoyens est nécessaire pour éviter que la question climatique échappe au débat démocratique. Sophie Camard explique qu’il est très troublant de constater combien les risques environnementaux et les risques de Défense sont depuis longtemps très liés. Il faut donc sortir la question climatique des mains des experts. Pour obtenir l’adhésion des citoyens, il est important de montrer qu’une transition douce est possible si elle est conduite à temps, qu’il existe des solutions agréables concernant  la vie quotidienne de chacun (Agenda des solutions).  Les collectivités territoriales, par leurs compétences, ont un rôle clef. Le schéma régional climat air énergie  fixe des objectifs.  Le Groupe régional des experts (GREC) examine l’impact climatique sur l’économie régionale et doit permettre d’anticiper les effets du changement. La Région peut être le chef de file des autres collectivités.

Le débat rebondit à nouveau, en particulier sur la Chine.  Puis Christophe Madrolle, venu en ami, fait une brève intervention pour souligner la mobilisation des entreprises (SNCM par exemple) et le risque  d’une mobilisation insuffisante des citoyens dans la situation créée par les attentats.

Pour continuer la réflexion et se donner les moyens d’agir sans délai, Aldo Bianchi indique le dernier petit livre de Nicolas Hulot, Osons, paru aux éditions Les Liens qui libèrent.  Pour ceux qui voudraient approfondir la question, je signale la somme parue en 2014 aux Presses de Sciences Po : Gouverner le climat ? 20 ans de négociations climatiques, par Stefan Aykut et Amy Dahan.

François Maurice.

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