La métropole Aix-Marseille-Provence : économie, société, politique

L’audition débat du 22 avril 2015 a montré combien la diversité des points de vue, voire parfois leur contradiction, pouvait être éclairante dès lors qu’ils sont l’expression de champs d’expertise différents, l’économie avec Philippe Langevin, la sociologie avec André Donzel, et qu’ils rencontrent les questions proprement politiques qu’un auditoire particulièrement nombreux et actif a présentées dans la partie débat de la réunion.

Philippe Langevin se fonde sur le constat d’une inadéquation entre les territoires vécus par les agents économiques, par la société civile et les territoires de pouvoir hérités de l’histoire, en particulier les communes. La mobilité (« Nous ne sommes plus dans une société de la marche à pied ») se joue des anciennes délimitations : «Nous ne sommes pas Marseillais. »

Ce constat permet de comprendre la nécessité et l’ambition de la réforme territoriale : répondre aux nouvelles conditions du développement économique (déterritorialisation de l’économie, globalisation) en substituant au couple commune-département le couple métropole-région. Il ne s’agit pas de délimiter un nouveau lieu mais de créer un milieu susceptible de mobiliser les talents de tous, d’inventer une nouvelle  politique. L’enjeu est considérable : conduire une politique de développement en rupture avec les politiques de droite et de gauche qui ont échoué face au chômage en donnant un nouveau sens à la notion de territoire. Il ne doit plus être conçu comme le lieu d’application d’une politique nationale mais comme l’espace d’invention d’un autre mode développement.

Mais il faut noter que cette ambition est entravée par l’obstacle des intérêts locaux, portés en particulier par les élus locaux. L’Etat, qui n’a pas associé la société civile au projet, se trouve dans la nécessité de l’imposer, tout en concédant, lors du débat à l’Assemblée Nationale, l’institution de conseils de territoire, calqués sur les anciens EPCI (Etablissements publics de coopération intercommunale) et limitant les compétences de la métropole aux grands schémas d’orientation.

Par conséquent, l’achèvement de l’ambition portée par cette réforme ne peut être envisagé que sur un temps long, de l’ordre de 10 à 15 ans, et suppose la mobilisation des acteurs du développement local.

André Donzel, sociologue,  aborde la question de manière moins normative (répondre à une exigence économique) mais comme un fait positif,  à la fois économique, urbain, social, plus exactement comme l’aboutissement d’un processus historique de métropolisation.  De ce fait, son approche est plus pragmatique : il examine les caractères propres de la métropole marseillaise pour y adapter de manière adéquate le projet de réforme institutionnelle.

Il décrit donc d’abord ce fait métropolitain.  Au plan économique, avec ses mutations et ses succès, qui permettent à l’aire marseillaise de bien se situer parmi les zones de croissance en Europe (4ème sur 100). Au plan urbain (étalement, dynamique de la construction). Au plan social, avec son ambivalence : le développement d’une société à liens faibles, en rupture avec les solidarités traditionnelles, conduit à la fis à une plus grande créativité, come en témoigne le développement culturel à Marseille, mais aussi au risque d’anomie (déviances, violences).  Au plan institutionnel enfin : la coopération entre les communes a fonctionné, André Donzel parle d’une « métropolisation horizontale » déjà acquise et note ici un désaccord avec Philippe Langevin.

Pour retrouver immédiatement un terrain d’entente sur la nécessité, maintenant, d’une intégration institutionnelle verticale. Mais, sur ce terrain, André Donzel peut avancer  des propositions spécifiques fondées sur l’examen des réalités locales. Le polycentrisme, typique de l’aire marseillaise, le conduit à juger favorablement l’institution des conseils de territoire : il faut s’appuyer sur les intercommunalités existantes, sur la culture de la proximité politique et de l’urbanité vivantes dans la périphérie de l’aire métropolitaine. D’autre part le caractère portuaire de la métropole  marseillaise le conduit à douter du bien-fondé d’une délimitation qui exclut le pays d’Arles et le débouché sur le Rhône. Plus généralement, l’élaboration de la réforme n’a pas suffisamment puisé dans l’expertise locale, ce qui a suscité la réaction des maires.  Enfin, la répartition des sièges, donnant une majorité à la communauté urbaine Marseille Provence, peut amener une friction entre le centre et la périphérie. D’où une inquiétude sur le fonctionnement de la future métropole, dotée de surcroît de moyens financiers limités : pourra-t-elle échapper à la tutelle préfectorale ?

André Donzel conclut sur un point d’accord : la longue durée nécessaire au processus de constitution de la métropole.

Le débat qui a suivi les exposés des deux conférenciers a essentiellement fait apparaître une troisième dimension, la dimension politique de la question, que ce soit sous la forme du rôle de la volonté politique  (M.-A. Carlotti), de l’intervention  indispensable de l’Etat dans la configuration marseillaise (P. Rastoin) ou inversement  de la nécessité d’une participation plus grande des citoyens (A. J. Morazini, J. Dragoni). Sur ce dernier point, Philippe Langevin a regretté l’absence  de démocratie participative tandis qu’André Donzel soulignait l’importance de la proximité dans la constitution de la citoyenneté, rappelant que la ville n’est pas un simple agglomérat mais qu’elle a vocation à se constituer en communauté civique.

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